Quatre questions sur la CSI 93, unité de police de Seine-Saint-Denis visée par 17 enquêtes préliminaires

Des policiers de la compagnie de sécurisation et d\'intervention de Seine-Saint-Denis (CSI-93) lors d\'un contrôle ) Saint-Ouen le 2 avril 2020.
Des policiers de la compagnie de sécurisation et d'intervention de Seine-Saint-Denis (CSI-93) lors d'un contrôle ) Saint-Ouen le 2 avril 2020. (LUDOVIC MARIN / AFP)

La compagnie de sécurisation et d'intervention de Seine-Saint-Denis (CSI 93) va être partiellement après les révélations sur les pratiques de certains policiers de cette unité visée par de multiples enquêtes.

En plein débat sur les violences policières, la compagnie de sécurisation et d'intervention (CSI) de Seine-Saint-Denis est pointée du doigt : 17 enquêtes préliminaires visent des policiers de cette unité, notamment pour violences ou vols, selon les informations de franceinfo. Les réactions des autorités ne se sont pas fait attendre : la compagnie va être partiellement dissoute. Qu'est-ce que la CSI 93 et que lui reproche-t-on précisément ? Franceinfo vous donne quelques éléments de réponses.

Qu'est-ce que la CSI 93 ?

Les compagnies de sécurisation et d'intervention (CSI) sont des services de police agissant au niveau du département. Elles sont composées d'unités spécialisées travaillant en tenue ou en civil. Elles participent à la sécurisation des quartiers et peuvent également participer à des missions de maintien de l'ordre. La CSI 93, basée à Aulnay-sous-Bois, travaille dans le département de Seine-Saint-Denis, et elle est composée d'environ 150 fonctionnaires. Elle est notamment en première ligne dans la lutte contre le trafic de drogue.

Que reproche-t-on à certains policiers de la CSI 93 ?

Certains policiers de cette compagnie sont soupçonnés de violences, de vols, de falsifications de PV ou encore trafic de stupéfiants. 17 enquêtes préliminaires ont été ouvertes par le parquet de Bobigny, selon les informations de franceinfo.

En plus de ces 17 enquêtes, quatre policiers ont été mis en examen jeudi 2 juillet après 96 heures de garde à vue. Ils sont soupçonnés d'avoir racketté des délinquants et notamment des trafiquants de drogue, de leur avoir extorqué d'importantes sommes d'argent, et d'avoir pendant des mois monté de fausses procédures. Ils sont mis en examen pour, notamment, faux et usage de faux et pour certains violence volontaire en réunion ou vol. Deux autre policiers, également placés en garde à vue, ont été libérés.

Lors de perquisitions, une cache de stupéfiants a été découverte lundi près du parking de la compagnie de sécurisation et d'intervention (CSI 93) à Aulnay-sous-Bois, dans un fourré, a appris franceinfo de source proche du dossier, confirmant une information du Parisien. Cette source évoque “quelques dizaines de grammes dans un sac”.

Que disent les plaignants ?

Parmi les plaignants, Jonathan, 37 ans, qui dit avoir été victime une fausse opération anti-drogue le 30 mai 2019 alors qu'il sortait du salon de coiffure où il travaille à Saint-Ouen pour se rendre dans l'épicerie d'en face. Les deux caméras de la boutique ont filmé la totalité de la scène. “Il y a un policier qui, discrètement, mais heureusement que la caméra l'a vu, a sorti un sac de drogue et l'a jeté derrière moi", explique la victime à France Inter. L'agent aurait alors montré le petit sachet à cet homme en lui disant que c'était le "motif" de leur contrôle. Selon les informations de France Inter, le policier qui avait jeté le sachet de drogue a immobilisé l'homme par une clé d'étranglement qui a duré plus d'une minute, puis a asséné plusieurs coups de poing à un autre jeune homme qui protestait.

La CSI 93 avait déjà défrayé la chronique lors de l'interpellation violente le 9 août 2019 d'un homme de 20 ans, cité Cordon à Saint-Ouen. Six policiers de cette CSI avaient alors été placés en garde à vue. Certains seront jugés le 5 novembre prochain pour ces faits. L'avocat du jeune homme, maître Yassine Bouzrou, évoque des actes de “torture” :

Mon client a été agressé sauvagement par plusieurs policiers de la CSI, ils ont pris un pistolet à impulsion électrique, ils ont envoyé une décharge électrique de plusieurs dizaines de milliers de volts dans les parties génitales de mon client.Yassine Bouzrousur franceinfo

“On parle de torture par plusieurs policiers et pour maquiller tout ça, ils ont rédigé des faux procès verbaux”, a précisé l'avocat.

Quelle est la réponse des autorités face à ces accusations qui visent la CSI 93 ?

Lundi, alors que six policiers de la CSI étaient placés en garde à vue, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, avait annoncé qu'il allait “engager une réflexion sur la réorganisation des unités de police de la CSI 93 à laquelle appartiennent les fonctionnaires mis en cause". "Si des comportements fautifs étaient susceptibles d'être confirmés, ils appelleraient des sanctions”, avait ajouté la préfecture de police.

Selon les informations de franceinfo, la CSI 93 va être dissoute. Les policiers qui appartiennent aux sections concernées par les scandales vont être mutés dans d'autres services. Les autres fonctionnaires seront seront rattachés à la CSI 75, son équivalent à Paris. Tous les officiers cadres de la CSI 93 devraient être prochainement mutés. Toujours selon nos informations, cette décision provoque en interne beaucoup d’amertume car certains de ces cadres avaient pourtant signalé des faits à la justice et aidé l’IGPN dans ses investigations.

Cette dissolution est revanche saluée par maître Yassine Bouzrou : “Je constate que le préfet de police, Monsieur Lallement, réfléchit et peut-être pour la première fois prend une décision qui s'impose”, a-t-il réagi sur franceinfo. Mais l'avocat pointe aussi du doigt le parquet de Bobigny, qui selon lui “minore” les faits en ne renvoyant pas les policiers mis en cause devant la cour d'assises.

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