Photos de l'attentat de Nice dans "Paris Match" : "C'est notre devoir de montrer ce qui s'est passé", se justifie le directeur de la publication

Le directeur de \"Paris Match\", Olivier Royant, en janvier 2015, à Paris.
Le directeur de "Paris Match", Olivier Royant, en janvier 2015, à Paris. (MARTIN BUREAU / AFP)

Le directeur de "Paris Match", Olivier Royant, s'est justifié jeudi après la publication de captures d'écran de vidéosurveillance de la ville de Nice le soir de l'attentat du 14-Juillet. Ces images "apportent la vérité", dit-il.

L'hebdomadaire Paris Match publie jeudi 13 juillet des captures d'écran des images de vidéosurveillance de la ville de Nice le soir de l'attentat du 14 juillet 2016. Des associations de victimes, ainsi que Christian Estrosi, maire de Nice, ont essayé d'empêcher la publication de ces photos. Olivier Royant, directeur de la publication de Paris Match, s'en est expliqué, jeudi sur franceinfo, avant que le parquet demande le retrait du journal. "On défendra le droit des citoyens et en premier chef le droit des victimes de savoir ce qui s'est passé exactement", précise-t-il.

franceinfo : Comment avez-vous eu accès aux images de vidéosurveillance publiées dans "Paris Match" ?

Olivier Royant : Il s'agit d'une longue enquête. La question du terrorisme dans Paris Match a été traitée de façon extrêmement sérieuse depuis trente ans, c'est pour cela que je suis surpris par ce qui nous arrive aujourd'hui [le parquet de Paris a assigné en référé jeudi Paris Match pour obtenir en urgence le retrait du numéro du magazine], ce référé qu'on considère comme une demande sans fondement. On a fait une longue enquête pour relater comment les victimes ont surmonté l'épreuve et comment elles vivent dans l'angoisse aujourd'hui. C'est une enquête de terrain qui se fonde sur des images d'archives et des images de surveillance. On a recueilli de nombreux témoignages auprès des victimes qui nous parlent, qui posent en photos, qui nous racontent ce qu'elles ont vécu. Ces gens ont mis leur vie entre parenthèses, certains blessés semblent avoir tourné la page, d'autres vivent dans une angoisse permanente. Notre enquête révèle par ailleurs que le terroriste a effectué des repérages durant plus d'un an à Nice sur la promenade des Anglais. J'ai entendu Christian Estrosi prendre des positions très fortes ce matin. Ça le gène considérablement parce qu'on revient à la question centrale de ce loup solitaire qu'était Mohamed Lahouaiej Bouhlel, qui a pu se déplacer librement pendant cette période de repérage.

Mais ce ne sont donc pas des "photos volées", comme le dit Stéphane Gicquel, le secrétaire général de la Fenvac (Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs) ?

Il n'y a pas de question de voler. Il s'agit d'une enquête journalistique qui a été menée en profondeur par nos équipes. En ce qui concerne les photos du camion, sur la page d'ouverture, on voit le camion qui fonce sur la foule, il s'agit d'images qui ont été largement publiées, qui ont été relayées par nos confrères depuis un an, et encore ces jours-ci dans une émission de télé à grande audience. On a pris le soin de prendre des vues de loin, des plans larges, sans identification possible des victimes ni atteinte à leur dignité. Le 11 septembre 2001 à New York, deux avions s'abattaient sur les tours du World Trade Center. Le 14 juillet 2016 à Nice, un camion a foncé dans la foule. On ne peut pas supprimer les avions et on ne peut pas supprimer le camion parce que c'est l'arme qui a été utilisée par le terroriste. Je ne comprends pas [ce référé]. On est dans une forme d'infantilisation de l'opinion publique. À chaque fois qu'il y a une commémoration d'un attentat comme celui de Nice, c'est terrible pour la douleur des victimes. En revanche, on sait que ces victimes, qui sont constituées en fédérations, viennent souvent nous trouver plusieurs années plus tard parce qu'on les a oubliées. On ne veut pas que les victimes soient oubliées, c'est le devoir de la presse de montrer ce qui s'est exactement passé. On défendra en référé le droit des citoyens et, en premier chef, le droit des victimes de savoir ce qui s'est passé exactement. Il y a de l'émotion mais la question du terrorisme appartient à tous les Français.

Qu'est-ce que ces images apportent de plus ?

Elles apportent la vérité. Elles apportent l'absurdité du terrorisme. Un camion qui fonce dans une foule de Nice, c'est absurde. Notre reportagepose en particulier la question du renseignement. Comment les autorités locales peuvent-elles travailler avec les autorités nationales, puisqu'elles vont se renvoyer inévitablement la balle, pour faire progresser le renseignement, pour faire en sorte qu'un terroriste comme celui qui a frappé à Nice et qui a commis cet acte abject puisse être interpellé avant qu'il ne passe à l'acte. C'est l'une des questions centrales du reportage et les Français ont le droit de savoir ce qu'il s'est passé.

Les autorités vous ont-elles demandé de ne pas publier ces photos ?

Non, pas du tout. Il y a juste eu, je pense, un appel de deux associations de victimes des attentats qui se sont émues de la publication des photos et qui ont appelé un procureur à Paris pour faire cette demande de référé.

"C'est le devoir de la presse de montrer ce qui s'est exactement passé"- Olivier Royant, directeur de Paris Match
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