Strasbourg : des restes humains probablement liés aux expérimentations nazies du professeur Hirt découverts à l'université

Entrée du camp de concentration du Struthof, en Alsace.
Entrée du camp de concentration du Struthof, en Alsace. (MAXPPP)

Une équipe de chercheurs a découvert une vingtaine de boîtes, qui contiennent des restes humains, portant le nom du professeur Hirt. Cependant, rien ne prouve pour l'instant qu'elles soient liées à son projet criminel.

De nouvelles découvertes ont été réalisées à la faculté de médecine de Strasbourg autour des expérimentations nazies du professeur Hirt entre 1941 et 1944, rapporte France Bleu Alsace dimanche 9 juillet.

Ce médecin a fait 86 victimes juives, des déportés d'Auschwitz gazés au Struthof puis disséqués sur ordre du professeur Hirt, qui voulait se constituer une collection de squelettes. Ses expériences ont été menées au sein de la "Reichsuniversität" entre 1941 et 1944.

Une commission a été chargée de faire la lumière sur cette affaire

Une polémique a enflé dès janvier 2015 avec la parution du livre de Michel Cymes, Hippocrate aux enfers. Selon lui, il resterait à la faculté de médecine de Strasbourg des restes de ces victimes juives, dans des bocaux. Une vieille rumeur selon certains scientifiques. L’affirmation a suscité la colère de la communauté universitaire.

Pour réécrire cette page sombre de l'histoire, l'université de Strasbourg a décidé de mandater une commission historique, indépendante, présidée par deux professeurs de Berlin et d'Oxford, afin de pouvoir préciser de manière catégorique s’il existe ou non des restes de victimes du nazisme dans les collections de l’Institut d’anatomie de l’Université.

Des boîtes portant le nom du professeur Hirt découvertes

Les experts ont passé au peigne fin les étagères, du simple bocal de formol aux préparations sous forme de plaques de verre contenant des restes de peau ou d'organes. Un "travail colossal", détaille Christian Bonah, professeur d'Histoire des sciences à l'université de Strasbourg : "Il s'agit de milliers d'objets qu'il faut identifier, inventorier, comprendre d'où ils viennent et déterminer s'ils sont liés à des activités criminelles".

La nouvelle équipe de chercheurs a déjà découvert une vingtaine de boîtes, qui contiennent des restes humains, portant le nom du professeur Hirt, mais rien ne prouve pour l'instant que les dizaines de lames d'étude comportant des morceaux de tissu humain soient liées à son projet criminel, ainsi que 160 thèses de médecine produites entre 1943 et 1944, jusque-là inconnues.

"Il nous faut reconstituer les éléments du puzzle"

La première pierre d'une reconstruction historique a été réalisée, estime Mathieu Schneider, vice-président de l'université de Strasbourg. "Les premiers travaux de la commission historique montrent bien qu'il y a eu une intensification de la recherche entre 1943 et 1944 et que cette recherche était clairement destinée à servir les thèses raciales et les expérimentations médicales du nazisme", affirme-t-il.

"Malheureusement nous avons dû héberger dans nos murs une université qui a commis des crimes. C'est cette histoire que nous devons écrire", ajoute-t-il. Dans cette histoire, seuls les murs ont tout vu et tout entendu, car l'université de Strasbourg, ses étudiants et ses enseignants s'étaient réfugiés à Clermont-Ferrand de 1939 à la Libération.

"Il nous faut reconstituer les éléments du puzzle", poursuit Mathieu Schneider. Les résultats de ces travaux pourront servir de base pour pouvoir présenter "un récit cohérent, que nous pouvons assumer", précise-t-il. "Nous pourrons ainsi construire pour nos étudiants une réflexion sur l'éthique de la médecine", poursuit-il.

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