Nantes : "On est complètement en état de choc" raconte une habitante du quartier du Breil, après une deuxième nuit de violences

Le centre médical de Breil (Nantes) incendié le 4 juillet 2018 après les émeutes en réaction à la mort d\'Aboubacar Fofana, 22 ans, tué lors d\'un contrôle de police dans la nuit du 3 juillet 2018. 
Le centre médical de Breil (Nantes) incendié le 4 juillet 2018 après les émeutes en réaction à la mort d'Aboubacar Fofana, 22 ans, tué lors d'un contrôle de police dans la nuit du 3 juillet 2018.  (SEBASTIEN SALOM GOMIS / AFP)

Après une deuxième nuit de violences dans le quartier du Breil à Nantes, Yasmina Cappato, la responsable du café associatif Au p'tit bonheur est "dans l'incompréhension de cette montée de violence". 

"On est complètement en état de choc", témoigne jeudi 5 juillet 2018 sur franceinfo Yasmina Cappato, la responsable du café associatif Au p'tit bonheur, situé en plein cœur du quartier du Breil à Nantes, après une deuxième nuit de violences, faisant suite à la mort d'Aboubacar Fofana, 22 ans, abattu lors d'un contrôle de police mardi.

franceinfo : Comment analysez-vous ces violences ?

Yasmina Cappato : On est complètement en état de choc. Bien sûr nos pensées vont tout premièrement à la famille de la victime, que l'on soutient. Mais en même temps, (...) tout le monde est en état de choc. On est aussi dans l'incompréhension de cette montée de violence. (…) On a le retour de ces mamans qui nous disent "que vont devenir nos enfants s'ils vont grandir dans une cité sous la violence ?" Il y a de vraies interrogations qui tournent actuellement dans le quartier. Et puis il y a toujours cette pression latente qui est là, on ne sait pas du tout ce que ça va donner.

Comment avez-vous vécu ces deux nuits de violences ?

La première a été vraiment catastrophique parce que, quand on est arrivés le lendemain matin pour ouvrir le café associatif, le local juste à côté avait brûlé, les gens étaient complètement retournés. Donc on a ouvert toute la journée pour assurer un accueil de la parole, un accueil physique, rassurer et appeler au calme. Hier soir il y avait une réunion prévue avec les élus et les habitants à la maison de quartier, et là c'est reparti en catastrophe. On a été confinés dans la maison de quartier avec plus d'une cinquantaine de personnes. Parce qu'il y a eu des affrontements entre jeunes et policiers. On était bloqués dans la maison de quartier, les incendies avaient repris avec des incendies de voitures. Ce matin, il y a encore une tension parce qu'il y a toujours des forces qui sont opposées pour soutenir la famille, et en même temps d'autres qui sont contre la police, qui veulent que la vérité soit rétablie.

Quels rapports ont d'habitude les habitants et la police ?

Ils sont bons ! On n'a jamais eu de problème de cet ordre-là. Le Breil est plutôt un quartier tranquille, en temps normal. On avait une tension qui était un petit peu là ces dernières semaines parce qu'il y avait eu des tirs, mais qui venaient d'autres quartiers. On n'est pas un quartier ultra-violent. On a fait une fête de quartier samedi de la semaine dernière qui s'est super bien passé. Il y a un tissu associatif qui fonctionne bien. (…) On est sur un quartier en zone sensible qui est très touchée par la précarité, par le taux de chômage, avec une population culturelle très différente mais qui cohabite très, très, bien. Il y avait un sentiment de vivre-ensemble qui était agréable. Et c'est le côté positif qu'il faut garder en tête pour ne pas laisser la peur alimenter la colère. [Avant ces événements,] moi, je ne me suis jamais sentie en insécurité sur ce quartier.

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