"Cela a réveillé mon traumatisme" : un rescapé du Bataclan assigne son entreprise après un exercice "alerte-attentat"

L\'entrée du Bataclan, à Paris, l\'un des lieux des attentats du 13 novembre 2015.
L'entrée du Bataclan, à Paris, l'un des lieux des attentats du 13 novembre 2015. (BENOIT TESSIER / AFP)

Un rescapé de l'attentat du Bataclan assigne le groupe Publicis devant le Conseil de prud'hommes de Paris. Il estime qu'un exercice de sécurité simulant un attentat organisé dans les locaux de son entreprise a fait resurgir ses traumatismes.

La scène se déroule en juin 2018. Ce jour-là, Guillaume Delmas, rescapé du Bataclan et employé depuis plus de huit ans de la société WAM (World Advertising Movies), intégrée au groupe Publicis, est au travail. Il rejoint son bureau quand, dans un couloir, il tombe nez à nez avec un pseudo-terroriste, Kalachnikov dans les mains. "J'ai su par la suite que c'était une fausse Kalachnikov, que c'était un terroriste de pacotille et qu'il s'agissait d'un exercice de sécurité lié au terrorisme, explique-t-il aujourd’hui à franceinfo. Il assure qu'à l'époque, sa direction ne l'avait pas prévenu de cet exercice. 

Depuis juillet 2018 – soit un mois après cet épisode - Guillaume Delmas est en arrêt maladie. Un arrêt maladie requalifié en accident du travail en mai 2019. Il suit une thérapie et prend des antidépresseurs. Le publicitaire estime que cet exercice de sécurité simulant un attentat organisé dans les locaux de son entreprise a fait resurgir ses traumatismes. Il va donc saisir, mardi 21 janvier, les prud'hommes en s'appuyant sur un article du code du travail (L.4121-1) qui dit que "l'employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs".

La cicatrice est "complètement rouverte"

"Cela a réveillé la peur et mon traumatisme", déplore ce rescapé qui avait pourtant remonté la pente après le cauchemar du Bataclan. Cet épisode, poursuit-il, "a fait péter tous les points de suture que j'étais en train de broder sur ma cicatrice depuis deux ans et demi, ça l’a complétement rouverte". 

Cet homme de 49 ans rappelle que "Publicis a payé un lourd tribut", lors des attentats du 13 novembre. Selon lui, "huit ou neuf salariés de la boîte sont allés à ce concert", au Bataclan. Le bilan est lourd : "Il y en a deux qui n’en sont pas sortis vivants. Et deux ou trois autres qui ont arrêté de travailler donc ce n'est pas comme si Publicis ne savait pas", juge Guillaume Delmas.

Le minimum d'humanité, c'est de prévenir les rescapés qui continuent à bosser dans les locauxGuillaume Delmasà franceinfo

Selon lui, la direction aurait dû "nous dire : ‘On va faire ce genre d'exercice, alors ce serait peut-être mieux pour vous que vous ne soyez pas là quand ça se passera’".

Une expertise médicale met en cause Publicis

C’est aussi ce que pense son avocate, Stéphanie Lamy, qui indique qu’une expertise médicale de son client datant du mois de mai 2019, et réalisée par des médecins experts mandatés par le Fonds de garantie, montre "de manière extrêmement claire" que la situation actuelle de Guillaume Delmas "n'est pas en lien avec les seuls attentats terroristes du mois de novembre 2015, mais surtout, et essentiellement, avec l'exercice de sécurité du mois de juin 2018".

Selon maître Lamy, cette expertise médicale met en cause "l'attitude de l'employeur et son refus de prendre en considération l'impact de cet exercice sur la santé de M. Delmas." Son client demande la résiliation judiciaire de son contrat de travail et une indemnisation en conséquence. Publicis ne souhaite pas, pour le moment, faire de commentaire.

Le reportage de Benjamin Illy
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