Le coup de fil qui accable le commandant du "Costa Concordia"

Le commandant du \"Concordia\", Francesco Schettino, accusé d\'homicides et d\'abandon du navire, a été incarcéré le 14 janvier 2012.
Le commandant du "Concordia", Francesco Schettino, accusé d'homicides et d'abandon du navire, a été incarcéré le 14 janvier 2012. (ENZO RUSSO / AFP)

Une conversation téléphonique enregistrée entre une capitainerie du port et Francesco Schettino montre que ce dernier a refusé de remonter à bord pour évacuer les passagers.

Alors que 28 personnes sont toujours portées disparues, l'étau n'en finit plus de se resserrer autour du commandant du Costa Concordia, Francesco Schettino. Il est accusé d'avoir abandonné son navire alors que celui-ci s'échouait au large de l'île italienne du Giglio, dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 janvier. Une conversation téléphonique enregistrée entre une capitainerie du port et Schettino montre que ce dernier a refusé de remonter à bord pour évacuer les passagers, selon la retranscription diffusée lundi 16 janvier au soir par l'agence Ansa.

"Que faites-vous ? Vous abandonnez les secours ?"

A 1h46 du matin, samedi, alors que des centaines de personnes doivent encore être évacuées, un officier de la capitainerie ordonne au commandant, joint sur son portable, de retourner sur le navire. "Maintenant vous allez à la proue, vous remontez par l'échelle de secours (en corde) et vous coordonnez l'évacuation. Vous devez nous dire combien il y a encore de gens, enfants, femmes, passagers, le nombre exact dans chacune des catégories", indique la voix de l'officier, enregistrée dans l'une des boîtes noires saisies par les enquêteurs.

"Que faites-vous ? Vous abandonnez les secours ?", interroge ensuite l'officier. Schettino répond : "Non non je suis là, je coordonne les secours." L'officier reprend : "Commandant, c'est un ordre, c'est moi qui commande maintenant, vous avez déclaré l'abandon du navire, vous devez aller à la proue, remonter à bord et coordonner les secours."

"C'est à vous de me dire [combien il y a de cadavres] !"

L'homme indique alors au commandant qu'"il y a déjà des cadavres". "Combien ?" demande Schettino, qui se voit rétorquer : "C'est à vous de me le dire, que faites-vous ? Vous voulez rentrer chez vous ?" s'énerve l'officier. "Maintenant vous retournez là-haut et vous nous dites ce que l'on peut faire, combien il y a de gens, quels sont leurs besoins", poursuit l'officier auquel le commandant assure qu'il va remonter à bord. Mais selon la capitainerie et de nombreux témoignages, il était déjà réfugié sur la rive avant minuit, peut-être dès 23h40 (22h40 GMT).

En effet, dans un appel précédent, dès 0h42, le commandant lâche une phrase compromettante en parlant par téléphone avec la salle opérationnelle de la capitainerie : "Nous ne pouvons plus monter à bord car le navire est en train de se cabrer côté poupe [arrière]." "Commandant, vous avez abandonné le bateau ?" demande alors d'un ton très surpris l'officier, auquel le commandant répond : "Non non, évidemment que non !"

Selon l'agence Ansa, l'enquête de la capitainerie de Livourne, coordinatrice des secours, montre par ailleurs qu'il y a eu une sorte de "mutinerie" de l'équipage, qui a décidé l'évacuation avant un ordre formel du commandant. En outre, contrairement aux premiers éléments recueillis, ce n'est pas une manœuvre volontaire qui a fait échouer le navire tout près de la rive, sauvant la vie d'un bon nombre des plus de 4 000 occupants du bateau, car les moteurs étaient complètement inondés et en avarie.

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