Voiture de police incendiée à Paris : "En France, la police n'a pas bonne réputation"

Une voiture de police brûle le 18 mai 2016 à Paris en marge d\'une manifestation des policiers contre \"la haine anti-flic\".
Une voiture de police brûle le 18 mai 2016 à Paris en marge d'une manifestation des policiers contre "la haine anti-flic". (CITIZENSIDE / NNOMAN CADORET / AFP)

Sébastian Roché, sociologue et spécialiste des questions policières et de sécurité, était l'invité de franceinfo mardi pour revenir sur les "tensions" entre la population et la police, à l'ouverture du procès des neuf personnes soupçonnées d'avoir mis le feu à un véhicule de police, en mai 2016. 

Neuf personnes de 19 à 40 ans sont jugées mardi 19 septembre pour avoir attaqué à coup de projectiles et de barres de fer une voiture de police quai de Valmy, à Paris en 2016, avant d'y mettre le feu avec une fusée de détresse jetée à l'intérieur. Ces évènements ont eu lieu pendant les manifestations contre la loi Travail.

Cette affaire illustre-t-elle les relations entre les Français et leur police ? Un épisode comme celui-ci "arrive occasionnellement", a précisé sur franceinfo Sébastian Roché, sociologue, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des questions policières et de sécurité, pour qui "ce n'est pas quelque chose qui fait le quotidien du fonctionnement d'un commissariat".

franceinfo : d'où vient ce rejet de la police en France ?

Sébastian Roché : Il y a deux choses : d'une part des groupes organisés et préparés pour aller à la confrontation, qui peuvent être conduits par des motifs idéologiques, mais aussi des frustrations économiques, des clivages raciaux. De l'autre côté, il y a le contexte plus large des relations police-population. En France, la police n'a pas bonne réputation, contrairement à ce qui se passe dans les pays d'Europe du Nord. On lui reproche la discrimination ethnique, de servir les riches mieux que les pauvres. On lui reproche beaucoup de choses qui font qu'il y a un climat plutôt défavorable.

Des faits comme ceux qui se sont produits quai de Valmy sont-ils nouveaux ?

Cela arrive occasionnellement. Ce n'est pas quelque chose qui fait le quotidien du fonctionnement d'un commissariat, mais à l'échelle d'un pays comme la France avec 140 000 policiers et 70 millions d'habitants, c'est quelque chose qui arrive. On ne le trouve pas forcément en Allemagne, où c'est absolument exceptionnel, en Angleterre c'est très rare. Cela ressemble plus à ce qu'on va trouver par exemple en Irlande du Nord. Dans des situations où il y a des conflits sociaux très forts.

Les violences contre les policiers augmentent-elles ?

Sur le long terme, je n'ai pas de preuve d'une augmentation du nombre de policiers qui auraient été tués en service, en France. Je ne pense pas qu'il existe de preuve qu'il y a une élévation du niveau de violence mortelle. Donc on se situe dans une moyenne depuis une vingtaine d'années. Ensuite, il y a des tensions sociales. Lorsque les tensions sociales sont fortes ou lorsque les tensions ethniques, religieuses ou même économiques sont très fortes, ça engendre des tensions qui se manifestent par des conflits, des agressions, par de la violence.

La police a-t-elle perdu la reconnaissance, la bienveillance de la population ?

Non. Quand la police trouve des terroristes et les neutralise tout le monde dit bravo. Quand vous avez des affaires de discrimination ethnique, là il n'y a pas d'assentiment, il y a un rejet. Lorsque vous avez des phénomènes de clash au moment des maintiens de l'ordre, les gens sont aussi plus hésitants dans le jugement. Le public juge différentes formes d'action de la police. Suivant ce qu'ils voient, ils ont un jugement qui va varier.

Violences contre la police : "On se situe dans une moyenne depuis une vingtaine d'années" Sébastian Roché, sociologue, à franceinfo.
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