Températures record, réchauffement climatique... On vous explique pourquoi l'Australie est ravagée par des incendies

Une maison brûle à Balmoral, à 150 kilomètres de Sydney, en Australie, le 19 décembre 2019. 
Une maison brûle à Balmoral, à 150 kilomètres de Sydney, en Australie, le 19 décembre 2019.  (PETER PARKS / AFP)

L'île est en proie à une vague de chaleur sans précédent, qui attise des centaines d'incendies géants, hors de contrôle.  

Depuis septembre, l'Australie bataille contre de violents incendies qui ont détruit environ 700 habitations et plus de 3 millions d'hectares de brousse, l'équivalent de presque trois fois l'Ile-de-France. Ces feux, attisés par une sécheresse record, s'étendent sur trois Etats. Mais c'est de loin la Nouvelle-Galles du Sud qui est la plus touchée, avec plus de 100 feux recensés actuellement.

Une faible amélioration des conditions météorologiques a été observée lundi 23 décembre. De quoi accorder un léger répit aux pompiers épuisés. Mais pour éteindre le feu immense qui fait rage aux abords de Sydney, il faudrait de fortes intempéries. Or aucune pluie conséquente n'est prévue au cours des deux prochains mois. Franceinfo fait le point sur la situation catastrophique, qui laisse aux habitants un sentiment de colère et d'impuissance. 

Quelles sont les régions concernées par ces feux ?

Les foyers d'incendies sont concentrés dans l'est de l'Australie, plus précisément en Nouvelle-Galles du Sud, l'Etat le plus peuplé du pays, dont Sydney est la capitale. Plus de 460 000 hectares ont été ravagés par les flammes au nord de la ville. Celles-ci se sont encore attisées, tout comme de multiples autres feux dans la région des "Blue Mountains", célèbre pour ses paysages spectaculaires et classée au patrimoine mondial de l'Unesco. 

Des arbres brûlés à perte de vue à Mount Wilson, au cœur du site naturel des \"Blue Mountains\", situé à 120 kilomètres au nord-ouest de Sydney, le 18 décembre 2019. 
Des arbres brûlés à perte de vue à Mount Wilson, au cœur du site naturel des "Blue Mountains", situé à 120 kilomètres au nord-ouest de Sydney, le 18 décembre 2019.  (SAEED KHAN / AFP)

La localité de Balmoral, au sud-ouest de Sydney, a été dévastée. Un habitant, Steve Harrison, a raconté à la chaîne ABC avoir échappé aux flammes en se réfugiant dans son four artisanal. "Je suis sorti en courant pour prendre ma voiture mais le jardin était en feu, l'allée était en feu, la route était en feu, je ne pouvais pas partir, a-t-il expliqué. La veille, j'avais terminé de construire un petit four à l'arrière, un four de la taille d'un cercueil, juste assez grand pour que je m'y introduise."

Des habitants de la petite ville de Bargo, à une centaine de kilomètres au sud-ouest, ont été évacués devant l'avancée du feu. Pas moins de 185 000 hectares ont été détruits jeudi dans le secteur. Pour la deuxième fois depuis septembre, la Première ministre de la Nouvelle-Galles du Sud, Gladys Berejiklian, a déclaré l'état d'urgence pour une durée de sept jours. Cette annonce est intervenue jeudi 19 décembre, alors que l'Australie avait battu la veille, pour le deuxième jour d'affilée, le record de la journée la plus chaude depuis le début des relevés, avec une moyenne nationale des températures maximales mesurée à 41,9 °C. C'est un degré de plus que le précédent record (40,9 °C) établi mardi. 

Enfin, les équipes de secours sont également sur le qui-vive dans l'Etat de Victoria, à l'extrémité sud de l’île, où règnent des températures caniculaires.

Comment les secours font-ils front ?

