Didi, agent de sécurité et "héros oublié" du Bataclan, désormais français

Le 13 novembre, Didi discutait avec des spectateurs devant le Bataclan quand des terroristes ont attaqué la salle de concert.
Le 13 novembre, Didi discutait avec des spectateurs devant le Bataclan quand des terroristes ont attaqué la salle de concert. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

L'homme qui a sauvé des dizaines de spectateurs, le 13 novembre 2015, au Bataclan, va recevoir officiellement la nationalité française, lors d'une cérémonie place Beauvau, jeudi.

Sans lui, les attentats du 13 novembre 2015, à Paris, auraient pu faire beaucoup plus de 130 morts. Didi, alors chef de la sécurité du Bataclan, a sauvé le plus de monde possible. "Plus de 200 personnes", selon ses calculs. A 35 ans, cet Algérien de naissance se voit remettre, jeudi 16 juin, le décret qui officialise sa naturalisation, au ministère de l'Intérieur. Bernard Cazeneuve lui a annoncé lui-même, en mai, par téléphone. "J'étais vraiment très content, raconte alors Didi. Cela fait tout simplement plaisir." Le ministre de l'Intérieur a déjà salué publiquement son courage, sur Twitter.

Du courage, l'agent de sécurité n'en a pas manqué, ce soir-là. Il discutait avec un petit groupe devant la salle de concert lorsque les terroristes sont arrivés. Les membres de son équipe étaient en place, devant la scène, près des toilettes et des loges, et les Eagles of Death Metal étaient sur scène depuis 30 minutes. "J’ai entendu des coups de feu qui venaient du Bataclan Café, à l’extérieur, raconte Didi au Monde. J’ai sursauté, regardé vers la terrasse, vu un membre de la production être touché et, là, j’ai compris tout de suite." Il avait le choix entre prendre la fuite et entrer dans la salle de concert, mais il n'a pas réfléchi. "Je suis rentré à l’intérieur en hurlant : 'Vite, vite, entrez, ça tire'."

"C'était complètement dingue"

"Avec du recul, je me dis que c'était complètement dingue. Mais je connaissais la salle par cœur. J'ai fait ce que je devais faire", commente-t-il, quelques mois plus tard. En ouvrant une première porte de secours, il permet à plusieurs dizaines de spectateurs de s'échapper. Dans le même temps, ses agents, Herman, JP, Laurent, Manu, Noumouké et Steve ouvrent d'autres portes, font sortir des rescapés par où ils peuvent, y compris le toit, et secourent les blessés.

Retourné dans la salle, où trois terroristes ont ouvert le feu, Didi, allongé par terre, attend qu'ils rechargent leurs armes pour donner le signal : "Vite, sortez !" "Une masse s’est levée, m’a suivi et, là, ils ont recommencé à nous tirer dessus", dit-il encore au Monde. Myriam, rescapée du Bataclan, fait partie de ceux qui ont "suivi cette voix". "Tout le monde faisait semblant d'être mort, pour ne pas attirer l'attention, lui s'est mis en danger en criant, alors j'ai décidé de lui faire confiance", raconte-t-elle à BFMTV

Didi dit avoir reçu des menaces, de la part d'extrémistes. "Cela ne leur plaît pas qu'un mec d'origine algérienne et musulman ait pu sauver des gens", remarque-t-il. Et quand Jesse Hughes, le leader des Eagles of Death Metal, a mis en cause, en mars dernier, Didi et son équipe, un autre rescapé a pris sa défense. Dans une tribune publiée par le Huffington Post, Ismaël El Iraki écrit au chanteur : "Tu ne réalises même pas qu'un grand nombre de nous autres rescapés de cet atroce calvaire devons notre peau à un musulman. Son nom est Didi. Ce mec a fait un truc que ni toi, ni moi, ni personne que j'aie jamais rencontré n'aurait fait."

"Il est très humble et réservé"

Pourtant, Didi ne se voit pas en héros. "Le vrai héros, ce n’est pas moi. Ce sont tous les morts et les familles qui ont perdu un proche", a-t-il déclaré quand le maire de Combs-la-Ville (Seine-et-Marne) l'a fait citoyen d'honneur, le 11 janvier 2016. S'il est né en Algérie, c'est là que Didi a grandi. "Didi est un enfant de Combs-la-Ville, qu'il a quittée il y a seulement deux ans pour rejoindre la capitale", a déclaré, ému, Guy Geoffroy, le maire de la commune. Il y a fréquenté l'école maternelle, primaire, le collège et le lycée aussi. "Puis, comme tout ne s'y passait pas idéalement, il est allé rencontrer un certain Guy Geoffroy, alors proviseur du lycée François-Arago à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), qui a accepté de l'inscrire dans son établissement et lui a ainsi permis d'obtenir son bac", poursuit l'élu des Républicains.

Didi a ensuite obtenu une licence en administration et gestion des entreprises, à l'université de Créteil. Il a été embauché au Bataclan en 2004. "C’est un élève qui a trébuché et à qui j’ai donné une chance. (...) Je suis fier d’avoir été un élément de ce redémarrage", a encore déclaré Guy Geoffroy lors de cette cérémonie, à laquelle Didi a hésité à se rendre. Pour sa sécurité, notamment. Il préfère garder l'anonymat, préserver son nom et ne pas être pris en photo. Mais "après en avoir longuement parlé avec ma famille, je me suis dit que je ne pouvais pas refuser cette mise à l’honneur", a-t-il déclaré, selon La République de Seine-et-Marne. "Des familles de Combs-la-Ville ont été endeuillées", a-t-il ajouté.

"Il est très humble et réservé", témoigne Thiaba Bruni, vice-présidente du Cran. C'est elle qui a lancé, fin décembre, une pétition pour que Didi soit décoré de la Légion d'honneur. "J'avais lu un seul article du 'Monde' qui parlait de lui et de son attitude exceptionnelle, quelques jours après les attentats", raconte-t-elle à francetv info. Puis plus rien. Didi était un "héros oublié", selon elle. "J'ai lancé la pétition sans savoir, d'abord, qu'il était de nationalité algérienne", assure Thiaba Bruni. Ce n'est qu'un peu plus tard qu'elle a ajouté la demande de naturalisation de Didi à son texte, signé depuis par près de 105 000 personnes. Didi n'a appris l'existence de la pétition qu'en janvier.

"Je me suis toujours senti Français" 

Il a lui-même pensé tardivement à demander la nationalité française. "Je vis en France depuis que j'ai 6 mois, ma femme est française, toute ma famille est française et je me suis toujours senti français. C'est une continuité dans ma vie et ça me fait très plaisir", a-t-il raconté au Figaro Magazine, après avoir appris sa naturalisation. "Ce qui me touche le plus, ce sont les personnes qui me remercient de ce que j'ai fait ce soir-là. Ça, c'est le plus grand des honneurs que l'on puisse me faire", assure-t-il.

Didi pense d'ailleurs que son comportement, le 13 novembre, "n'a joué aucun rôle" dans sa naturalisation. "Mon dossier a simplement dû mettre moins de temps." Quant à la Légion d'honneur, que réclame toujours Thiaba Bruni pour Didi, ce n'est pas un objectif. Désormais, l'agent de sécurité, qui est toujours en arrêt de travail, "essaye d'avancer doucement", avec sa femme et ses proches, confie-t-il au Figaro. "Je veux être là pour les gens qui ont besoin de me parler", poursuit-il. C'est pourquoi il a formé, avec d'autres rescapés du Bataclan, le Collectif du 13 novembre, afin d'aider les familles à se reconstruire.

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