François Hollande était-il vraiment en sécurité le soir du 13 novembre ?

Le déplacement sous haute protection de François Hollande au Bataclan (Paris), dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015, quelques heures l\'attentat qui a fait 89 morts dans la salle de spectacle.
Le déplacement sous haute protection de François Hollande au Bataclan (Paris), dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015, quelques heures l'attentat qui a fait 89 morts dans la salle de spectacle. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Le téléphone portable d'Abdelhamid Abaaoud a été repéré à proximité du Bataclan, après les attentats, dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 novembre, alors que le président de la République s'apprêtait à se rendre sur les lieux.

François Hollande était-il en sécurité devant le Bataclan, le soir du 13 novembre ? La question agite les services de sécurité du président de la République. Les investigations ont, en effet, montré que le commanditaire présumé des attaques, Abdelhamid Abaaoud, tué lors de l'assaut de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) le 18 novembre, était "revenu sur les scènes de crime après les attentats" dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 novembre, alors que les policiers étaient encore dans la salle de spectacle, comme l'a expliqué le procureur de Paris, François Molins, lors d'une conférence de presse

Le président a-t-il pris des risques inconsidérés en se rendant aussi rapidement sur les lieux du drame, comme il l'avait déjà fait après les attentats de Charlie Hebdo ? Francetv info passe en revue les mesures de sécurité prises ce soir-là pour le chef de l'Etat.

Hollande mis à l'abri rapidement au Stade de France

Le vendredi 13 novembre, la soirée de François Hollande commence au Stade de France, avec le match France-Allemagne. Un premier kamikaze se fait exploser à 21 h 20 près de la porte D, tuant un passant, la première victime des attentats. La détonation est entendue dans tout le stade et par les téléspectateurs devant leur poste. Dix minutes plus tard, un autre homme se fait exploser près de la porte H.

Dès 21 h 36, le chef de l'Etat rejoint le PC sécurité du stade, comme en atteste une photo désormais célèbre montrant François Hollande au téléphone, avant de quitter les lieux.

Le président de la République, François Hollande, dans la salle de sécurité du Stade de France (Seine-Saint-Denis), le soir des attentats du 13 novembre 2015.
Le président de la République, François Hollande, dans la salle de sécurité du Stade de France (Seine-Saint-Denis), le soir des attentats du 13 novembre 2015. (CHRISTELLE ALIX / PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE)

Le président est resté à au moins "300 m du Bataclan"

Rentré à l'Elysée, le président convoque un conseil des ministres exceptionnel peu après minuit. Il arrive à 1h30 dans le quartier du Bataclan, où l'assaut a été donné à 0h18. Il est alors accompagné par le Premier ministre, Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, la garde des Sceaux, Christiane Taubira, ainsi que la maire de Paris, Anne Hidalgo. Le préfet de police de Paris et le procureur de la République sont déjà sur place.

Le président ne rentre pas dans la salle de concert, mais va s'entretenir avec des secouristes au café La Royale, un poste médical avancé, sur le boulevard des Filles du Calvaire. Précision d'importance : le chef de l'Etat "ne s'est pas approché à moins de 300 m du Bataclan", assure une source proche de l'exécutif citée par l'AFP. Etait-ce suffisant ? Selon le procureur de la République de Paris, "la géolocalisation de la ligne présumée d'Abdelhamid Abaooud a attesté, entre 22h28 et 00h28, d'une présence dans les 12e, 11e, 10e arrondissements, et notamment à proximité de la salle de concert du Bataclan". Soit une heure à peine avant l'arrivée de François Hollande.


Hollande près du Bataclan : "Nous allons mener le combat, il sera impitoyable" face aux terroristes

Une décision prise avec le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur

La décision de se rendre sur place, "quand l'opération était terminée", a été prise de manière "collective" avec les personnes responsables de la sécurité présidentielle, insiste une source de l'AFP à Elysée. Et celle-ci de marteler : la "sécurité du président est garantie et elle l'est à chaque instant".

Même écho dans Le Monde : "Aucun risque n’a été pris. La sécurité ne fait prendre aucun risque au président", évacue-t-on à l’Elysée, en rappelant que "la décision de se rendre sur place a été prise avec le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur". Mais le journal, citant l'entourage du président, souligne aussi la dimension proprement politique et individuelle de cet acte : "C’était important pour les Français que le président y soit. C’était un moment dur, et ils avaient besoin d’avoir le pouvoir exécutif à leurs côtés."  L'AFP ajoute que personne n'a essayé de dissuader le président de se rendre sur place. 

Les membres de la sécurité présidentielle mis en avant

Autre mesure de protection exceptionnelle prise ce soir-là : la forte visibilité des gardes armés autour du président. Dans la nuit du 13 au 14 novembre, François Hollande était entouré des membres du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), "armes automatiques à la main, ce qui est très exceptionnel. D'ordinaire, leur rôle est plutôt de se fondre dans le paysage, les armes toujours dissimulées sous leur veston", confie une source proche de l'exécutif. 

Sa garde rapprochée pointe le risque d'un double attentat

L'Elysée souligne que, pour être efficaces, les modalités de la sécurité présidentielle doivent rester confidentielles. Toutefois, cet épisode soulève une nouvelle fois des questions sur la sécurité présidentielle, comme ce fut le cas après les attentats de Charlie Hebdo, rappelle Le Monde. Le président s'était rendu sur place à peine une heure après la tuerie de janvier. "Une polémique, à l’époque, avait éclaté : et si M. Hollande avait été confronté à un scénario à l’irakienne, avec un premier attentat destiné à attirer sur les lieux une délégation officielle avant qu’une deuxième bombe n’explose parmi eux ?", se demande le journal.

Selon Le Monde, quelques mois plus tard, des membres de la GSPR avaient pointé un sérieux manquement aux procédures les plus élémentaires : "On n’a même pas fait passer un chien [pour détecter la présence d'explosifs]. Nous avons amené le président dans un espace suicidaire". 

Vous êtes à nouveau en ligne