VIDEO. Gérard-François Dumont explique la montée en flèche des migrations en Europe

FRANCE 2

Invité sur le plateau de l'émission "Envoyé spécial", Gérard-François Dumont, géographe spécialiste des migrations internationales et professeur à la Sorbonne, est revenu sur le phénomène accru des cargos de clandestins qui tentent de rejoindre les côtes européennes. 

Depuis 2012, le nombre de migrants qui ont tenté de regagner l'Europe par la Méditerranée a été multiplié par dix. En 2014, 200 000 migrants ont embarqué pour ce voyage périlleux. Beaucoup y ont perdu la vie. Les naufrages font la une des journaux et l'Europe semble impuissante. 

L'opération "Mare Nostrum", une aubaine pour les passeurs

"Cette accélération du nombre de naufrages [...] est la conséquence d'une bonne décision de l'Union européenne, qui a voulu secourir les migrants en Méditerranée en mettant en place une opération appelée Mare Nostrum. Cette opération Mare Nostrum [depuis rebaptisée Triton] a été reçue par les passeurs comme une aubaine, parce qu'ils ont compris que tous les migrants qu'ils envoyaient – soit sur des bateaux de mauvaise qualité, soit en les surchargeant – pouvaient être secourus par des navires européens."

La France a annoncé, lors d'un sommet européen à Bruxelles, un renforcement de sa contribution aux opérations de surveillance et de sauvetage en Méditerranée. Mais cette décision est, selon Gérard-François Dumont, "absolument insuffisante par rapport à la nature de la question". Le problème qu'il faut régler est celui de la pauvreté et de mauvaise gouvernance dans les pays du Sud, "qui conduisent des jeunes à vouloir partir".

La Libye en situation de chaos

Gérard-François Dumont a rappelé la dérive d'un pays devenue "un espace de transit dont profitent les passeurs. Cette situation de chaos de la Libye risque d'engendrer des métastases dans les pays voisins [...]. Donc le vrai problème, c'est [...] une situation qui doit être prise en compte par la communauté internationale puisque, malheureusement, il n'y a pas d'espoir que ce soit au sein de la Libye que la paix soit retrouvée".

Une résolution des Nations unies contre les passeurs ?

Sur la question des passeurs, le professeur a souligné la nécessité d'opérations policières internationales conduites par l'ONU et permettant à un groupe de pays d'intervenir. "Il me semble que tant la Tunisie que l'Égypte ou le Niger, qui sont des pays voisins et qui risquent les effets de cette mauvaise gouvernance des passeurs, seraient prêts à s'associer à l'Europe", a-t-il déclaré.

L'Europe est coresponsable

Le professeur a tout d'abord pointé les pays concernés pour leur mauvaise gouvernance, leur ciblage des minorités et les guerres civiles qui s'étendent sur des années. Mais il a aussi souligné que certains pays européens sont coresponsables de cette situation : "Vous vous rappelez qu'en 2011, nous avons conduit une opération pour abattre un dictateur qui s'appelait Kadhafi, mais sans penser qu'en même temps il aurait fallu s'occuper de la question des migrations, et qu'il aurait fallu détruire toutes les armes accumulées par Kadhafi, aujourd'hui aux mains de ces groupes mafieux qui exploitent la misère humaine." 

 

Gérard-François Dumont et Pierre Verluise publient, " Géopolitique de l'Europe. De l'Atlantique à l'Oural", aux éditions PUF

 

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