Hollande réaffirme son hostilité à l'amnistie sociale

Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT (au centre, avec le micro), lors de la manifestation devant l\'Assemblée nationale le 16 mai 2013, pour soutenir la proposition de loi d\'amnistie sociale. 
Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT (au centre, avec le micro), lors de la manifestation devant l'Assemblée nationale le 16 mai 2013, pour soutenir la proposition de loi d'amnistie sociale.  ( MAXPPP)

Il réagissait au projet de loi déposé par le Front de gauche. Le président s'est néanmoins dit "prêt à regarder un certain nombre de situations".

François Hollande a réaffirmé, jeudi 16 mai, lors de sa deuxième grande conférence de presse son opposition au projet d'"amnistie sociale", une idée proposée par le Front de gauche avec le soutien des Verts et d'une partie du Parti socialiste. Mais le président s'est dit prêt à faire preuve de souplesse. "Il est exact que Jean-Luc Mélenchon était venu me présenter un certain nombre de situations que nous pourrons regarder, pas nécessairement dans une loi d'amnistie d'ailleurs", a déclaré le chef de l'Etat, sans donner plus de précisions.

Quelques heures auparavant, la proposition de loi dont le gouvernement ne veut pas, a été renvoyée en commission à l'Assemblée nationale, où la motion de renvoi du groupe PS a été adoptée. La motion de renvoi déposée par Bruno Le Roux (PS) a recueilli 95 voix pour contre 17, sachant que les députés de l'UMP avaient annoncé qu'ils ne participeraient pas au scrutin en signe de désaccord. Les élus du Front de gauche (Parti de gauche et Parti communiste) et les écologistes, inquiets d'"un enterrement" du texte, se sont opposés au renvoi en commission.

Le PS divisé

Hostiles au principe de cette amnistie, des députés d'autres groupes de gauche, radicaux de gauche mais aussi certains socialistes comme le président de la commission des Lois, Jean-Jacques Urvoas, ont voté contre le renvoi en commission. L'UDI (centre-droit) avait indiqué qu'elle ne voterait pas la motion de renvoi, "hostile" à une proposition d'amnistie "inopportune et dangereuse".

De son côté, la socialiste Anne-Marie Chapdelaine, qui a exposé la motion de renvoi en commission, a souligné le besoin d'avoir "le temps d'un réexamen technique du texte", mais assuré que "le renvoi en commission n'est pas un rejet des causes sociales" des faits visés. Elle a insisté sur le souci de "commettre plutôt un excès de prudence que de précipitation" pour ne pas laisser "supposer que nous serions les apôtres de l'impunité".

Mais l'écologiste Sergio Coronado a déploré "une manœuvre dilatoire" et jugé qu'il n'était "pas sain qu'une majorité change d'avis aussi souvent et tourne le dos à ceux qui nous ont permis d'être assis ici", tandis que le radical de gauche Alain Tourret a raillé une "motion mi-chèvre mi-choux, digne des grands moments de la République radicale de la IIIe République".

Une "trahison" pour Mélenchon

Observant que "la gauche est plus que jamais fracturée", l'ex-président UMP de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a critiqué "l'artifice procédural d'un renvoi en commission", dans lequel il a vu une illustration du "hollandisme, mélange de flou et de manque de courage", et d'une "synthèse molle".

Le renvoi en commission de la proposition de loi sur l'amnistie sociale, décidé jeudi par les députés, est une "trahison", a réagi Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, lors d'un rassemblement en faveur du texte réunissant plusieurs centaines de militants devant l'Assemblée. "On comprend que c'est uniquement pour permettre au président de la République de ne pas avoir l'air ridicule", a poursuivi Jean-Luc Mélenchon, soulignant que "l'amnistie est l'un des fondamentaux de la lutte de gauche". La loi, même si elle "modeste" et concerne "uniquement le mandat de Sarkozy", est une "urgence" et "la refuser serait un signe désastreux envoyé au monde du travail", a plaidé pour sa part Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, qui a rappelé que "l'amnistie est inscrite dans la Constitution".

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