Voilà six longues semaines que 3 000 sapeurs-pompiers sont déployés en permanence pour lutter contre les incendies, avec le renfort d'équipes canadiennes et de militaires australiens. Une équipe d'intervention rapide d'une centaine d'hommes est toujours en alerte, prête à se déployer sur les feux les plus dangereux. Tous sont confrontés aux pires conditions météorologiques : la plus forte canicule jamais vue dans le pays, des vents forts et la sécheresse. "Nous n'arriverons pas à bout de ces feux tant que nous n'aurons pas une bonne pluie, cela fait des semaines et des mois que nous le disons", a récemment déclaré Shane Fitzsimmons, responsable de la supervision des feux de forêt dans l'Etat de Nouvelle-Galles du Sud. Selon le bureau de météorologie du pays, aucune pluie conséquente n'est prévue au cours des deux prochains mois. 

Un pompier volontaire surveille les feux de brousse dans la zone résidentielle de Dargan, à 120 kilomètres de Sydney, le 18 décembre 2019. 
Un pompier volontaire surveille les feux de brousse dans la zone résidentielle de Dargan, à 120 kilomètres de Sydney, le 18 décembre 2019.  (SAEED KHAN / AFP)

Fait particulier en Australie : la tâche colossale de combattre les incendies incombe principalement à des volontaires, médecins, agriculteurs ou ouvriers d'usine. Ils sont en tout 70 000 et représentent le plus gros contingent de soldats du feu au monde. Depuis 1896 et la création de la première brigade de soldats du feu volontaires dans l'Etat, le service repose sur ces personnes car embaucher des pompiers à temps plein pour une si vaste étendue serait beaucoup trop coûteux, et également inutile pour les périodes d'hiver. Beaucoup craignent que la saison des incendies ne se poursuive jusqu'au mois de mai, bien après son terme habituel, ce qui accroîtrait encore la pression sur les volontaires.

Deux pompiers volontaires sont morts, dans la nuit de jeudi 19 à vendredi 20 décembre. D'autres ont perdu leur maison alors qu'ils étaient partis sauver celles d'autres habitants.

Quelles sont les conséquences pour le patrimoine naturel australien ?

Dès le 23 novembre, le Centre du patrimoine mondial de l'Unesco s'est alarmé de la situation en Australie, réclamant que le gouvernement fédéral évalue "l'impact des feux au regard de la valeur universelle exceptionnelle de ce site". Selon l'Unesco, "les caractéristiques géologiques exceptionnelles (…) et le nombre élevé d'espèces rares et menacées qu'il abrite sont d'une importance internationale pour la science et la conservation".

Dans la région de Sydney, 10% de la surface des parcs nationaux a été détruite par les feux de brousse. Au total, plus de 3 millions d’hectares ont brûlé depuis début juillet, soit dix fois plus que sur le total de l'année 2018. 

La faune sauvage australienne a été durement touchée à l'image des koalas. Déjà considérés comme "fonctionnellement éteints", les koalas sont en première ligne des incendies. Les sauveteurs "cherchent des traces de vie, mais n'en trouvent pas beaucoup. Dans neuf cas sur dix [les animaux retrouvés] doivent être euthanasiés", explique Nicole Blums, de The Rescue Collective. Lewis, le koala dont la vidéo du sauvetage a fait le tour du monde, a ainsi dû être euthanasié. 

Comment réagissent les habitants ?

Sydney est enveloppée depuis des semaines par un brouillard de fumées toxiques liées aux incendies, dont certains foyers sont situés à moins de 120 kilomètres de la ville. Les cinq millions d'habitants de la plus grande ville du pays respirent dans un air si pollué, que certains sont obligés de porter des masques pour se protéger au mieux de l'inhalation des particules. Sur les plages, il n'est pas rare non plus de voir des cendres ramenées par les vagues.

