Muriel Robin : "Je ne lâcherai pas" la cause des femmes battues "pour ne pas avoir honte des cadavres"

Muriel Robin en 2016.
Muriel Robin en 2016. (FREDERIC DUGIT / MAXPPP)

À l'affiche du téléfilm "Jacqueline Sauvage", Muriel Robin est à l'origine d'une tribune publiée dimanche dans le "JDD" et signée par 87 autres personnalités, pour soutenir la lutte contre les violences contre les femmes.

"Je crois qu'on a toutes et peut-être tous une petite voix sourde, enfouie, au moment où on entend les chiffres concernant les femmes battues, 150 cadavres par an", a déclaré Muriel Robin dimanche 23 septembre sur France Inter. L'actrice est à l'origine d'une tribune dans le Journal du dimanche signée par 87 autres personnalités pour que les victimes de violences conjugales "ne meurent plus dans l'indifférence totale". "On a un peu honte, on est impuissant. Et puis ces femmes sont dans le silence, dans la honte. Il y a eu l'affaire Jacqueline Sauvage, avec Eva Darlan qui a créé un mouvement, c'est venu réveiller un peu cette petite voix sourde."

Un rassemblement le 6 octobre à Paris

Lors du tournage d'un téléfilm sur Jacqueline Sauvage, elle raconte comment elle a joué ces scènes de violence. "Toute l'équipe a été touchée, et au-delà. C'était terrifiant, on avait tous en tête que ça existait. C'est ce téléfilm qui me permet de prendre la parole parce qu'en interview, quand on m'a demandé ce que j'allais faire, j'ai dit : 'J'ai fait ce téléfilm, si on me fait entendre que je peux être utile encore, je ferai tout'."

"Je ne pense qu'à ces femmes depuis le téléfilm, poursuit Muriel Robin. Je suis connectée avec ces femmes qui sont abandonnées, c'est pour ça que je propose un rassemblement devant le Palais de justice de Paris le 6 octobre à 14h, ça s'adresse à elles."

C'est un signal que j'ai envie d'envoyer pour qu'elles se disent qu'elles ne sont plus seules et qu'on va y arriver. J'ai envie qu'on les prenne toutes dans nos bras, on ne peut pas faire moins.Muriel Robin

"On sait qu'en Espagne les choses ont bougé, il y a plus d'argent, évidemment, quand on est à 420 millions [le budget interministériel dédié à l’égalité entre les femmes et les hommes en France], eux sont à un milliard [sur cinq ans, consacrés à la lutte contre les violences sexistes]. Ils ont aujourd'hui des tribunaux spécialisés avec des compétences civiles et pénales, une protection, une assistance aux victimes, des pensions pour les orphelins de ces violences. Ils traitent aussi les hommes violents. Il y a une formation à faire de la police, de la gendarmerie, des juges, des magistrats. Il y a l'éducation, il faut parler aux petites filles, aux petits garçons, il y a beaucoup à faire."

Pas question pour Muriel Robin d'accuser Emmanuel Macron d'oublier ce dossier : "J'ai une totale confiance en lui. Je sais qu'il y a beaucoup de dossiers à traiter et que ça passe donc à l'as, mais je vais me battre pour que celui-là soit en haut de la pile."

Qu'on fasse quelque chose. Que ne vienne pas s'ajouter à l'horreur que vivent ces femmes, à la souffrance, à la solitude, à la détresse, un autre cauchemar quand elles vont porter plainte.Muriel Robin

"Comment on se sort de ça ? s'interroge Muriel Robin. C'est cet inextricable qu'il va falloir solutionner pour ne pas avoir honte des cadavres et de celles qui, encore vivantes, sont dans un abandon total."

"On est plus que jamais toutes sœurs sur ce dossier, insiste Muriel Robin. Et ces femmes doivent ressentir ça ! C'est là que la solidarité, la sororité, la fraternité doit prendre son sens ! On a mal pour elles parce que ce sont nos mères, nos filles ! Nos fils, aussi, cette chaîne, il faut l'arrêter : il faut soigner ces garçons, qui sont eux aussi des victimes, parce qu'ils reproduisent ce qu'ils ont vu."

"Je suis obligée de penser, toutes proportions gardées, à Simone Veil, conclut Muriel Robin. Elle a dû être bien seule quand elle s'est engagée, mais au bout d'un moment, la conviction, la détermination [l'emportent]. Et moi je ne lâcherai pas ! Je ne peux pas parce que j'aurais honte de moi, je ne lâcherai pas et je ne serai pas seule."

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