Attentat à Strasbourg : ce que l'enquête doit encore déterminer après la mort de Cherif Chekatt

Des policiers relèvent des preuves à l\'endroit ou Cherif Chekatt a été abattu, à Strasbourg (Bas-Rhin), le 13 décembre 2018.
Des policiers relèvent des preuves à l'endroit ou Cherif Chekatt a été abattu, à Strasbourg (Bas-Rhin), le 13 décembre 2018. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

L'auteur de l'attaque sur le marché de Noël a été abattu par les forces de l'ordre, jeudi 13 décembre. Plusieurs questions restent toutefois en suspens.

"Evidemment, l'enquête se poursuit", a annoncé Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, jeudi 23 décembre, après la mort de Cherif Chekatt. "Elle se poursuivra jusqu'au bout pour que toute la vérité soit faite et que pour toute la sécurité liée à cette enquête soit garantie aux Français." L'auteur de l'attaque qui a fait trois morts à Strasbourg (Bas-Rhin) a été abattu jeudi soir par les forces de l'ordre, dans le quartier de Neudorf, où il se cachait depuis deux jours. Franceinfo fait le point sur les questions qui restent en suspens au lendemain de sa mort.

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Cherif Chekatt avait-il des complices ?

Les enquêteurs doivent encore déterminer si Cherif Chekatt a été aidé lors de sa fuite. Cette hypothèse est toutefois peu probable. "Il n'y a pas d'indication aujourd'hui qui nous fait penser qu'il y aurait eu des complices", a déclaré Christophe Castaner lors de son point-presse, jeudi soir.

"Tout laisse penser qu’il se terrait dans le quartier depuis la commission des faits. Pour lui, c’était compliqué car tous ses proches étaient placés en garde à vue", ajoute Fabrice Poli, secrétaire régional Grand Est du syndicat Alliance, interrogé par franceinfo. "La stratégie de la police était de lui couper toute aide possible."

"A ce stade, sept personnes sont toujours en garde à vue : les quatre membres de sa famille [les parents de Cherif Chekatt et deux de ses frères] placés en garde à vue dans la nuit de mardi à mercredi et trois membres de son entourage proche, dont un placé en garde à vue hier matin et deux cette nuit", a fait savoir Rémy Heitz, vendredi 14 décembre, dans la matinée, lors d'une conférence.

Un autre frère de l'assaillant, lui aussi fiché S, a été interpellé en Algérie, a appris franceinfo de source proche de l'enquête. Selon Le Parisien, il était visé par un mandat de recherche pour association de malfaiteurs terroriste lancé après l'attentat. Il avait quitté la France bien avant l'attaque mais les enquêteurs veulent "savoir s’il était au courant du projet terroriste de son frère et s'il a pu y participer en apportant un éventuel soutien logistique", précise le quotidien.

Avait-il prêté allégeance au groupe Etat islamique ?

La question de la radicalisation de Cherif Chekatt est encore floue. Fiché S, il faisait l'objet d'une surveillance de la DGSI depuis plusieurs mois. Son prosélytisme religieux, "parfois agressif", avait été remarqué lors de ses différents passages en prison et une affiche de Ben Laden avait été retrouvée dans l'une de ses cellules, d'après l'AFP. Dans les jours qui ont précédé l'attaque, Cherif Chekatt avait par ailleurs installé sur son téléphone l'application de messagerie chiffrée Telegram, fréquemment utilisée par les terroristes, selon Le Parisien.

Et si l'agence Amaq, l'organe de propagande du groupe Etat islamique, a affirmé jeudi, que le Strasbourgeois "faisait partie de [ses] soldats""aucun testament, aucun drapeau de Daech, aucun serment d’allégeance à l’organisation terroriste" n'ont toutefois été retrouvés lors de la perquisition menée à son appartement, mardi 11 décembre, relève Le Parisien. Selon le quotidien francilien, le ministère de l'Intérieur n'a détecté "aucune cellule terroriste" impliquée dans l'attentat à Strasbourg.

La revendication du groupe jihadiste doit donc être prise avec prudence, selon LCI. "Le fait de savoir qu’il y ait eu ou non des liens entre cet individu et l’organisation Etat islamique n’a aucune importance pour Daech", explique Jérôme Poirot, ancien adjoint du coordonnateur nationale du renseignement, à la chaîne. L'Etat islamique a en effet appelé en effet les jihadistes potentiels à "prendre les armes""partout où [ils le peuvent]". "Des individus, qui lui sont inconnus mais qui commettent des actes cohérents avec ses préceptes, lui donnent l'occasion de revendiquer des attentats", conclut Jérôme Poirot. L'enquête devra donc déterminer si l'auteur de l'attaque de Strasbourg avait véritablement des liens avec le groupe Etat islamique.

L'attaque était-elle planifiée ?

L'enquête devra enfin déterminer si l'attentat du marché de Noël était planifié. Selon Le Parisien, la thèse la plus probable est que la perquisition menée au domicile de Cherif Chekatt, dans la matinée du mardi 11 décembre, a "déclenché, ou au moins précipité, son attaque". Le quotidien rapporte que les objets saisis lors de cette opération – parmi lesquels se trouvent des "munitions", "quatre couteaux" et "une arme de calibre .22 long rifle" – sont toujours étudiés par les enquêteurs. De même, l'équipement retrouvé sur le suspect, jeudi soir, va être regardé de près. Il était armé d'un revolver ancien, chargé de 6 munitions, et transportait aussi un couteau ainsi que 8 autres munitions de calibre 8 mm. 

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