Affaire Xavier Dupont de Ligonnès : sur quoi se basait la police écossaise pour arrêter un faux suspect ?

Une journaliste filme l\'ancienne maison de la famille Dupont de Ligonnès, le 12 octobre 2019 à Nantes (Loire-Atlantique).
Une journaliste filme l'ancienne maison de la famille Dupont de Ligonnès, le 12 octobre 2019 à Nantes (Loire-Atlantique). (SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP)

C'est un "tuyau" de la police écossaise qui a déclenché, à tort, vendredi, l'interpellation d'un sexagénaire pris pour le fugitif nantais.

Il reste une énigme concernant la dernière fausse piste dans l'affaire Xavier Dupont de Ligonnès : sur quoi la police s'est-elle basée pour arrêter, à tort, un sexagénaire résidant dans les Yvelines ? Selon les informations de France Télévisions, le "tuyau" provenait des policiers écossais, qui ont signalé vendredi 12 octobre à leurs homologues français, via Scotland Yard puis Europol, la présence de Xavier Dupont de Ligonnès dans un avion reliant Roissy-Charles-de-Gaulle à Glasgow, en Ecosse, et voyageant sous l'identité d'un certain Guy J. 

Comment les policiers écossais ont-ils eu accès à cette information, qui s'est avérée erronée par la suite ? Pour l'heure, les policiers français l'ignorent, comme l'indique une source proche de l'enquête à France Télévisions. 

Une dénonciation "anonyme" ?

Selon Le Parisien, premier média à avoir annoncé l'arrestation du fugitif nantais à Glasgow, "le point de départ de cette incroyable méprise se situe de l'autre côté de la Manche. Ce 'tuyau' proviendrait d'une information transmise dans un premier temps à la police écossaise", écrit le quotidien. 

Selon Le Journal du dimanche, il s'agit d'une dénonciation "anonyme", qui pourrait provenir d'un proche de Guy J., cet habitant de Limay (Yvelines), âgé de 69 ans, qui effectuait régulièrement des séjours en Ecosse chez sa compagne rencontrée il y a quatre ans. "Un correspondant anonyme dénonce la présence à bord d'un vol d'Easy Jet reliant Roissy-Charles-de-Gaulle à Glasgow de Xavier Dupont de Ligonnès", écrit l'hebdomadaire. "Vendredi soir, les Ecossais transmettent sans délai à Paris, via Interpol, le tuyau".

Selon le même journal, la police précise que "le suspect voyage muni d'un passeport volé en 2014 à un certain Guy J." On apprendra plus tard que le passeport du passager était en fait en règle. Une source explique également à l'AFP que les Britanniques ont été prévenus de l'arrivée de cet homme à Glasgow par une "dénonciation anonyme". Sollicitées, "les sources françaises ou écossaises n'ont à ce stade fourni aucune explication sur l'origine de cette erreur", précise l'agence.

La police française prévenue trop tard

Comme l'indique une source policière à France Télévisions, "il est fréquent que les enquêteurs français reçoivent des signalements de la sorte, pas toujours motivés mais avec simplement une date, une heure, un trajet. Ils se doivent de lever le doute même s'ils n'ont pas plus d'éléments". Il est donc prévu que des policiers français se rendent à l'aéroport de Roissy, samedi, pour surveiller les voyageurs embarquant à destination de Glasgow puisque le passager est censé embarquer ce jour-là.

Mais Guy J. change son jour de départ et prend l'avion le vendredi. "Pris de court et dans l'impossibilité matérielle de monter un dispositif de surveillance, les enquêteurs français demandent à leurs collègues écossais de procéder à l'interpellation du suspect à sa descente d'avion à l'aéroport de Glasgow, écrit Le Parisien. C'est ainsi que, vendredi en début d'après-midi", le faux suspect "est appréhendé, alors que son épouse écossaise l'attend dans le hall des arrivées".

"La police écossaise transmet son tuyau à Londres, à Europol, puis à la police française. Il est trop tard pour sauter dans l'avion", explique de son côté Audrey Goutard, journaliste responsable police-justice de France Télévisions. On connaît la suite : la police écossaise annonce que les empreintes digitales de l'homme interpellé à Glasgow "correspondent", sans conditionnel. L'information est transmise à la police française, puis reprise par l'ensemble de la presse et des télévisions françaises, avant le rétropédalage et le démenti total apporté par les analyses ADN. Libéré, le sexagénaire a fait savoir au Parisien, qui l'a contacté : "Oubliez-moi !" 

Vous êtes à nouveau en ligne