Le nombre de viols est-il vraiment en augmentation en France ?

Le logiciel de statistiques des appels d\'un centre de la police judiciaire.
Le logiciel de statistiques des appels d'un centre de la police judiciaire. (LEFEVRE SYLVAIN / SIPA)

"Le Figaro" affirme que les plaintes pour viols ont progressé de 18% entre 2010 et 2014. Mais ces chiffres sont à prendre avec précaution. 

Le nombre de viols a-t-il augmenté en France ? Oui, et fortement, selon Le Figaro du mardi 11 août : le journal affirme que le nombre de plaintes a progressé de 18 % entre 2010 et 2014, passant de 10 762 à 12 768. Il s'agit des statistiques de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Mais elles sont à prendre avec la plus grande prudence, comme l'indique Cyril Rizk, responsable des statistiques à l'ONDRP, interrogé par francetv info.

En effet, les méthodes de collectes ont changé pendant la période analysée, ce qui crée un phénomène de "rupture statistique". Ces phénomènes sont décrits dans la publication mensuelle de l'Observatoire datée du mois de juin 2015. Il y est indiqué "qu'un certain nombre de séries statistiques sur les faits constatés ont connu avec une très forte probabilité une rupture de continuité" : le logiciel de saisie des plaintes de la gendarmerie nationale a évolué en 2012 et il en est de même pour celui de la police nationale à la fin de l'année 2013.

Seuls 10% des faits font l'objet d'une plainte

Auparavant, la qualification des faits était le fait de "l'interprétation de la personne chargée de la collecte de la plainte". Désormais, les logiciels permettent de choisir dans une liste prédéfinie de qualifications afin de préciser au mieux la nature des faits. Des viols qui pouvaient ainsi être classés en tant qu'"atteinte sexuelle" peuvent dorénavant être qualifié de "viol sur mineur".

La catégorie généraliste la moins précise a logiquement diminué à la faveur de ces évolutions techniques, même si elle existe toujours. Et le nombre de viols constatés a quant à lui augmenté. Mais si l'on consolide ces différentes qualifications, on constate que la tendance du nombre d'atteintes sexuelles déclarées est plutôt à la baisse depuis 2004, même si les chiffres ont progressé en 2014.

Pas de quoi se féliciter forcément. Car le nombre de plaintes déposées ne représente qu'"un dixième" des faits qui se sont produits, selon Cyril Rizk. Pour avoir une estimation plus proche de la réalité, l'ONDRP se base sur des enquêtes de victimation réalisées par l'Insee directement auprès de la population. Les chiffres qui en ressortent approchent de 100 000 victimes de viols ou de tentatives de viols, âgées de 18 à 75 ans, sur une période d'un an.

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