9 des 11,6 millions d'euros volés le 5 novembre ont été retrouvés à Lyon, a révélé lundi une source judiciaire

Portrait du convoyeur âgé de 39 ans, employé chez Loomis depuis une dizaine d\'années
Portrait du convoyeur âgé de 39 ans, employé chez Loomis depuis une dizaine d'années (France 2)

Entre-temps, Toni Musulin, le convoyeur de fonds suspecté dans le braquage à Lyon du fourgon dont il avait la charge, est toujours introuvable et fait désormais l'objet de recherches dans toute l'Europe. Interpol est saisi.Le suspect semble avoir agi seul et s'est peut-être éclipsé du côté de l'Europe de l'Est.

Entre-temps, Toni Musulin, le convoyeur de fonds suspecté dans le braquage à Lyon du fourgon dont il avait la charge, est toujours introuvable et fait désormais l'objet de recherches dans toute l'Europe. Interpol est saisi.

Le suspect semble avoir agi seul et s'est peut-être éclipsé du côté de l'Europe de l'Est.

Des paquets de billets retrouvés dans un véhicule utilitaire
Les enquêteurs ont découvert samedi plusieurs dizaines de paquets de billets, allant de 5 à 100 euros et représentant au total 9,105 millions d'euros, dans une Renault Kangoo blanche que Toni Musulin avait louée.

La camionnette était garée dans un box loué depuis avril, sous un faux nom. Ce garage est situé à proximité de l'endroit où le fourgon dévalisé, appartenant à la société suédoise de transport de fonds Loomis, a été retrouvé.

"En l'état actuel de tous les éléments de l'enquête, c'est lui (Toni Musulin) qui a loué le box, c'est lui qui a loué le véhicule, c'est lui qui est parti avec l'argent. Il a agi de façon solitaire", a déclaré à la presse le procureur de la République de Lyon, Xavier Richaud.

Le box où a été retrouvée la majeure partie de l'argent avait été loué jusqu'en décembre, "ce qui laisse penser qu'il voulait revenir chercher le reste", a encore indiqué le procureur.

Une notice bleue envoyée aux 185 pays membres d'Interpol
Les enquêteurs "travaillent avec toute la zone Schengen, entre autres", selon une source judiciaire. Interpol n'a pas encore émis d'avis de recherche, mais a toutefois diffusé à la demande de Paris une "notice bleue" à ses 185 pays membres.

Les pays membres d'Interpol sont ainsi invités à transmettre des informations sur son identité et ses activités. L'homme est aussi fiché dans le cadre de la convention de Schengen: les 25 pays signataires ont reçu une fiche à intégrer dans leurs propres fichiers des personnes recherchées, selon une source proche du dossier.

Les enquêteurs lyonnais envisagent une fuite du convoyeur "dans certains pays de l'Est, compte tenu des origines serbo-croates" du convoyeur de 39 ans, employé du groupe de transport de fonds Loomis depuis dix ans. Selon la même source judiciaire, "un pas important a été franchi" dans l'enquête, bien que Toni Musulin n'ait pas été retrouvé.

Par ailleurs, depuis sa spectaculaire disparition, le convoyeur de fonds est devenu une authentique star du web, de nombreux internautes saluant "l'audace" de son échappée sans précédent...

Tony Musulin s'est volatilisé jeudi 5 novembre vers 10h00, au volant de son fourgon blindé alors que ses deux collègues, novices, étaient sortis pour une halte dans leur société, dans le 7e arrondissement de Lyon. Près de trois heures plus tard, le fourgon était retrouvé non loin de là, vide, près de Vénissieux, dans la banlieue est de Lyon. Le GPS et le téléphone du camion avaient été coupés pendant les quelques heures où l'engin a disparu.

Un tel détournement par un convoyeur de fonds est une "première en France", selon le parquet de Lyon.

Après ce braquage tout en douceur, une perquisition au domicile du suspect a permis de conclure que ce dernier avait organisé sa fuite. "Son appartement a été vidé, nettoyé, le frigo était vide, on n'a pas retrouvé ses papiers. C'est comme s'il avait préparé sa fuite", a précisé le procureur de Lyon. L'homme a également vidé ses comptes en banque.

Ses collègues de travail ont décrit un homme "taciturne", "devenu bizarre depuis quelques mois", évoquant "des embrouilles avec ses équipiers". Il se plaignait continuellement "d'être mal payé" et disait en vouloir "aux patrons et aux banquiers". Un convoyeur gagne environ 1200 euros net en début de carrière et 1500 euros net avec vingt ans d'ancienneté.

"Normalement, un convoyeur ne reste jamais seul dans le fourgon"
Les syndicats de l'entreprise, comme d'ailleurs le syndicat d'officiers de police Synergie, ont mis en avant plusieurs défauts de procédure qui ont permis, selon eux, le succès de ce braquage inédit. "Le camion n'aurait jamais dû transporter autant d'argent en une seule fois. Le montant maximal autorisé est de 7 millions d'euros, ils auraient dû faire le voyage en deux fois", selon un délégué CFDT de Loomis, Joël Chapuy. "Le fourgon aurait dû réaliser ce transfert depuis la Banque de France en direct et non dans le cadre d'une tournée."

Le représentant syndical a posé, en outre, la question d'éventuelles complicités. Il a assuré que l'ouverture du coffre du fourgon "se fait nécessairement avec deux personnes, l'une tapant les codes et l'autre ouvrant la porte". Le coffre du fourgon a été retrouvé ouvert sans effraction. Il a relevé par ailleurs qu'un volume de 11 millions d'euros était difficile à transporter par un seul homme.

"Soit le chauffeur du fourgon s'est débrouillé pour influencer ses collègues en vue de faire le coup et transporter l'argent en une seule fois, soit les trois avaient l'habitude de ne faire qu'un voyage et il en a profité", expliquait un membre du syndicat policier Synergie qui tient à rester anonyme. "Est-que le chauffeur du fourgon a insisté auprès de ses collègues pour convoyer en une fois les 11 millions d'euros ou est-ce-que les collègues avaient l'habitude de gagner un tour, je sais pas, c'est une supposition."

Les précédents
Le 22 septembre 2007, une dizaine d'hommes encagoulés et puissamment armés avaient attaqué à l'explosif le centre-fort de la société Sazias à Gémenos (est de Marseille), s'emparant de près de 10 millions d'euros. Selon les enquêteurs, il y avait alors eu des complicités à l'intérieur de la société.

Le 7 août 2008, trois malfaiteurs se faisaient remettre 7 millions d'euros par un transporteur de fonds de la société Sazias, après s'être introduit à son domicile à Brignoles (Var) et avoir pris sa femme en otage.