Procès Magnotta : le jury confronté à l'horreur du crime du "dépeceur de Montréal"

Luka Rocco Magnotta comparaît pour le meurtre d\'un étudiant chinois lors d\'une audience préliminaire, à Montréal (Canada), le 9 janvier 2013.
Luka Rocco Magnotta comparaît pour le meurtre d'un étudiant chinois lors d'une audience préliminaire, à Montréal (Canada), le 9 janvier 2013. (MIKE MCLAUGHLIN / AP / SIPA)

Luka Rocco Magnotta, 32 ans, comparaît devant un tribunal canadien pour avoir tué et démembré un étudiant chinois, en mai 2012.

"Vous allez voir d’autres morceaux du corps", prévient le juge Guy Cournoyer en s'adressant aux douze jurés. Le procès de Luka Rocco Magnotta, surnommé le "dépeceur de Montréal", s'est ouvert, au Canada, lundi 29 septembre. Le jeune homme, âgé de 32 ans, est accusé d'avoir tué et démembré un étudiant chinois, Jun Lin, en mai 2012. L'accusé a reconnu les faits mais a plaidé non coupable dès la première journée d'audience. Son avocat souhaite démontrer que son client n'était pas sain d'esprit au moment des faits et ne pourrait donc pas être tenu pour responsable de ses gestes. 

"L'image d'un tronc humain jaillit à l'écran"

Les huit semaines de ce procès respectent la chronologie des faits, rappelle Le Parisien. Mardi 30 septembre, les premières pièces à conviction sont examinées par la cour. Et les premières images sont brutales pour les jurés. Une policière expose les 150 clichés qu'elle a pris d'une valise et de sacs-poubelle. Ils étaient entreposés sur le trottoir, sous les fenêtres de l'appartement loué par Luka Magnotta. "Soudain, l’image d’un tronc humain, amputé de la tête et de ses membres, jaillit à l’écran. Dans le public, beaucoup répriment un haut-le-cœur, portent la main à la bouche d’un geste réflexe, ou détournent prudemment le regard", détaille l'envoyé spécial du Parisien.

Dans ces sacs, la police scientifique retrouve également des objets, comme un marteau et un pic à glace, l'arme du crime, "référence voulue au film Basic Instinct", selon Le Parisien.

Papier rose, cœurs et sang pourri

Les photos des colis envoyés par Luka Magnotta, sous pseudonyme, au Parti libéral et au Parti conservateur du Canada, sont également exposées, précise Radio Canada. A l'intérieur se trouvent des morceaux de corps, des pieds, des mains, accompagnés de notes écrites sur du papier rose. Des paquets identiques ont été expédiés à deux écoles primaires. "Magnotta avait enrobé chaque membre de papier de soie rose, avant de les mettre dans des sacs cadeaux noirs, précise Le Journal de Montréal. Des cœurs avaient même été dessinés dans le fond de certaines boîtes." Un des colis contient ce message : "Les roses sont rouges, les violettes sont bleues, la police pour t'identifier aura besoin de tes empreintes dentaires, salope".

Les photos défilent devant les yeux des jurés, et les témoignages des policiers et experts s'enchaînent. "Il y avait une odeur de sang pourri" dans l'appartement de Luka Magnotta, témoigne une policière. Puis, sur un autre cliché, apparaît le crâne de la victime. "La tête de Jun Lin (…) avait été retrouvée au parc Angrignon le 1er juillet 2012. Elle était cachée dans les fourrés près d’un plan d’eau", rappelle Le Journal de Montréal.

Une victime "aux pratiques sexuelles ordinaires"

Après les premières pièces à conviction, la cour assiste mercredi à l'audition de Feng Li, l'ex-compagnon de la victime. A travers son témoignage, l'avocat de Luka Magnotta, Luc Leclair, tente de dépeindre Jun Lin comme un "libertin", explique Radio Canada. L'avocat "présente au témoin une liste de films pornographiques téléchargés par lui" ainsi que "certaines photos de scènes sadomasochistes", poursuit le site. "Ai-je vraiment besoin de regarder ces images ?" s'agace le témoin, selon Le Journal de Montréal. "Je vous suggère qu’il y avait beaucoup de choses que vous ne saviez pas sur lui", rétorque l'avocat de Luka Magnotta.

Feng Li assure que Jun Lin était "un homme fidèle aux pratiques sexuelles ordinaires", rapporte Le Journal de Montréal. Il ajoute que la victime n’était "absolument pas" intéressée par le sadomasochisme. Jun Lin utilisait l'application de rencontres homosexuelles Grindr, selon l'avocat de Luka Magnotta. "Il est possible de proposer aux gens de simplement aller prendre un café", réagit le témoin.

Les deux hommes sont restés ensemble pendant un an et demi. Ils se sont rencontrés en Chine avant de s'installer à Montréal, où Jun Lin étudiait à l'université Concordia. "Il subissait des pressions de sa famille qui ne savait pas qu’il était homosexuel", explique Feng Lin au jury. "Ils voulaient qu’il se marie avec une femme", précise-t-il. Leur rupture est intervenue quelques semaines avant le meurtre de Jun Lin.

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