Paris : ce que l'on sait de l'attaque à l'arme blanche près des anciens locaux de "Charlie Hebdo"

Des pompiers rue Nicolas-Appert à Paris, sur les lieux de l\'attaque à l\'arme blanche perpétrée le 25 septembre 2020.
Des pompiers rue Nicolas-Appert à Paris, sur les lieux de l'attaque à l'arme blanche perpétrée le 25 septembre 2020. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Deux personnes ont été blessées lors d'une attaque rue Nicolas-Appert, dans le 11e arrondissement de la capitale, selon le dernier bilan de la préfecture de police communiqué à franceinfo. Le principal suspect a été interpellé, et le Parquet national antiterroriste saisi.

Une attaque perpétrée près des anciens locaux de Charlie Hebdo, là même où avait été commis l'attentat meurtrier du 7 janvier 2015. Un homme, muni d'une arme blanche, a attaqué deux personnes dans la rue Nicolas-Appert, près du boulevard Richard-Lenoir, dans le 11e arrondissement à Paris, vendredi 25 septembre. Le parquet national antiterroriste a été saisi pour "tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, association de malfaiteurs terroriste criminelle".

>> Paris : suivez en direct les dernières informations après l'attaque à l'arme blanche devant les anciens locaux de "Charlie Hebdo"

Le principal suspect de l'attaque a été arrêté. Six autres personnes sont également en garde à vue. Franceinfo résume ce que l'on sait de cette attaque.

Deux blessés

On dénombre deux blessés, mais leur pronostic vital n'est pas engagé, selon le dernier bilan de la préfecture de Paris. Il s'agit de deux membres de l'agence audiovisuelle Premières Lignes. "Cela s'est passé vers 11H45, un homme est arrivé et a attaqué avec un hachoir deux salariés qui fumaient devant l'immeuble, un homme et une femme", a déclaré à l'AFP Paul Moreira, fondateur et codirigeant de Premières Lignes. "L'homme et la femme ont été tous les deux très gravement blessés", a-t-il ajouté.

"Il y a deux blessés parmi notre équipe et apparemment des blessés qui sont assez grièvement touchés", avait aussi annoncé en direct sur France 2 Elise Lucet, qui travaille avec cette société de production pour l'émission "Cash investigation", Il s'agit de "deux collaborateurs de Premières lignes (...) Un homme et une femme. Je peux vous dire que la jeune femme en question a été transférée à l'hôpital Georges-Pompidou", a-t-elle ajouté.

Une employée de Premières Lignes, jointe par l'AFP, a livré des détails de cette attaque. "Deux collègues fumaient une cigarette en bas de l'immeuble, dans la rue. J'ai entendu des hurlements. Je suis allée à la fenêtre et j'ai vu un de mes collègues, taché de sang, être poursuivi par un homme avec une machette dans la rue. On sait que nos deux collègues sont blessés, mais nous n'en savons pas davantage pour le moment", a-t-elle affirmé.

"Le gars, le blessé, était allongé sur la pelouse, dans la rue Nicolas-Appert. Il était en sang, sur le visage, le torse. Son jean était trempé de sang. Les pompiers sont arrivés au moment où je l'ai vu", raconte à franceinfo David Cohen qui était dans les environs au moment de l'attaque, et a vu la machette ensanglantée par terre, juste devant la station de métro Richard-Lenoir.

Une attaque menée à proximité des anciens locaux de "Charlie Hebdo"

L'attaque a eu lieu, selon des témoins cités par Libération, près de la fresque en hommage aux dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo morts lors de l'attentat islamiste du 7 janvier 2015. Pour Paul Moreira, l'un des responsables de Premières Lignes, cette attaque ne doit rien au "hasard" : "Ce sont nos locaux. On a toujours été là. On était là pendant l'attaque de Charlie Hebdo. On a été parmi les premiers qui sont rentrés dans la pièce, on avait porté secours aux survivants. On constate qu'il y a le procès des attentats de janvier 2015, et que c'est le même immeuble. Il y a des gens qui pensent que c'est toujours les locaux de Charlie Hebdo".

Pour l'instant, le procès des attentats de janvier 2015 suit son cours au tribunal judiciaire de Paris. "C'est un nouveau coup de massue, il n'y a qu'un seul mot : l'horreur", a réagi auprès de franceinfo Marika Bret, DRH de l'hebdomadaire satirique, en marge de l'audience.

