Lutte contre le terrorisme : "Il ne faut pas généraliser un type d'attaque pour élaborer une politique"

Le ville de Lille (Nord) a installé des blocs de béton pour empêcher d\'éventuelles intrusion de véhicules (21 août 2017). 
Le ville de Lille (Nord) a installé des blocs de béton pour empêcher d'éventuelles intrusion de véhicules (21 août 2017).  (BAZIZ CHIBANE / MAXPPP)

Frédéric Esposito, directeur de l’Observatoire Universitaire de la Sécurité (OUS) de l’Université de Genève, a évoqué sur franceinfo mardi les politiques de sécurité des villes françaises, qui doivent s'intégrer "dans une réflexion nationale et internationale". 

Après les attentats en Espagne, de nombreuses villes se demandent comment se protéger contre les véhicules-béliers. "Il y a une nécessité de déterritorialiser, de sortir d'une logique très sectorielle des questions de sécurité", a expliqué sur franceinfo mardi 22 août Frédéric Esposito, directeur de l’Observatoire Universitaire de la Sécurité (OUS) de l’Université de Genève.

franceinfo : Autour de quoi doit s'organiser la réflexion ?

Frédéric Esposito : La question fondamentale qui se pose est de savoir comment intégrer les villes dans une réflexion nationale et internationale à ces questions de sécurité, et comment faire travailler l'ensemble des acteurs qui jusqu'à présent étaient sollicités de façon séquentielle. La question de mettre ou non des blocs de béton, des herses, est très révélatrice de cette volonté de protéger, mais elle doit aussi être capable de pouvoir trouver un bon compromis avec le fait que les villes doivent nous permettre de pouvoir vivre pour nos activités de loisirs et permettre les échanges de flux.

Comment faut-il faire ?

Il faut qu'il y ait autour de la table des médiateurs socio-économiques, des travailleurs sociaux, des policiers, des gens du renseignement, mais aussi des urbanistes et des architectes pour penser et pour aborder les questions de sécurité qui nous concernent, car si on parle autant des villes, c'est aussi parce que depuis 2009, plus de la moitié de la population mondiale, plus de trois milliards, vit dans un environnement urbain. Cela veut donc dire que les grands enjeux de politiques publiques vont se faire à l'échelle des villes.

N'y a-t-il pas un risque de bunkerisation ?

Il y a deux éléments. Le premier c'est : est-ce que la protection des villes par des infrastructures nouvelles, ces blocs en béton, est suffisante pour protéger ? La réponse est partielle, parce que même si une voiture-bélier remplie d'explosifs est bloquée, elle peut quand même faire beaucoup de dégâts. Donc, il ne faut pas non plus généraliser un type d'attaque pour élaborer une politique derrière. Cela risque d'être inefficace. L'autre élément, c'est qu'on sait que des éléments ne sont pas d'une très grande efficacité mais qu'ils rassurent la population. Le sentiment d'insécurité est un élément très subjectif et on ne va pas tous avoir la même réaction. On peut donc admettre que dans notre environnement urbanistique, il va y avoir des éléments nouveaux qui vont essayer de faire baisser la tension.

"La question au centre du débat est : comment protéger les villes ?" Frédéric Esposito, directeur de l’Observatoire Universitaire de la Sécurité à franceinfo.
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