TRIBUNE. "Il faut faire de la protection de l'enfant une priorité" : après le meurtre d'Angélique, l'association Innocence en danger interpelle les politiques

Une marche blanche est organisée à la mémoire d\'Angélique, le 1er mai 2018 à Wambrechies (Nord). 
Une marche blanche est organisée à la mémoire d'Angélique, le 1er mai 2018 à Wambrechies (Nord).  (THIERRY THOREL / CROWDSPARK / AFP)

Dans une tribune à franceinfo.fr, la présidente d'Innocence en danger, Homayra Sellier, demande "une véritable impulsion" pour mettre en œuvre des campagnes de prévention.

Le viol et le meurtre d'Angélique, 13 ans, suscite une émotion immense dans tout le pays. David Ramault, 45 ans, qui a avoué le crime, a été écroué dans la nuit de lundi à mardi pour séquestration, viol et meurtre sur mineur de moins de 15 ans.
Ce chauffeur de bus, père de deux enfants, avait déjà été condamné en 1996 pour "viol avec arme", "attentats à la pudeur aggravés" et "vol avec violence". Il était ainsi inscrit au fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes. Une récidive qui, 22 ans après ces faits-là, interroge sur le suivi des auteurs d'agressions sexuelles. Homayra Sellier, présidente de l'association Innocence en danger, dénonce le manque criant de moyens destinés à la protection de l'enfance. Elle demande également, dans une tribune sur franceinfo, la mise en œuvre de campagnes de prévention. Elle s'exprime ici librement.


Le cas d'Angélique provoque encore une fois, comme dans le passé, un émoi dans l'opinion publique. Or, il faut se demander ce qui n'a pas fonctionné pour que cette mobilisation citoyenne ne retombe pas comme un soufflé dans quelques jours. 

Cet homme a été condamné à neuf ans de prison pour un viol sur mineur avec arme blanche et a été libéré avant d'avoir purgé la totalité de sa peine. Dans ces dossiers, il faut des condamnations plus longues assorties d'une période de sûreté. Remettre des délinquants sexuels en liberté, alors que l'on sait qu'un quart d'entre eux récidivent, qu'un grand nombre passe entre les mailles du filet, est irresponsable.

Les violences faites aux enfants souffrent d'un déni sociétal coupable et irresponsable en France.Homayra Sellier

De toute évidence, nous sommes face à un fléau dont les enjeux nous concernent tous. En 2005, l'antenne allemande d'Innocence en danger a lancé une ligne verte avec des partenaires locaux pour inviter les personnes qui ont une attirance sexuelle pour les mineurs et qui souhaitent éviter le passage à l'acte à demander de l'aide. Le premier mois, l'équipe composée d'experts a reçu plus de 700 appels au secours. Depuis près de 6 000 cas ont été traités. Faute d'une véritable impulsion et de volonté politique, nous n'avons pas réussi à mener cette campagne en France.

Manque de moyens

Or, comment faire face à un phénomène complexe avec un manque criant de moyens ? La protection des enfants coûte près de 9 milliards d'euros par an aux contribuables sans qu'à aucun moment il n'y ait une chaîne de responsabilités définie. On ne peut dissocier cette question de celle qui concerne le fonctionnement de la justice en France, l'enfant pauvre de l'Europe dans le budget par habitant.

A cet égard, nous suggérons pour financer des programmes de prévention et d'éducation, que l'on ponctionne dans les dépenses publiques futiles, comme l'allumage de la tour Eiffel qui coûte 1,12 million d'euros par an.Homayra Sellier

Arrêtons de larmoyer et déplorer. Il faut également rendre obligatoire la consultation du fichier FIJAISV par toutes les entités et les entreprises qui embauchent des personnes à des postes en contact avec des enfants. Sa non-consultation doit être une infraction et punissable par la loi. Pour le moment, l'inscription à ce fichier n'est pas automatique et toute personne condamnée à des peines de moins de 5 ans ne figure pas dans ce fichier.

Absence de prévention

Aujourd'hui, il n'y a aucune campagne d'éducation et de prévention à l'attention des enfants.

Nous sommes à l'aune d'un tournant décisif. Il faut que les autorités décident si oui ou non la protection des mineurs est une priorité. Non pas dans les discours, mais dans les actes.Homayra Sellier

Il faut oser remettre en question ce qui n'a pas marché par le passé : ayons le courage de revoir cette question au-delà des déclarations creuses. Ayons l'humilité de reconnaître la méconnaissance des responsables sur la question. Exigeons de nos responsables politiques de faire de la protection des enfants une priorité.