Le principal suspect en garde à vue, six autres personnes interpellées

En début d'après-midi, le procureur général du parquet national antiterroriste, Jean-François Ricard, a annoncé l'arrestation du principal suspect de l'attaque et d'une deuxième personnes, tous deux placés en garde à vue. Dans la soirée, cinq autres personnes, ont été interpellées en Seine-Saint-Denis et également placées en garde à vue, indique une source judiciaire à franceinfo.

Le principal suspect, interpellé peu après les faits près de l'Opéra Bastille, le visage couvert de sang, est "manifestement l'auteur des faits", a indiqué le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin vendredi soir sur France 2. Il n'était ni fiché S ni pour radicalisation, a-t-il détaillé, mais avait écopé d'un rappel à la loi "il y a un mois" pour port d'arme, "un tournevis manifestement". Alors encore mineur, il a aujourd'hui 18 ans.

"On est en train de vérifier son identité", a prévenu le ministre de l'Intérieur, le suspect ne portant pas de pièce d'identité. "Manifestement" originaire du Pakistan, il était arrivé en France il y a trois an, comme "mineur isolé", a ajouté Gérald Darmanin. Il se trouve en situation régulière sur le territoire français, selon une source proche de l'enquête à France Télévisions.

Le sang qui maculait ses vêtements fait l'objet d'analyse pour être comparé à celui des blessés. Enfin, des perquisitions sont en cours dans le Val-d'Oise, à son domicile présumé, selon une source proche de l'enquête.

Un second suspect, âgé de 33 ans, a été interpellé dans le secteur du métro Richard-Lenoir, après plusieurs témoignages, a appris France Télévisions de source policière. Cet homme a été placé "en garde à vue pour des vérifications s'agissant de ses relations avec l'auteur principal" de l'attaque, selon le procureur Jean-François Ricard.

Les cinq autres personnes, interpellées en Seine-Saint-Denis, sont nées entre 1983 et 1996, selon une source judiciaire. Mais on ignore leur identité et ce qui les lie à l'enquête.

Un périmètre de sécurité délimité dans le quartier

Un périmètre de sécurité élargi a été établi autour des anciens locaux de Charlie Hebdo pour un colis suspect. Après examen, le laboratoire central de la préfecture de police de Paris a affirmé n'avoir détecté aucun engin explosif. Le ministère de l'Intérieur a d'abord invité à éviter le secteur. L'alerte a été levée à 15 heures par la préfecture de police, et les parents ont alors eu l'autorisation d'aller chercher leurs enfants scolarisés dans le quartier.

De nombreuses établissements scolaires (écoles, collèges, lycées) ont en effet été confinés durant plusieurs heures dans un large périmètre autour du lieu de l'attaque à l'arme blanche.

Le Premier ministre s'est rendu sur place

Le Premier ministre, Jean Castex, qui était en déplacement en Seine-Saint-Denis, a écourté sa visite pour se rendre sur les lieux de l'attaque avec le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. "Je veux témoigner ma solidarité envers les familles des victimes et tous les collègues de travail de ces deux journalistes", a dit le chef du gouvernement, en rendant "hommage" aux services de sécurité et de secours, qui "sont intervenus très rapidement".



Le chef du gouvernement a souligné que l'attaque s'était déroulée "dans un lieu symbolique et au moment même où se déroule le procès" des attentats de janvier 2015. Il a déclaré : "Le gouvernement de la République rappelle son attachement indéfectible à la liberté de la presse et sa volonté résolue par tous les moyens de lutter contre le terrorisme." Une cellule de crise a été ouverte au ministère de l'Intérieur.

Le Parquet national antiterroriste saisi

Une enquête pour "tentative d'assassinat" a été ouverte, a d'abord annoncé le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, qui devait tenir une conférence de presse. Mais elle a été annulée, car une enquête de flagrance a été ouverte pour "tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste criminelle". Le Parquet national antiterroriste (PNAT) a donc été saisi.

"Manifestement, c'est un acte de terrorisme islamiste", a commenté le ministre de l'Intérieur sur France 2, citant, outre la saisine du parquet antiterroriste, le lieu de l'attaque et le mode opératoire.

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