VIDEO. Violences policières : pourquoi la plainte de Mélanie, victime d'un coup de matraque sur la tête, a-t-elle été classée sans suite ?

Plus d'an et demi après les premières manifestations des "gilets jaunes", où en sont les enquêtes sur les violences policières ? Cette vidéo où l'on voit une jeune femme isolée recevoir un coup de matraque sur la tête a suscité une vive émotion sur les réseaux sociaux. Pourquoi sa plainte a-t-elle été classée sans suite ? Extrait d'une enquête "d'Envoyé spécial" à voir le 11 juin 2020. 

C'est devant une vidéo visionnée plus d'un million de fois sur les réseaux sociaux que Mélanie a compris ce qui lui était arrivé le 20 avril 2019, au cours d'une manifestation des "gilets jaunes", à Paris. Alors qu'elle faisait demi-tour devant un barrage de police, explique-t-elle, elle a senti comme "un coup d'électricité" dans la colonne vertébrale et a perdu connaissance. Elle a cru avoir été touchée par l'éclat d'une grenade de désencerlement.

Voici ce qu'elle a découvert le lendemain sur ces images : lors d'une charge des CRS, l'un des policiers est parti seul en tête et lui a asséné un coup de matraque sur le crâne alors qu'elle lui tournait le dos. La jeune femme est choquée. "A partir de ce jour-là, raconte-t-elle à "Envoyé spécial", je ne dors plus, je ne mange plus, pendant quelques mois."

"Il n'y a que le citoyen qui s'émeut, et pas la police, et pas la justice..."

Mélanie a porté plainte trois jours plus tard. Elle espérait un procès. Mais début décembre 2019, elle a reçu un avis de classement sans suite. "Le choix du policier de [la] repousser lors de la charge était justifié, a estimé le parquet, même si la blessure [qu'elle a] subie n'était pas recherchée." Après la colère suscitée par la vidéo sur les réseaux sociaux, la jeune femme ne comprend pas : "Il n'y a que le citoyen qui s'émeut, et pas la justice, et pas la police..."

Ce coup de matraque était-il légitime ? Le parquet de Paris semble avoir été convaincu par les explications du policier à l'IGPN, qu'il cite dans sa lettre : celui-ci aurait été "contraint de charger en raison des projectiles que sa section recevait". "La vitesse de marche [de Mélanie] allait la laisser derrière le nouveau barrage qu'il essayait d'établir, ce qui était dangereux." "Il a essayé de [la] frapper à l'épaule pour [la] faire partir mais [l']a touchée à la tête."

Contrairement au policier, Mélanie n’a pas été auditionnée, ni par l’IGPN ni par le procureur de la République. Le parquet s'est appuyé sur le récit de sa plainte. "Envoyé spécial" a interrogé le procureur à ce sujet, mais celui-ci refuse de s’exprimer sur des cas particuliers. Au parquet de Paris, près de 80% des affaires de violences policières dans le cadre des "gilets jaunes" ont déjà été classées sans suite. 

Extrait de" Violences policières : quelle justice ?", une enquête à voir dans "Envoyé spécial" le 11 juin 2020.

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