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"Incompréhensible, stupéfiante et très injuste" : la mairie de Saint-Denis a "également fait appel" de la relaxe de Jawad Bendaoud

Dessin de Jawad Bendaoud au premier jour de son procès au palais de justice de Paris, le 24 janvier 2018. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCEINFO)

Le député PCF de Seine-Saint-Denis et membre du conseil municipal de Saint-Denis, Stéphane Peu, a dénoncé, jeudi sur franceinfo, la décision du tribunal correctionnel de Paris de relaxer Jawad Bendaoud pour avoir hébergé des terroristes des attentats du 13-Novembre.

La décision du tribunal correctionnel de Paris de relaxer Jawad Bendaoud, le logeur des terroristes du 13-Novembre est "à la fois incompréhensible, assez stupéfiante et très injuste", a estimé Stéphane Peu, député PCF de Seine-Saint-Denis et membre du conseil municipal de Saint-Denis, jeudi 15 février sur franceinfo. Jawad Bendaoud a comparu pour avoir hébergé des terroristes de novembre 2015 à Saint-Denis.

franceinfo : Les familles de victimes font part, après ce jugement, de leur écœurement. Est-ce aussi votre sentiment ?

Stéphane Peu : Absolument. C'est une décision à la fois incompréhensible, assez stupéfiante et très injuste quand on sait que la justice n'a toujours pas répondu aux victimes et ne les a toujours pas indemnisées. Certaines d'entre elles ne sont toujours pas reconnues comme victimes du terrorisme et, parallèlement à cela, il y a un jugement de relaxe pour un personnage comme Jawad Bendaoud.

Parlez-vous des habitants de l'immeuble où les terroristes étaient hébergés ?

Oui, et aussi des victimes des attentats du 13-Novembre, dont certaines au Stade de France, qui habitent notre ville [Saint-Denis] et qui sont, aujourd'hui encore, en proie à des lenteurs et à des décisions qui ne sont toujours pas prises par la justice. Pendant ce temps-là, il y a une relaxe de Jawad Bendaoud. Je pense qu'il y a une double erreur de la justice. Il y a le jugement, il est ce qu'il est, le parquet fait appel, nous, la mairie de Saint-Denis avons également fait appel. Il y a ce jugement et il y a, à l'origine, une décision prise par la justice de séparer les procès des auteurs des attentats du 13-Novembre de celui de leurs complices. Or, dans les procès de ce type, ou dans les procès d'affaires criminelles, on ne sépare jamais l'auteur et les complices. En séparant les deux procès, on a donné au procès de Jawad Bendaoud et de ses deux complices une importance qui était sans doute démesurée. Dans le même temps, on n'a pas mis en cohérence le rôle des uns et des autres.

N'y avait-il pas trop d'attentes dans ce procès ?

C'est la raison pour laquelle il ne fallait pas séparer ces procès, c'est ça la décision incompréhensible. Il fallait un même procès aux assises à la fois pour les auteurs du terrorisme et leurs complices. C'est la règle. Donc, la décision qui a été prise de renvoyer les uns en correctionnelle et les autres, plus tard, aux assises, avec d'abord le jugement des complices, puis le jugement des auteurs, crée une confusion extrême. Du point de vue du droit et des éléments qu'il y a dans ce dossier, auxquels j'ai eu accès comme partie civile, la relaxe de Jawad Bendaoud est néanmoins incompréhensible, même du seul point de vue du droit.

Le deuxième prévenu, Mohamed Soumah, a été condamné à cinq ans d'emprisonnement, l'autre, Youssef Aït-Boulahcen, à trois ans fermes. Pourquoi se focaliser sur Jawad Bendaoud ?

D'abord, l'appel du parquet porte sur les trois jugements. (…) Ensuite, justement, ce qui est incompréhensible, c'est que, même si les peines peuvent paraître insuffisantes, les deux autres sont condamnés et pas Jawad Bendaoud (...). Je ne suis pas pour les tribunaux médiatiques, mais je crois que le tribunal a été trop influencé par le jeu de rôle que la défense a fait jouer à Jawad Bendaoud, celui de l'idiot qui essaye de faire rire la France entière sur des dizaines de morts et des milliers de victimes.