Depuis les attentats du 13-Novembre, "nous avons beaucoup progressé", déclare le patron du Samu de Paris

Pierre Carli, médecin-chef du Samu de Paris
Pierre Carli, médecin-chef du Samu de Paris (PASCAL ALLEE / AFP)

Depuis les attentats du 13-Novembre, les plans d'urgence sanitaire ont subi des ajustements. Le médecin-chef du Samu de Paris, Pierre Carli, revient samedi pour franceinfo sur les changements qui ont été opérés depuis cette tragédie. 

Quatre-vingt-dix morts au Bataclan, 39 morts sur les terrasses des brasseries de la capitale, un mort au Stade de France. À ce triste bilan des attentats du 13-Novembre à Paris s'ajoutent 413 personnes blessés, dont 99 grièvement. De très nombreux secouristes ont été mobilisés ce soir-là. Un an après, Pierre Carli, le médecin-chef du Samu de Paris, revient samedi 12 novembre, sur les enseignements tirés de cette funeste nuit.

franceinfo : Qu'est-ce-que ce qui a changé dans votre manière de travailler depuis les attentats du 13-Novembre ?

Pierre Carli : Nous avons beaucoup progressé sur l’adaptabilité. Désormais, face à une stratégie d'attaque, nous pouvons à chaque endroit mettre en place une stratégie de soins. Les attentats du 13-Novembre ont servi de référence à toute la France et même dans le monde. Les médecins belges, qui ont été confrontés quelques mois plus tard à un attentat à l'aéroport de Bruxelles, ont eu accès aux conclusions et aux analyses très précises que nous avions faites à Paris après les attentats. Et ils ont remis à jour leur façon de procéder. Le 14 juillet 2016,  il y a eu Nice : nos collègues ont là encore bénéficié de l’expérience des précédents attentats.

Un médecin du Samu prend en charge une personne blessée au Bataclan lors des attentats du 13-Novembre 2015
Un médecin du Samu prend en charge une personne blessée au Bataclan lors des attentats du 13-Novembre 2015 (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Après ces attentats, les médecins du Samu et des urgences ont-ils suivi des stages ?

De janvier à mai 2016, nous avons mis en place de nombreuses formations qui n’existaient pas auparavant. Nous avons intégré des techniques de soins militaires, qui permettent aux médecins civils d’être familiarisés avec la prise en charge des victimes de blessures par arme de guerre en grand nombre.

Désormais, les urgentistes sont équipés de matériels qui leur permettent de prendre en charge de graves hémorragies. Ils ont dans leur trousse de nombreux garrots et des médicaments spécifiques. Ils connaissent une technique de soin adaptée aux blessés, qui souffrent des hémorragies les plus graves.

De plus en plus de citoyens veulent également se former aux premiers secours. C’est positif pour vous ?

C’est très important. Aujourd’hui tout le monde a conscience que ce type d’attentats peut se produire. Les citoyens ont acquis des notions rudimentaires mais efficaces, qui font gagner beaucoup de temps à la prise en charge. C’est bien que la réaction ne soit pas uniquement assurée du côté des urgences. C'est bien que la réaction soit collective.

Le soir du 13-Novembre, malgré le nombre de victimes, il restait des lits dans les hôpitaux de Paris. En cas d’attaque plus importante, peut-on transporter des blessés hors de l’Ile-de-France ?

Aucun hôpital n’a été submergé par les victimes. Les hôpitaux ont un "Plan Blanc" qui permet de mobiliser énormément de moyens. Le soir du 13-Novembre, de nombreux chirurgiens, réanimateurs, radiologues et anesthésistes sont revenus, afin que les hôpitaux fonctionnent la nuit comme si nous étions en pleine journée. D'une certaines façon, l’hôpital lui aussi s’oppose à l’action terroriste, en ne se laissant pas déborder et désorganiser par la surprise et le nombre de victimes.

Pierre Carli, le patron du Samu de Paris, au micro de Mathilde Lemaire
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