Quand Imad Ibn Ziaten refusait de se coucher devant Merah

(Sipa/AP/France 2 Autre)

Mohamed Merah avait filmé tous ses crimes. Les enregistrements révèlent les derniers instants des victimes, notamment du parachutiste Imad Ibn Ziaten tué le 11 mars 2012. Malgré les ordres de Mohamed Merah, il a refusé de se coucher, préférant mourir debout, selon les rapports d'expertise.

La scène se déroule le 11 mars 2012 à 16h. Mohamed Merah, 24 ans, arrive sur son scooter à son rendez-vous fixé avec le parachutiste Imad Ibn Ziaten, contacté pour lui acheter sa moto. Merah filme alors la scène avec une caméra fixée sur le guidon de son scooter, comme il le fera ensuite pour ses crimes de Montauban et de Toulouse à l'école Ozar Hatorah.

Les deux hommes se garent côte à côte. Tous deux portent un casque. La discussion est ensuite assez confuse, et difficilement interprétable. Les propos ont été partiellement retranscrits par M6 et consultés par l'AFP.

  • "Allo ? T'es là pour la moto ? ", demande Merah.

  • "Ouais ", répond Imad.

 - Merah : "Ouais parce que là j'ai pas pris le camion. J'ai pris le scooter  aujourd'hui. Vas-y, suis moi, on va à droite (...) hein. Tu veux te mettre où,  là ? On s'y met. "

 - Le parachutiste semble alors s'interroger sur quelqu'un : "C'est un pote à  toi ? ".

  • "Hein ? c'est mon frère ", répond Merah.

  • "Ah, ok ", dit Imad. 

Alors, s'agit-il vraiment du "frère" de Mohamed Merah ou d'un ami qu'il considère comme son "frère" ? Abdelkader Merah, le frère du tueur, est le seul mis en examen dans les sept assassinats de Toulouse et Montauban. Cette personne à laquelle les deux protagonistes font référence est-elle présente sur les lieux, alors que personne d'autre n'apparaît sur la vidéo ? Ou bien est-il question d'un coup de fil, alors que cette vidéo montre que le téléphone portable du tueur est posé sur le guidon du scooter ? "On ne peut affirmer de manière claire qu'il y avait quelqu'un et que c'est  le frère. C'est une interprétation possible ", a indiqué une source proche de l'enquête.

"Mets-toi à plat ventre. Je rigole pas, mets-toi à plat ventre" (Mohamed Merah)

 - Merah : "T'es à l'armée, t'es militaire ? ", demande-t-il à plusieurs reprises. Les questions de Merah sont "accompagnées d'un bruit de clic ", notent les enquêteurs. Il demande des précisions sur la caserne et le nombre d'années que Imad Ibn Ziaten y a passées.

  • Merah : "Mets-toi à plat ventre. Je rigole pas, mets-toi à  plat ventre ", ordonne-t-il en sortant une arme. Il montre l'arme à Imad puis l'insère dans un sac et la pointe vers la victime. "Le chien du pistolet a été armé ", notent les enquêteurs dans le rapport d'expertise.

"Je ne me mettrai pas à plat ventre" (Imad Ibn Ziaten)

- "Tu ranges ça tout de suite ", réagit Imad. "Je ne me mettrai pas à plat  ventre. Tu dégages. Je ne me mettrai pas à plat ventre, je reste ". Merah réitère son ordre, le militaire lui fait front: "Tu vas tirer? Vas-y, ben tire ".

Une détonation retentit. La victime s'écroule.

  • Merah : "Au nom d'Allah est grand ", repète plusieurs fois Mohamed Merah.

Nouvelle détonation. Le scooter redémarre. 

"C'est ça l'islam mon  frère : tu tues mes frères, moi je te tue " (Mohamed Merah)

  • Merah revient : "Elle est où? Là,  elle est là ", dit-il après avoir retrouvé une douille.

  • Merah lance à la victime : "C'est ça l'islam mon  frère : tu tues mes frères, moi je te tue ". "Il a rejoint l'ange de  la mort, je n'ai pas peur de la mort ".

Il est 16h04, le scooter redémarre à toute allure. Dix jours plus tard, Mohamed Merah sera tué dans son appartement de Toulouse, lors d'un assaut du Raid, après plus de 30 heures de siège.