Monflanquin : un spectacle de choix pour la bonne société bordelaise

Ghislaine Marchand, Me Martial (C) et Me Ducos-Ader, au palais de justice de Bordeaux, le 24 septembre 2012. Chaque jour, un public nombreux les attend.
Ghislaine Marchand, Me Martial (C) et Me Ducos-Ader, au palais de justice de Bordeaux, le 24 septembre 2012. Chaque jour, un public nombreux les attend. (PIERRE ANDRIEU / AFP)

Des brochettes de femmes de "la haute" se disputent chaque jour sans ménagement les quelques places disponibles pour le public dans la salle d'audience. Reportage.

PROCES DE MONFLANQUIN - Ils piétinent et trépignent devant l'imposante porte à double battant en bois vernis. Depuis lundi 24 septembre et l'ouverture du procès des reclus de Monflanquin, spectaculaire histoire de manipulation mentale sur onze membres d'une même famille aristocratique, la salle H du tribunal correctionnel de Bordeaux ne désemplit pas. Des curieux en tous genres, comme à chaque procès. Mais surtout, des membres de la haute société bordelaise, qui vient se délecter du spectacle des siens déchus.

"C'est un petit milieu très secret, très fermé"

Elles sont chics et distinguées, façon sortie du club de bridge, mais pas de quartier. Arrivées près d'une heure avant l'ouverture de l'audience, elles veulent une place, au premier rang si possible, et saluent le déclic de la porte d'un improbable "aaah" de soulagement. Les meilleures places sont juste derrière les parties civiles, avec vue de choix sur le box des prévenus où s'agite le prolixe Thierry Tilly, soupçonné d'avoir manipulé, escroqué et dépouillé les onze membres d'une même famille, les Védrines.

Elles ne manquent pas une minute des débats. Toutes bien mises, elles détournent pourtant ostensiblement le regard dès qu'on les interroge sur leurs motivations. "Non, non, je ne souhaite pas vous répondre", marmonne la plus bavarde, grands yeux maquillés et rouge à lèvres qui bave, avant de reprendre sa conversation comme si de rien n'était. La "haute", dont les familles ont fait fortune entre le XVIIe et le XIXe siècle, du temps où Bordeaux était le deuxième port négrier de France, n'aime pas les intrusions. "C'est un petit milieu très secret, très fermé, ils se sont tous fréquentés", souffle un journaliste local avisé.

"Ça laissait la place à tous les fantasmes"

Pas étonnant, dès lors, d’en croiser certains qui ont vraiment connu les reclus de Monflanquin. C’est le cas de cette sexagénaire aux cheveux courts, assidue, qui confie à FTVi être "une ancienne amie des Védrines, qui n'a plus du tout de contacts depuis cette affaire". Avant de refuser d'en dire plus, esquivant notre présence.

C'est le cas aussi de celle-ci, qui n’a "plus que de rares contacts téléphoniques" avec ses anciennes fréquentations. Elle est venue avec une amie qui ne cesse de la questionner en avisant le banc des parties civiles : "C'est laquelle Christine ?" "La blonde, et Ghislaine ?" Toutes deux se soulèvent alternativement, menton tendu au-dessus du collier de perles, pour observer les réactions des différents protagonistes.

Victor, 29 ans, a un petit air de Kurt Cobain avec ses cheveux blonds tombant de chaque côté du visage et sa barbe de trois jours. Lui assume. Il est venu assister à l'épilogue d'une histoire qui l'a toujours "fasciné". Ses parents côtoyaient les Védrines avant la manipulation, ils ont même été conviés à la réception donnée à Monflanquin à l'occasion des 50 ans de Philippe. Gamin à l'époque, Victor en garde "un souvenir impérissable". Mais "quand ça [la manipulation] s'est produit, on n'a été au courant de rien", explique-t-il, en ajoutant : "Ça laissait la place à tous les fantasmes."

"Ils sont là pour leur feuilleton quotidien"

Cette curiosité un brin malsaine crispe les proches du clan Védrines, une dizaine en tout. Comme Fleur, amie d'enfance de Diane, la cadette du clan, qui sympathise sur le banc avec Françoise, la sœur aînée de Christine de Védrines, venue de Paris avec son mari pour soutenir les siens toute la semaine. Ou Laurence, la fille de Philippe, dont un frère et une sœur ont témoigné.

"J'ai l'impression qu'ils sont là pour leur feuilleton quotidien, ils gloussent, ils font des commentaires", confie la quadragénaire en trench beige, visiblement blessée. Une femme a même tenté de prendre des photos avec son portable, bravant l'interdiction légale, quitte à se faire rattraper par la greffière qui veille au grain.

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