Relaxe de Jawad Bendaoud : "J'avais dit à mes clients : 'Soyez prudents, ne surinvestissez pas ce procès-là'"

Dessin de Jawad Bendaoud, le 24 janvier 2018, au palais de justice de Paris.
Dessin de Jawad Bendaoud, le 24 janvier 2018, au palais de justice de Paris. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

L'avocat de neuf victimes des attentats du 13-Novembre dans le procès de Jawad Bendaoud, Gérard Chemla, a expliqué, jeudi sur franceinfo, qu'il s'attendait à ce "que la justice trouve le dossier trop faible pour le condamner".

"Je ne suis pas écœuré" par la relaxe prononcée par le tribunal correctionnel de Paris à l'encontre du logeur des terroristes de novembre 2015 Jawad Bendaoud, a estimé, jeudi 15 février sur franceinfo, Gérard Chemla. L'avocat de neuf victimes des attentats du 13-Novembre a expliqué qu'il avait appelé ses clients à ne pas surinvestir ce procès et qu'ils "n'allaient pas être satisfaits" du jugement prononcé. Le parquet a fait appel de cette décision.

franceinfo : Certaines parties civiles ont exprimé leur colère face à ce jugement. Est-ce aussi votre avis ?

Gérard Chemla : Depuis le début, j'explique à tout le monde que ça n'était pas le procès du siècle. Surtout, cela n'était pas le procès Bendaoud, parce que Jawad Bendaoud, très haut en couleurs, avait finalement tiré les projecteurs sur lui, alors qu'il n'était pas le plus impliqué dans l'affaire que nous avions à juger. Ça ne veut pas dire, à ce stade, que la justice a fini sa démarche, puisqu'un appel a été interjeté et nous reverrons le problème. Je ne suis pas écœuré par ce qui s'est passé. Je considère que nous savions tous qu'il était possible que la justice trouve le dossier trop faible pour le condamner. Nous verrons, devant la cour d'appel, si le débat est toujours à ce niveau-là. En l'état, il n'y a pas lieu de crier au loup.

Est-ce que les victimes n'attendaient pas un peu trop de ce procès en attendant le vrai procès des attentats ?

On a monté en épingle ce qui n'était pas un procès exemplaire, et, en tous les cas, ce qui n'était pas un procès symbolique. Nous sommes face à trois personnes qui n'étaient pas dans la boucle avant le 13-Novembre qui vont éventuellement intervenir, à partir du 16 novembre, pour prêter assistance à Abaaoud et à son complice qui étaient en fuite. On a fait de ce procès une espèce de brouillon du procès du 13-Novembre. J'ai dit à mes clients qu'ils n'allaient pas être satisfaits de ce procès. D'abord parce qu'on avait quelqu'un qui était fantasque et qui racontait les choses d'une façon assez brutale dans sa défense, son expression. On n'était donc pas en rapport avec la gravité des faits du 13-Novembre. Ensuite, parce que, de toute façon, nous étions en correctionnelle. La justice jugeait des délinquants, pas des criminels. Donc, de toute façon, le résultat ne pouvait pas être à la hauteur. J'avais dit à mes clients : "Soyez prudents, ne surinvestissez pas ce procès-là." C'est pour ça que je ne suis, dans cette affaire, l'avocat "que" de neuf personnes. Malgré tout, s'il y avait des preuves qu'il avait hébergé en toutes connaissances de cause des terroristes, il fallait le condamner sévèrement. En l'état, le tribunal a estimé que la preuve était insuffisante.

Comprenez-vous que le parquet fasse appel de ce jugement ?

Je suis avocat des parties civiles, je ne suis pas là pour appeler à fermer le dossier. En même temps, il est vrai que c'est un procès qui est un peu trop lourd : 140 avocats, 650 parties civiles, trois semaines d'audiences prévues. Pour des délits connexes, c'est beaucoup d'énergie. En plus, j'ai un peu eu l'impression que Jawad Bendaoud n'aurait pas besoin de ce procès-là pour se faire rattraper par la justice. C'est un garçon qui n'est jamais resté en liberté plus de quelques mois parce qu'il vit d'expédients. Je ne suis pas certain que ça mérite tant d'efforts et autant d'énergie. J'aurais bien aimé qu'on se concentre et qu'on reste fixé sur le jugement, le plus prochain possible, de tous les terroristes qu'on puisse identifier et appréhender. C'est ça qui est important.

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