Areva : ce qu'il faut savoir sur le désastre

Le siège d\'Areva à la Défense (Hauts-de-Seine), pris en photo le 4 mars 2015.
Le siège d'Areva à la Défense (Hauts-de-Seine), pris en photo le 4 mars 2015. (ERIC PIERMONT / AFP)

Le géant du nucléaire français a confirmé mercredi 4 mars une perte record de 4,8 milliards d'euros pour 2014. Comment en est-il arrivé là ? Quelles sont les conséquences ? Y a-t-il des portes de sortie ?

Un fleuron devenu un boulet. Areva, le groupe nucléaire français contrôlé à 87% par l'Etat, accuse une perte de près de 5 milliards d'euros, rendue publique mercredi 4 mars. Comment l'entreprise en est-elle arrivée là ? Que va-t-elle faire pour s'en sortir ? Explications.

Comment expliquer de telles pertes ?

A quoi sont dues les énormes pertes d'Areva ? A un cumul d'erreurs depuis une décennie : le trou causé par l'EPR (réacteur nucléaire de troisième génération développé par Areva) vendu aux Finlandais, des surinvestissements alors que la catastrophe de Fukushima en 2011 a porté un coup d'arrêt au nucléaire, et une concurrence sous-estimée.

En décembre 2003, sous la houlette d'Anne Lauvergeon, présidente du directoire de l'entreprise de 2001 à 2011,  Areva signe avec la Finlande un contrat pour la construction de l'EPR d'Olkiluoto. "Le chantier, rappelle Le Figaro, va se révéler un gouffre : à mi-2014, 3,9 milliards d'euros de provisions avaient déjà été annoncés, soit plus du double du devis initial." Les pertes annoncées mercredi incluent d'ailleurs une nouvelle provision de 720 millions d'euros au titre de l'EPR finlandais. 

Autre erreur d'appréciation ? En 2007, Areva rachète la société canadienne UraMin, qui exploite des gisements d'uranium en Afrique. En 2011, souligne encore Le Figaro, "ses actifs sont dépréciés à hauteur de 1,5 milliard d'euros avant une nouvelle provision de 300 millions d'euros".

Nouveau coup dur en décembre 2009 : la filiale nucléaire française perd à Abu Dhabi la compétition pour la construction de deux centrales. Coup de poignard final en 2011 : l'accident majeur de la centrale japonaise de Fukushima après le séisme du 11 mars gèle de nombreux projets de réacteurs, particulièrement en Europe. L'Allemagne décide par exemple de sortir définitivement du nucléaire. 

Y aura-t-il un plan social ?

Priorité affichée pour redresser les comptes : un plan d'économies. Avec quelles conséquences sociales ? Le ministre du Travail, François Rebsamen, a assuré mercredi sur France Inter qu'il n'y aurait "bien sûr" pas de licenciements. Ce qui n'exclut pas des suppressions de postes.

Areva comptait, selon le site officiel du groupe,  45 340 collaborateurs en 2013, qui suivent probablement les nouvelles avec inquiétude. D'autant que le directeur général Philippe Knoche a explicitement annoncé mercredi, par communiqué, que le groupe n'excluait pas des suppressions d'emplois. Mais il a assuré que l'entreprise ferait "tout pour que, s'il doit y avoir des départs, ils se fassent sur la base du volontariat".

Areva prévoit d'engager "à partir de la fin du mois de mars" une phase de concertation avec les organisations syndicales sur "un projet d'accord-cadre" relatif à "l'emploi, aux rémunérations et au temps de travail", ajoute le communiqué.

Quelles sont les pistes de redressement ?

Dans Le Figaro, le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, estime que le redressement d'Areva "repose sur trois axes : un plan d'économies, une relance de sa politique à l'export et une refonte de la filière nucléaire française".

Le plan d'économies passe par d'éventuelles suppressions d'emplois et par le recentrage "sur le cœur des procédés nucléaires" annoncé par un communiqué du groupe. A l'export, Emmanuel Macron a fixé le marché chinois comme "premier objectif" d'Areva, notamment les marchés des réacteurs de Taishan 3 et 4, et le renforcement de son offre de réacteurs moyenne puissance.

Reste la "refonte" de la filière nucléaire française, qui passe par un nouveau partenariat avec EDF. Toujours dans Le Figaro, Emmanuel Macron estime qu'"Areva paie aussi le prix d'année de manque de transparence et de mauvaises relations avec EDF". Des relations notoirement exécrables, comme le rappelle Le Monde, quand Anne Lauvergeon dirigeait Areva (2001-2011) et Henri Proglio EDF (2009-2014). Selon Challenges, "la volonté d’"Atomic Anne" de faire [d'Areva] une entreprise autonome, capable d’assurer la maîtrise d’œuvre de la construction et de la vente de centrales nucléaires, s’est soldée par une série d’échecs".

Emmanuel Macron en a-t-il tiré le bilan ? "Notre volonté, c'est très clairement qu'il y ait une réorganisation profonde, une refonte, du partenariat historique de ces deux groupes, au bénéfice de chacun d'eux", poursuit le ministre dans le quotidien, évoquant une "intégration stratégique et opérationnelle très forte""Les modalités ne sont pas encore arrêtées, ajoute-t-il. Ce peut être une plus grande coopération industrielle, ou aller jusqu'à un rapprochement, y compris capitalistique. Je pense en particulier à toute l'activité réacteurs, de l'ingénierie à la maintenance."

Le ministre précise toutefois que la question d'une recapitalisation publique est "prématurée", estimant que "la priorité, c'est le redressement opérationnel, le rétablissement du partenariat avec EDF et, en aucun cas, une augmentation de capital par les pouvoirs publics".

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