Cinq questions qui se posent après l'incendie qui a fait au moins 10 morts à Paris

Des pompiers et un policier, dans la rue Erlanger, dans le 16e arrrondissement de Paris, où un violent incendie a fait au moins 10 morts, dans la nuit du 4 au 5 février 2019.
Des pompiers et un policier, dans la rue Erlanger, dans le 16e arrrondissement de Paris, où un violent incendie a fait au moins 10 morts, dans la nuit du 4 au 5 février 2019. (PHOTOPQR / LE PARISIEN / MAXPPP)

La femme suspectée d'être à l'origine du feu a été interpellée lundi matin. Sa garde à vue est levée et elle est désormais suivie en raison de son état psychologique. Mais des interrogations demeurent sur les circonstances dans lesquels le feu s'est propagé.

Après l'incendie qui a fait au moins 10 morts dans un immeuble du 16e arrondissement, mardi 5 février, l'enquête se poursuit. La femme suspectée d'être à l'origine du feu a été prise en charge à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police, quelques heures après son interpellation aux abords du bâtiment et un rapide placement en garde à vue. Mais des interrogations sont toujours en suspens, autant sur les circonstances qui ont permis au feu de se propager que sur ce qui attend les rescapés.

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Franceinfo détaille les questions qui se posent après le drame.

1Où les rescapés vont-ils être relogés ?

"Pour beaucoup, ils ont trouvé une solution auprès d'amis et de familles. De nombreux habitants se sont proposés pour accueillir les personnes qui n'avaient pas de solution d'hébergement, a déclaré sur franceinfo, mardi, Béatrice Lecouturier, conseillère Modem de Paris, élue du 16e arrondissement. A côté de cela, les personnes qui n'auraient trouvé aucun autre hébergement seront relogées par la mairie de Paris."

La mairie de Paris indique à franceinfo que pour la nuit de mardi à mercredi, seulement un couple et une personne seule ont sollicité le service d'aide mis en place par la mairie pour bénéficier d'un logement.

Colombe Brossel, adjointe à la mairie de Paris, chargée de la sécurité, indique à franceinfo que les autorités ont recensé 70 personnes qui vont avoir besoin d'une solution de relogement pérenne. Pour l'instant, celles qui ont été "mises à l'abri" en urgence par la mairie sont logées dans un hôtel situé juste derrière l'immeuble sinistré.

2Que vont devenir l'immeuble sinistré et les immeubles adjacents ?

L'immeuble sinistré est désormais interdit d'accès, a annoncé la mairie de Paris. "Il existe un danger grave et imminent pour les occupants. L’arrière de l’immeuble, ainsi que le sous-sol conjoint aux deux bâtiments, sont par conséquent soumis à un arrêté municipal d'interdiction d'occuper", écrit-elle sur son site.

L'arrêté en question (document PDF), qui a été pris après une première visite mardi par des architectes de sécurité de la préfecture de police, rapporte que "les poutres béton apparentes dans les circulations sont noircies" et qu'elles présentent des "dégradations superficielles". "Les planchers et cloisons sont calcinés, les faux-plafond dans les circulations sont effondrés, les planchers sont inondés par les eaux d'extinction", est-il également écrit.

Le Parisien et BFM TV évoquent un risque d'effondrement du bâtiment sinistré. Risque-t-il d'être détruit ? "Impossible pour l'instant de répondre à cette question", répond Colombe Brossel. Elle insiste sur la nécessité d'attendre une seconde visite des architectes de sécurité. Cette nouvelle inspection aura lieu à une date encore indéterminée. "Il faut attendre que les pompiers finissent d'enlever les gravats et qu'ils écartent tout risque de reprise d'incendie", explique Colombe Brossel, précisant que certains gravats sont encore brûlants.

Le bâtiment ravagé par les flammes peut avoir à subir des travaux mais leur ampleur reste encore à évaluer, a également affirmé Colombe Brossel, adjointe à la mairie de Paris, chargée de la sécurité.

"Une chose est sûre, les gens ne pourront pas rentrer avant longtemps dans ces logements", a déclaré sur BFM Paris Jacques-Frédéric Sauvage, maire-adjoint du 16e en charge du logement.

3L'immeuble était-il équipé d'extincteurs ?

Dans les faits, des extincteurs doivent obligatoirement être installés dans les cages d'escalier des immeubles dits "de grande hauteur", c'est-à-dire de plus de 50 mètres ou de plus de 28 mètres, si l'immeuble comprend des locaux autres que d'habitations, comme l'a expliqué franceinfo. Des extincteurs doivent également être installés dans les chaufferies et les parkings. Il doit également y avoir des portes coupe-feu pour accéder au local poubelle ou à la cave.

Dans le cas précis de l'immeuble sinistré de la rue Erlanger, difficile de savoir si les extincteurs dans les cages d'escalier étaient obligatoires car le bâtiment comptait huit étages, des logements et un local d'activité. "Les copropriétés qui souhaitent installer un extincteur dans leur cage d'escalier alors que la pose n'est pas obligatoire doivent voter la décision en assemblée générale", selon le site officiel de l'administration française.

Sollicitée par franceinfo sur la présence éventuelle d'extincteurs et sur les règles régissant le bâtiment en question, la préfecture de police de Paris renvoie vers le syndic. Interrogé à son tour, celui-ci n'a pas souhaité répondre aux questions de franceinfo.

4Les détecteurs de fumée ont-ils fonctionné ?

"Tout lieu d'habitation (appartement, maison) doit être équipé d'au minimum un détecteur avertisseur autonome de fumée (Daaf)", dit le site officiel de l'administration française. Mais un commandant des pompiers joint par franceinfo affirme que malgré cette obligation, tous les logements ne sont pas encore équipés et que les sanctions sont inexistantes.

Reste qu'au moins un détecteur de fumée a alerté des habitants de l'immeuble de la rue Erlanger, dans la nuit de lundi à mardi. "À une heure du matin, nous avons été réveillés par l’alarme incendie dans la chambre", a raconté au Parisien, Clément, 22 ans, qui réside au troisième étage.

5Des travaux en cours ont-ils contribué à rendre le feu plus violent ?

C'est ce qu'affirme une rescapée. L'escalier de l'immeuble était habillé par de la moquette et cette dernière était recouverte de plastique en raison de "travaux de rénovation réguliers dans les petits studios où les gens ne font que des passages", a-t-elle déclaré sur BFM TV. Selon cette femme, le plastique aurait aidé les flammes à se propager.

Fabrice, un policier qui habite au troisième étage de l'immeuble ravagé, confirme cette version. "Il y avait des travaux, du plastique au sol, donc forcément c'est parti au niveau de l'ascenseur et ça a gagné la cage de l'escalier, a-t-il déclaré à franceinfo. Du coup, la fumée arrivait de l'autre côté, on était pris en sandwich, il fallait faire vite."

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