VRAI OU FAKE "La police exerce une violence légitime" : Gérald Darmanin cite-t-il correctement le sociologue allemand Max Weber ?

Le ministre de l\'Intérieur, Gérald Darmanin, à l\'Assemblée nationale, le 28 juillet 2020.
Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, à l'Assemblée nationale, le 28 juillet 2020. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Devant la commission des lois de l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur a  mentionné mardi le sociologue allemand pour justifier la "violence légitime" exercée par la police. Selon la philosophie Catherine Colliot-Thélène, spécialiste du penseur, Gérald Darmanin a utilisé cette référence de manière incorrecte.

"C'est vieux comme Max Weber." Devant la commission des lois à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a évoqué, mardi 28 juillet, l'action des forces de l'ordre et leur recours à la violence. "Quand j’entends le mot 'violences policières', moi personnellement je m'étouffe. La police exerce une violence, certes, mais une violence légitime", a-t-il déclaré, en référence au sociologue allemand et à l'ouvrage Le savant et le politique, qui rassemble deux de ses textes.

"Après, elle [la police] doit le faire de manière proportionnelle, elle doit le faire de manière encadrée. Que quelques personnes le fassent en dehors des règles déontologiques, la sanction doit être immédiate, a ajouté le locataire de la place Beauvau. Mais il est normal que les policiers et les gendarmes soient armés, interviennent par la force, pour que justement la force reste à la loi de la République et pas à la loi des bandes ou des communautés."

La référence à Max Weber est-elle ici correcte ? 

"Weber ne dit pas que toute violence exercée par l’Etat est légitime"

Selon Catherine Colliot-Thelene, philosophe et spécialiste du sociologue allemand, il s'agit d'une interprétation erronée. Gérald Darmanin se base sur la formule de Max Weber devenue célèbre selon laquelle l'Etat moderne se caractérise par "le monopole de la violence légitime", mais "Max Weber ne parle pas de la police. Elle est peut-être sous-entendue, mais il n’en est pas question", corrige-t-elle auprès de franceinfo. 

"Weber se pose la question de ce qui caractérise l'Etat moderne, comment on peut le définir. Il ne se demande pas quelles sont ses fins. Pour lui, l'Etat moderne se caractérise par le 'monopole de la violence légitime' ou, dans d'autres versions de son texte, le monopole de la 'contrainte légitime'", explique Catherine Colliot-Thelene. Avant la naissance de l'Etat moderne, durant la période médiévale, "on avait affaire à une pluralité de pouvoirs – Eglise, princes, villes libres – qui se disputaient le contrôle du droit et de sa mise en œuvre." 

L'Etat moderne émerge alors par un processus de centralisation du droit. Son application suppose un recours à la contrainte, de différentes manières. "Weber ne dit donc pas que toute violence exercée par l’Etat est légitime, il constate simplement que l’Etat moderne a monopolisé le droit et les moyens de le garantir, et notamment, en dernière instance, la violence physique", résume Catherine Colliot-Thelene.

La thèse de Max Weber est celle d'un historien du droit, pas une thèse normative qui définirait ce que l’Etat peut faire ou ne pas faire.Catherine Colliot-Thélène, philosopheà franceinfo

"Le terme 'légitime' n'a pas ici un sens normatif, c'est le résultat du processus, d'un pouvoir qui a réussi à s'imposer sur d'autres", conclut la philosophe.

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