Incendies : "Le pyromane jouit deux fois plus de sa pulsion quand c’est public" selon le criminologue Pierre Lamotte

Des canadairs larguent des tonnes d\'eau pour tenter d\'éteindre les flammes. 
Des canadairs larguent des tonnes d'eau pour tenter d'éteindre les flammes.  (MAXPPP)

Quatre jeunes auraient causé le départ d'une vingtaine de feux dans le Gard. Selon le criminologue Pierre Lamotte, il y a "une amplification du phénomène à cause de la télévision qui ne parle que de ça".

Quatre jeunes suspectés d’être à l’origine d'incendies ont été interpellés dans le Gard. Ils sont soupçonnés d’avoir causé une vingtaine de départs de feux, dans plusieurs secteurs du département ces deux derniers mois. Pierre Lamotte, psychiatre et criminologue a estimé ce vendredi 4 août sur franceinfo qu’il y avait "une amplification du phénomène" de la pyromanie liée notamment "à la télévision", "on a le droit aux ballets des Canadair à la télévision et on ne parle que de ça".

franceinfo : Que se passe-t-il dans la tête d’un pyromane ?

Pierre Lamotte : Il a une très grande difficulté à gérer son excitation interne. Ils ont l’air normal dans la vie de tous les jours mais quand ils peuvent se lâcher en cachette, ils revivent ce qu’ils n’ont pas pu gérer comme l’excitation et l’agressivité. Dans 99,9% des cas, c’est un homme. Un fait qui tient aux différences de psychologie entre l’homme et la femme. Il y a quelque chose qui tient à son petit robinet. Tous les garçons ont eu, à un moment dans leur vie, le besoin de se servir de leur engin et de le comparer aux autres. C’est une façon d’aménager le rapport à son corps et le rapport à l’excitation.

18 départs de feu ont été attribués à quatre jeunes dans le Gard, est-ce qu’il y a un phénomène de groupe ou les pyromanes agissent seuls ?

Oui et ce phénomène est amplifié par la télévision. Autrefois, quand on mettait le feu cela restait local. Maintenant on a le droit aux ballets des Canadair à la télévision et on ne parle que de ça. C’est une amplification terrible de la pulsion. Le pyromane ne reconnaît pas sa pulsion à lui mais il est capable d’en jouir et il en jouit deux fois plus quand c’est public et qu’on ne sait pas que c’est lui. Il y a un phénomène de surenchère.

Est-ce qu’on peut anticiper ce genre de comportement chez l'enfant ?

Tous les enfants qui jouent avec des allumettes ne deviennent pas pyromanes. Jouer avec le feu sur le plan de la métaphore c’est commun, il faut apprivoiser notre maîtrise de l’excitation pour devenir adulte. Il n’y en a que très peu qui restent frustrés de ne pas avoir pu le gérer. Plus la parole circule entre parents et enfants, moins on a de risques qu’un enfant garde dans son cœur quelque chose qu’il n’a pas pu exprimer et qu’il n’exprimera qu’en cachette. Soigner la pyromanie c’est comme pour la perversion sexuelle, cela prend la même forme de comportement clivé, séparé entre la version officielle et la version caché, pulsionnelle qui s’exprime toute seule. On est dans une impasse. Il faut le réconcilier avec lui-même et lui faire admettre les conséquences de ses actes. Ce n’est pas impossible.

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