Nice : L'association Mémoire traumatique et victimologie rappelle qu'"il ne faut jamais abandonner" les victimes

La Promenade des Anglais à Nice est toujours recouverte de fleurs et de souvenirs en l\'hommage des victimes de l\'attentat du 14 juillet.
La Promenade des Anglais à Nice est toujours recouverte de fleurs et de souvenirs en l'hommage des victimes de l'attentat du 14 juillet. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Qu'il s'agisse des survivants ou des proches des victimes, le deuil et le traumatisme liés à l'attentat de Nice doivent être surveillés de près, selon Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie.

Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie, a estimé samedi 15 octobre sur franceinfo que la cérémonie d'hommage national à Nice avait permis d'apporter aux victimes et à leurs proches une reconnaissance du traumatisme qu'ils ont vécu. Mais le plus dur commence : c'est sur le long et le très long terme qu'il va falloir accompagner les victimes et les nombreux blessés de l'attentat du 14 juillet dernier sur la Promenade des Anglais.

franceinfo : Quels sont les moments de cette cérémonie qui auront le plus d'impact pour les victimes ?

Muriel Salmona : La reconnaissance de ce qu'ils ont vécu et le fait que François Hollande s'engage auprès des victimes pour les accompagner, ça elles en ont besoin. Il y a aussi la notion d'établir toute la vérité, ça c'est vraiment très important, et puis pour avoir des éléments pour s'assurer que ça ne pourra plus se produire de la même façon, que les choses ont avancé. C'est important de voir que la prise en charge va être effective, car jusque-là, ça a toujours été les associations de victimes qui alertaient les pouvoirs publics. Il faut rendre hommage par exemple à SOS Attentats, c'est grâce à cette association que les choses ont bougé au départ. Il y a énormément de victimes d'attentats qui ont été totalement abandonnées pendant des dizaines d'années. Maintenant il faut que les choses continuent de bouger, notamment en terme de prise en charge.

L'urgence pour les victimes aujourd'hui, c'est encore les soins ?

Oui, il y a des personnes qui sont toujours hospitalisées, qui vont avoir besoin de soins à très long terme et puis il y a aussi toutes les victimes de stress post-traumatique, des troubles qui s'installent dans la durée, qui peuvent se réactiver. On sait par exemple qu'il y a encore des gens traumatisés par les attentats de 2001 [aux États-Unis, NDLR]. Sur la formation des professionnels, sur l'ouverture de centres spécifiques, là-dessus on est très en retard, et là on a besoin de signes forts et d'engagements politiques. Il faut ouvrir par décret des centres de soins spécialisés comme on l'avait fait en créant des cellules d'urgence médico-psychologique. L'urgence maintenant fonctionne plutôt bien, mais c'est la suite qui ne fonctionne pas.

Quel rôle joue l'indemnisation financière des victimes ?

C'est énorme, parce qu'il faut voir l'impact que cet attentat va avoir sur leur vie, sur leur capacité à travailler, sur le fait que tout va être extrêmement difficile pour certaines victimes. Beaucoup de personnes ne vont plus pouvoir vivre à cet endroit-là, vont devoir déménager, et d'autres vont se retrouver en situation de handicap à long terme et auront besoin de soutien financier. Une victime sur deux peut faire des tentatives de suicide, donc il faut les suivre pas à pas, ne jamais les abandonner. Tout cela a un coût énorme, leur vie a basculé et il ne faut pas les lâcher.

Victimes de Nice : "Il faut les suivre pas à pas" (Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie)
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