Affaire Apollonia : "C'est extrêmement difficile de penser" que les banques "n'étaient pas au courant"

L\'entrée des locaux de la société Apollonia à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le 13 mai 2012.
L'entrée des locaux de la société Apollonia à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le 13 mai 2012. (MAXPPP)

Elisa Oudin, journaliste au magazine UFC-Que Choisir, a souligné, mardi sur franceinfo, que le rôle des banques est "tout l'enjeu du dossier puisqu'elles estiment être victimes d'Apollonia", une société au cœur d'un scandale immobilier.

C'est le plus gros scandale immobilier en France. Des particuliers se sont retrouvés surendettés après avoir acheté des appartements par l'intermédiaire de la société Apollonia pour les mettre en location. Le magazine Que Choisir publie, mardi 24 avril, un dossier sur cette affaire (article payant) qui a ruiné plusieurs centaines de familles. Pour Elisa Oudin, journaliste en charge des sujets éco-finances pour le mensuel de l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, le rôle des banques dans cette affaire d'escroquerie est en question. "C'est tout l'enjeu du dossier puisque les banques estiment être victimes d'Apollonia", souligne-t-elle sur franceinfo. Mais selon la journaliste, "c'est extrêmement difficile, aujourd'hui, de penser" que les banques "n'étaient pas au courant".

franceinfo : Quelle est la nature de l'escroquerie Apollonia ?

Elisa Oudin : Ce sont des foyers qui ont été démarchés, essentiellement des professions libérales, médecins, dentistes pour acheter avec des prêts bancaires des appartements pour les mettre en location. Ils étaient démarchés par une société qui s'appelle Apollonia située à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). La valeur des appartements avait été largement surévaluée. À l'inverse, les loyers n'ont pas été perçus, parce que le syndic était plus ou moins véreux ou alors très loin des estimations faites par Apollonia.

Cinq cadres bancaires du Crédit Immobilier de France et de la banque en ligne GE Money Bank viennent d'être mis en examen. Est-ce que la question est de savoir si les banques ont sciemment participé à l'escroquerie ?

C'est tout l'enjeu du dossier puisque les banques estiment être victimes d'Apollonia et avoir été trompées par les responsables de cette société dont les mises en examen viennent d'être confirmées. C'est quasiment 10 ans d'instruction judicaire. C'est extrêmement long pour les familles. Il y a eu trois juges d'instruction déjà. On espère que cette confirmation de mise en examen va relancer ce dossier qui piétine depuis très longtemps, alors que les familles sont saisies par les banques.

Les banques cherchent-elles à récupérer les sommes prêtées aux particuliers ?

Oui et comme la société Apollonia n'existe plus et est tout à fait insolvable, on ne peut pas se tourner vers elle. Les banques se retournent vers les particuliers qui s'estiment doublement victimes de l'escroquerie d'Apollonia et maintenant des établissements bancaires. Certains disent qu'ils sont traités en voleurs par des banques qui les saisissent alors qu'elles ont participé, selon eux, à leur surendettement.

Apollonia n'avait pas d'agrément pour jouer les intermédiaires. Les banques le savaient-elles ?

Il y a beaucoup d'éléments troublants et c'est ça qui relance le dossier. Quand on creuse cette affaire, on se rend compte qu'il y a de plus en plus d'éléments, notamment issus des interrogatoires judicaires, montrant que des directeurs, au niveau des directions régionales, ont décidé de traiter avec Apollonia. C'est extrêmement difficile, aujourd'hui, de penser qu'ils n'étaient pas au courant qu'Apollonia avait des pratiques extrêmement étranges. Certes, Apollonia n'avait pas cet agrément, mais en plus, elle faisait l'intermédiaire entre les clients et les banques, c'est-à-dire que les banques ne rencontraient pas les clients, donc ne pouvaient pas exercer leurs devoirs de conseil, ce que certains responsables bancaires ont reconnu devant le juge d'instruction.

Il y a des drames humains qui sont terribles derrière cette affaire…

Ce sont des personnes qui se trouvent avec 70% de taux d'endettement. Les mensualités à rembourser, chaque mois, atteignent quasiment les 3/4 de leurs revenus.