La plage de Bondi à Sydney, en Australie, le 19 décembre 2019. 
La plage de Bondi à Sydney, en Australie, le 19 décembre 2019.  (FAROOQ KHAN / AFP)

Quand le soleil se couche, une brume rouge entoure la mégalopole, "un peu comme si on portait des lunettes de soleil ou si tout le panorama avait subi un filtre orangé avec Photoshop", raconte Fanny, une Française installée à Sydney, au Parisien. Début décembre, les hôpitaux ont enregistré une hausse de 25% d'admissions aux urgences, à cause de problèmes respiratoires. Les fumées sont telles qu'elles ont déclenché l'alarme des détecteurs à incendie de la mégalopole et des immeubles ont dû être évacués.

Le 11 décembre, de nombreux manifestants se sont rassemblés à Sydney pour demander au gouvernement de prendre des mesures urgentes pour lutter contre le changement climatique (15 000 personnes selon la police et 20 000 selon les organisateurs).

Que répond le gouvernement ?

Le Premier ministre Scott Morrison est très critiqué pour son inaction face aux feux. Sous la pression de l'opinion publique, il a fini par interrompre ses vacances à Hawaï vendredi 20 décembre pour rendre visite aux pompiers des zones rurales de Nouvelle-Galles du Sud. "Je regrette profondément toute offense que j'aurais pu commettre à l'égard des nombreux Australiens affectés par ces terribles incendies en prenant des congés avec ma famille", a-t-il déclaré. Au moment de son départ en congés, de nombreux Australiens étaient descendus dans la rue pour protester ou avaient manifesté leur désapprobation sur les réseaux sociaux. 

Des manifestants dans les rues de Sydney le 19 décembre 2019, en colère contre la décision du Premier ministre Scott Morrison de partir en vacances à Hawaï. 
Des manifestants dans les rues de Sydney le 19 décembre 2019, en colère contre la décision du Premier ministre Scott Morrison de partir en vacances à Hawaï.  (WENDELL TEODORO / AFP)

S'il a admis qu'il y avait un lien entre les incendies et le changement climatique, le Premier ministre s'est refusé à revenir sur la politique du gouvernement, très favorable à l'industrie minière du charbon. "Je ne vais pas rayer de la carte l'emploi de milliers d'Australiens en m'éloignant des secteurs traditionnels", a averti le dirigeant de 51 ans sur la chaîne Seven Network, lors d'une des multiples interviews matinales allant dans le même sens. Un tiers des exportations mondiales de charbon, une des sources d'énergie qui rejette le plus de gaz à effet de serre, proviennent de l'immense île-continent, et la filière fournit quantité d'emplois aux Australiens.

Y a-t-il un lien entre ces incendies et le réchauffement climatique ?

Les incendies sont courants en Australie au moment du printemps et de l'été austral. Mais ils ont été particulièrement précoces et virulents cette année et les climatologues s'accordent à dire que le réchauffement de la planète rend les conditions encore plus propices à leur propagation.

Le Bureau météorologique australien confirme que "le changement climatique influence la fréquence et la sévérité des conditions de feux de forêt dangereux".  Dans une Australie en proie à une sécheresse prolongée, le chaos ravive le souvenir du "black saturday" de février 2009, lorsque 180 personnes avaient péri dans les feux de brousse. L'Australie s'est engagée lors de la COP21 à Paris en 2015 à réduire à l'horizon 2030 ses émissions de 26% à 28% par rapport à leur niveau de 2005. Les organisations de défense de l'environnement considèrent ces objectifs trop bas pour contenir la hausse des températures.

La coalition conservatrice du Premier ministre Scott Morrison est accusée de ne pas prendre la mesure du désastre en minimisant tout lien avec le réchauffement climatique alors que les incendies arrivent très tôt dans la saison estivale. Le leader du centre-droit, qui a remporté en mai les élections, ne nie pas la réalité du réchauffement mais a toujours contesté l'idée que la lutte contre ce fléau implique un virage économique pour son pays. Fait rare, il a cependant reconnu récemment que le changement climatique était l'un des "facteurs" à l'origine de ces centaines d'incendies dévastateurs.

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