Attaque du Thalys : "Les politiques ont promis beaucoup, mais la traçabilité des individus ne s’est pas améliorée"

La police inspecte le wagon du Thalys attaqué à Arras (Pas-de-Calais), le 21 août 2015.
La police inspecte le wagon du Thalys attaqué à Arras (Pas-de-Calais), le 21 août 2015. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Jean-Charles Brisard, expert international en matière d’analyse du terrorisme, revient pour francetv info sur l'attaque du Thalys et les questions qu'elle pose à nouveau en termes de politique antiterroriste.

De nombreuses questions se posent encore à propos du responsable présumé de l’attaque qui a eu lieu à bord du Thalys, vendredi 22 août, en fin d’après-midi. Le suspect, un jeune Marocain de 26 ans, se serait beaucoup déplacé dans l’espace européen (Espagne, Allemagne, Belgique) et au-delà, vers la Turquie et la Syrie. Une fois de plus, à travers le cas de Ayoub El Khazani, le problème de la traçabilité des candidats à l’action violente est à nouveau soulevé. Où en est on de ce point de vue dans le suivi des aspirants jihadistes à travers les frontières ? Les réponses de Jean-Charles Brisard, expert international en matière d’analyse du terrorisme.   

La question d’une collaboration efficace entre services de renseignements est souvent posée avec les récentes attaques que l’on a vues en France et ailleurs. C'est le cas à nouveau avec le Thalys. Qu'en est il selon vous ?

Jean-Charles Brisard : De fait, les politiques ont promis beaucoup de choses, mais la situation ne s’est pas vraiment améliorée en matière de traçabilité des individus suspects lorsqu’ils franchissent de multiples frontières. J’insiste, à mes yeux, c’est un point très faible sur lequel il est urgent d’agir. Par exemple, on a fait de belles promesses sur l’ouverture des travaux pour la mise en place d’un PNR (Passenger Name Record ) européen et ce n’est toujours pas fait.

De quoi s’agit-il exactement ?

Le PNR a été mis en place par les autorités américaines après la vague d’attentats du 11 septembre. C’est une fiche, obligatoire quand on traverse l’Atlantique, qui contient les données personnelles du voyageur. On y trouve un certain nombre d’informations comme nom, âge, destination, bagages, location de véhicules, mode de paiement… Dès la réservation faite sur internet par exemple, ces données sont transmises aux services de sécurité. En croisant ces informations, on peut en déduire un profil de personne posant question. Si par exemple, un voyageur prend un billet en aller simple pour l’Irak, s’il paye en liquide et si ses bagages sont extrêmement lourds, il commence à rentrer dans un profil intéressant, a fortiori s’il le fait souvent. Mais bien sûr, ce ne sont là que des indices. Ce qui n’est donc qu’un outil de détection n’est toujours pas en fonction, et c’est très dommageable. Car à présent, on ne peut plus raisonner dans un contexte strictement national. Avec les jihadistes de l’islam radical, la transmission d’informations, l’échange des connaissances sont cruciales. De ce point de vue, la collaboration entre les services est à améliorer nettement. Le temps des belles promesses devrait s’arrêter au plus vite pour enfin évoluer concrètement dans nos procédures de traçabilité des individus violents.

Ce que nous venons de vivre à bord du Thalys vous semble-t-il s’inscrire dans une stratégie nouvelle des jihadistes ?

Nouvelle ? Pas vraiment. L’action, heureusement contrée dans le Thalys, prouve que les récents appels aux opérations extrêmes lancés par l’organisation État Islamique fonctionnent. On l’a vu dernièrement en Isère. C’est une réalité avec laquelle il faut apprendre à vivre, le risque zéro n’existe pas, des attaques peuvent avoir lieu à tout moment, et n’importe où.

Selon vous, il n’y a plus de cible privilégiée ?

Le temps des cibles symboliques est définitivement achevé. On a vu soit via les personnes, soit via les lieux, que l’on pouvait s’en prendre au journalisme, à la religion, à l’armée, à l’économie… Désormais, avec ce terrorisme protéiforme, potentiellement, aucune cible n’échappe à ce que j’appellerai, le champ de tir. Or, il ne s’agit pas de céder à la peur, à la terreur qui sont les finalités de ces jihadistes. Il est essentiel de continuer à avoir une vie normale. C’est pour cela que je plaide pour mettre en place les outils d’une vigilance européenne. Entre nos pays, le repérage des personnes, l’échange des informations, bref, les instruments d’une vraie traçabilité doivent être profondément perfectionnés.

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