Le commandant du "Concordia" dit s'être approché de l'île "pour faire plaisir au manager"

Le capitaine du Costa Concordia, Francesco Schettino, sort du tribunal de Grosseto (Italie), le 17 janvier 2012.
Le capitaine du Costa Concordia, Francesco Schettino, sort du tribunal de Grosseto (Italie), le 17 janvier 2012. (Alessandro La Rocca / AP / SIPA)

Des écoutes téléphoniques réalisées le lendemain du naufrage du "Costa Concordia" révèlent que le commandant du navire dit avoir été poussé par "un manager" à s'approcher des côtes. 

Dans une conversation privée, révélée mercredi 25 janvier par le quotidien italien La Repubblica (lien en italien), le commandant du Costa Concordia, Francesco Schettino,  dit avoir été forcé de faire l'inchino par un manager. 

Cette tradition, aujourd'hui décriée, consiste à s'approcher des côtes de l'île du Giglio pour en saluer les habitants. C'est en s'adonnant à cette parade que le navire a heurté des rochers, ce qui a provoqué le naufrage dans lequel au moins seize personnes ont péri dans la nuit du 13 au 14 janvier.

"Va ici, va là, passe ici, passe là"

Le quotidien italien publie mercredi la retranscription d'une conversation avec un certain Fabrizio, enregistrée le lendemain du naufrage. Le commandant, qui ignore être placé sur écoute, se confie : "Fabri (...), une autre personne n'aurait pas été aussi bienveillante et ne serait pas allée là-bas", reconnaît-il.  Selon lui, il aurait cédé à la pression d'un tiers : "Parce qu'ils m'ont cassé les c..., 'va ici, va là, passe ici, passe là', raconte le commandant. Il y avait un rocher mais il n'était pas indiqué par les instruments que j'avais et j'y suis allé (...) pour faire plaisir au manager."

"Tous les vendredis, nous passions au dîner parce qu'ils nous ont emm.., pour saluer [la côte]. Voilà où nous en sommes et c'est moi qui paye pour tout ce qu'on sait", ajoute-t-il. La discussion en napolitain et retranscrite en italien par La Repubblica a été identifiée. 

"De plus en plus près" de l'île du Giglio

Plusieurs témoignages publiés mardi soir par la presse confirment que le commandant voulait faire l'inchino pour rendre hommage à un ex-commandant de Costa qui habite sur l'île trois mois par an et au maître d'hôtel du Concordia, originaire de l'île.

Selon Alberto Fiorito, officier de garde en salle des machines, lors des quatre dernières fois où le Concordia avait emprunté cette route, "nous avions fait le salut au Giglio à trois reprises et de plus en plus près". "En salle des machines, moins il y a de fond et plus ça vibre et à chaque fois ça vibrait davantage", a-t-il dit aux enquêteurs.

Des données prouvent que le navire s'est approché de la côte après le choc

Mardi, la société hollandaise QPS a communiqué sur son site Internet le relevé des données dites AIS correspondant au naufrage et indiquant précisément le trajet du bateau, a indiqué Le Parisien. Selon ces informations, le navire a pivoté à 180 degrés vers l'île après l'impact avec le rocher.

Interrogé par le quotidien, un expert maritime français estime que ces données "obligent forcément à reconsidérer le rôle du commandant. Il a fait ce qu’il y avait à faire : rallier la côte pour s’y échouer." Si le rôle de Schettino dans cette décision n'est pas totalement avéré, celle-ci a en tout cas permis d'éviter un naufrage en pleine mer qui aurait été sans doute plus meurtrier.

Le capitaine du Concordia a été inculpé d'homicides multiples et d'abandon de poste avant la fin de l'évacuation des quelque 4 200 passagers et membres d'équipage.

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