Enseignant décapité : "Attaquer un enseignant, c'est une attaque contre la République", réagit François Hollande

François Hollande, ancien président de la République, invité de franceinfo le 22 mai 2018.
François Hollande, ancien président de la République, invité de franceinfo le 22 mai 2018. (JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT / FRANCE-INFO)

L'ancien chef de l'Etat est prêt à participer à d'éventuels rassemblements ou manifestations en hommage à l'enseignant assassiné.

"Attaquer un enseignant qui a fait son cours pour ouvrir les esprits, c'est une attaque contre la République, les institutions de la République, l'esprit de la République, le visage de la République", a réagi l'ancien président François Hollande sur franceinfo samedi 17 octobre, au lendemain de la décapitation d'un enseignant à Conflans-Sainte-Honorine.

franceinfo : Est-ce une étape supplémentaire qui a été franchie dans l'horreur ?

François Hollande : Il s'agit d'un enseignant qui avait fait son travail, son devoir même d'éducateur et essayé de faire réfléchir ses élèves sur des caricatures, ce qui peut être fait dans une République laïque ou ce qui ne peut pas être fait. Et c'est cet enseignant qui a été visé par le terrorisme parce qu'il correspond à ce message républicain que ces individus et ces groupes refusent. Attaquer un enseignant près de son école, attaquer un enseignant qui a fait son cours pour ouvrir les esprits et non pas les fermer, oui, c'est une attaque contre la République, les institutions de la République, l'esprit de la République, le visage de la République.

Avez-vous un message à adresser aux enseignants ?

D'abord, c'est une douleur intense que ressent la communauté éducative, les enseignants, les personnels du ministère de l'Éducation nationale, mais aussi les élèves qui suivent des cours et qui peuvent eux aussi être frappés par cet acte. Ma solidarité, ce n'est pas simplement une solidarité par rapport à des personnes qui se sentent aujourd'hui en danger parce qu'ils peuvent l'être, c'est d'abord une solidarité à l'égard de tous ceux se dévouent pour la République et qui doivent tenir bon. C'est ça l'enjeu. Est-ce que nous allons tenir bon ou est-ce que nous allons céder ? Comment céder ? En ne faisant plus cours sur un certain nombre de sujets ? En ne traitant pas certaines questions en évitant de choquer certains esprits mal tournés ou des parents qui ne comprennent pas le sens de la laïcité ? Non ! Il faut tenir bon. Pour que les éducateurs et les enseignants et professeurs tiennent bon, il faut aussi que la République leur montre son soutien.

Vous appelez à faire bloc. Qu'est-ce que cela veut dire pour chaque Français ?

Chaque Français, chaque citoyen, quels que soient son parcours et ses convictions, sa religion, est concerné par ce qu'il vient de se produire parce que c'est l'école qui est frappée. Nous avons tous eu ou nous avons tous des enfants dans les écoles. Nous savons ce que représente l'école en termes de promesse républicaine, ce qu'elle représente pas simplement comme symbole, comme institution qui forge l'esprit de la citoyenneté et la République. Donc, nous sommes tous conscients de la menace qui pèse. Et nous devons tous montrer, à travers les semaines et les mois qui viendront, une présence et une solidarité à l'égard de l'école. Chacun doit comprendre que ce sont les enseignants qui sont les transmetteurs de l'esprit républicain. Donc, s'il y a un acte qu'il faut engager, un geste qu'il faut faire, c'est une mobilisation en faveur de l'école de la République.

N'y a-t-il pas eu un aveuglement d'une partie de la gauche face à la montée de l'islamisme dans le pays ?

La gauche que j'ai représentée, la gauche qui a gouverné sous mon autorité, n'a jamais cédé. Elle a tenu bon. Elle a lutté avec fermeté et avec respect pour toutes les confessions, contre l'islamisme et contre la radicalisation. Elle n'a jamais cédé un pouce de terrain sur la question de la laïcité. Qu'il y ait des gens qui marquaient de la tolérance à l'égard de comportements qui n'étaient pas républicains, c'est possible. De ce point de vue, s'ils ont montré de la tolérance, c'est qu'ils n'étaient pas eux-mêmes républicains. La laïcité, ce n'est pas une laïcité qui se négocie au jour le jour. La laïcité c'est des principes, c'est des règles de droit qui doivent être appliquées avec rigueur, avec respect, mais qui doivent être partout. Donc, moi, je n'ai aucune estime pour tous ceux qui justifient des manquements à la laïcité.

Aujourd'hui, il y a un sentiment d'impuissance ?

Il faut vaincre ce sentiment d'impuissance. Nous avons beaucoup œuvré contre le terrorisme islamiste. Nous avons porté des coups extrêmement durs. Nous avons éradiqué Daech en Syrie, en Irak. J'ai moi-même fait intervenir nos forces au Moyen-Orient et au Sahel. Nous avons remporté des victoires, mais nous n'en avons pas terminé avec ce fléau. Ils utilisent d'autres moyens que ce qu'ils avaient pu utiliser lors de la période qui était celle de ma présidence où c'était une guerre qui nous était faite de l'extérieur et avec des appuis à l'intérieur. Là, ce sont des individus radicalisés qui passent à l'acte dans un délai très court et qui frappent. Sur les réseaux sociaux, ce sont des individus également radicalisés et qui ne comprennent pas l'esprit de la laïcité qui montent les citoyens les uns contre les autres. Et c'est aussi cela qu'il faut punir et sanctionner.

Quel sera votre rôle dans les prochains jours ?

Je participerai à la fois par mon expression, par ma présence, si c'est nécessaire. Je me souviens de ce qu'avait été la grande manifestation du 11 janvier 2015. A l'époque, ce n'est pas si loin, c'était la liberté d'expression et c'est toujours la liberté d'expression. En réalité, c'est toujours grâce à cette liberté qui est la nôtre que les terroristes veulent nous attaquer.

Faut-il une nouvelle grande manifestation ?

Ce n'est pas à moi de le dire. Il y a des formations politiques qui peuvent en décider, mais en tout cas, il ne faut rien céder. Ne pas laisser faire, ça ne passera pas.

Vous êtes prêt à participer à une manifestation ?

J'irai partout, y compris dans les établissements scolaires, pour porter cette parole.

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