VIDEO. Police des polices : "Complément d'enquête" a cuisiné un "bœuf-carottes"

COMPLÉMENT D’ENQUÊTE / FRANCE 2

En cas de suspicion de violences policières, c'est la "police des polices" qui est chargée d'une enquête. Peut-elle vraiment la mener de façon impartiale, sans pressions du pouvoir ? Réponse d'un ex-patron de la section parisienne de l'IGPN dans "Complément d'enquête" : "Si vous prenez le risque d'être éjecté le lendemain matin... oui."

C'est l'histoire d'un ancien patron de la police des polices, qui a baptisé son labrador "Flic"... Eric Meillan a dirigé pendant sept ans la puissante IGS (Inspection générale des services), la section parisienne de l'IGPN (Inspection générale de la police nationale). Un poste plutôt solitaire, qui nécessite d'être "craint et détesté" de tous – des collègues aux journalistes, en passant par les syndicats de police, avoue-t-il sans illusion à "Complément d'enquête". Quant aux hommes politiques, ils "ne peuvent pas vous aimer, parce que vous n'allez pas obligatoirement dans leur sens".

"Le politique, il veut savoir tout de suite, confie Eric Meillan. Je me rappelle des cas où on a reçu la saisine – je n'étais pas encore informé que j'avais déjà un coup de fil du politique, qui me disait 'On en est où ?'" Une curiosité qui peut aller jusqu'aux pressions dans les dossiers sensibles comme les violences policières. Exemple : l'affaire Zyed et Bouna, ces deux adolescents morts dans un transformateur EDF après avoir été poursuivis par des policiers. C'était en 2005, à Clichy-sous-Bois. Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur.

Quand Nicolas Sarkozy voulait violer le secret de l'instruction, en pleine affaire Zyed et Bouna

Tandis que la police des polices mène son enquête, les banlieues françaises s'embrasent. Eric Meillan est convoqué en urgence place Beauvau, par un Nicolas Sarkozy fou de rage de n'être pas informé. Le ministre exige rien moins, selon l'ancien policier, que de "violer le secret de l'instruction" – ce qu'il refuse.

Qu'en pense celui qui était alors le directeur de cabinet du ministre ? Claude Guéant ne voit pas d'inconvénient à "demander des éléments sur l'enquête en cours"... Mais laquelle ? C'est que l'IGPN en mène plusieurs en parallèle : l'enquête judiciaire (protégée par le secret de l'instruction) et l'enquête administrative (placée sous l'autorité du ministère de l'Intérieur). Et entre les deux, la frontière est poreuse...

Les pressions politiques peuvent-elles influencer les conclusions de l'IGPN ? Peut-on y diriger une enquête librement ? La réponse d'Eric Meillan est sans équivoque : "Si vous prenez le risque d'être éjecté le lendemain matin... oui."

Extrait de "Les bœufs-carottes se mettent à table", un reportage à voir dans "Complément d'enquête" le 10 octobre 2019.

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