Robot télécommandé, brumisateurs anti-odeurs… Quatre questions sur l'opération de dépollution de l'usine Lubrizol

Le site de l\'usine Lubrizol de Rouen, le 11 octobre 2019.
Le site de l'usine Lubrizol de Rouen, le 11 octobre 2019. (LOU BENOIST / AFP)

L'incendie a laissé de nombreuses séquelles sur le site rouennais de Lubrizol. Parmi elles : 1 389 fûts métalliques dégradés et inutilisables. Ils doivent être enlevés à partir de ce mardi.

Les fûts éventrés vont (enfin) être évacués. Près d'un mois après l'incendie de l'usine Lubrizol de Rouen, les opérations de dépollution du site commencent, mardi 22 octobre. Le même jour, le PDG du groupe américain, Eric Schnur, doit être entendu par les députés puis les sénateurs afin "d'évaluer la gestion des conséquences environnementales, sanitaires et économiques" du sinistre. Sur place, interrogations et inquiétudes sur les conséquences du sinistre persistent. Franceinfo répond aux questions sur cette opération de dépollution très attendue (et redoutée) par les riverains.

1Comment va se dérouler la dépollution du site ?

L'incendie a laissé de nombreuses séquelles sur le site de Lubrizol. Parmi elles : 1 389 fûts métalliques dégradés et inutilisables. Plus précisément, 160 d'entre eux présentent des risques, selon les autorités. Ces bidons d'environ 200 kg contiennent des matières chimiques potentiellement dangereuses. Parmi elles, une substance qui, une fois chauffée, peut donner lieu à des émanations de sulfure d'hydrogène (H2S), un gaz "extrêmement dangereux", et de Mercaptan, un gaz "très incommodant", selon l'Etat. 

L'enlèvement de ces fûts "dans un état délicat" sera mené en journée, hors week-ends, et doit commencer mardi, pour une durée de deux mois, a détaillé la préfecture. Une opération très délicate qui va mobiliser un robot intervenant "dans un dispositif étanche et pressurisé". Cette machine, commandée à distance par du personnel qualifié, devra attraper chacun des fûts avec une pince, puis neutraliser le liquide dans un bac contenant de la soude, précisent Les Echos.

Reste à sortir ces matières de la zone sinistrée. "Le robot triera, traitera et neutralisera les matières pour préparer leur évacuation. Les matières ainsi traitées seront acheminées par camion-citerne" en direction du centre de traitement de déchets dangereux Sedibex du Havre, filiale de Veolia, indique la préfecture. L'entreprise a déjà traité "194 tonnes de déchets en lien avec l'incendie de Lubrizol issus des pompages des déchets sur le site, de fûts brûlés, d'eaux d'extinction et de produits d'émulsion utilisés par les pompiers pour éteindre l'incendie", détaille François Thuillier, son directeur général, dans Les Echos. Les fûts vidés seront ensuite transportés dans des bennes étanches par voie routière.

2Quelles sont les précautions prises pour les riverains ?

Si l'enlèvement des fûts ne commence que maintenant, des travaux ont déjà débuté depuis plusieurs semaines sur le site. L'objectif ? Mettre en place un équipement provisoire de confinement de 1 000 m2 en dépression d'air pour recouvrir entièrement la zone des fûts et protéger les riverains de toute émanation dangereuse. "L'air capté dans cette structure fait l'objet d'un traitement d'odeur. Le procédé technique mis en place repose sur trois barrières de sécurité : une première enveloppe étanche, une deuxième enveloppe à l'intérieur, faisant office de sas, et des brumisateurs internes et externes afin de neutraliser les éventuelles odeurs", précise la préfecture.

Mais ces précautions n'éliminent pas toutes les nuisances. Des "odeurs dues à des nappes résiduelles d'hydrocarbures peuvent encore être ressenties ponctuellement" à Rouen "en raison des conditions météorologiques". Et cela malgré la mise en place de "brumisateurs avec diffusion de produits neutralisants d'odeurs pour diminuer les possibles nuisances olfactives", rappelle la préfecture.

ce sujet, le préfet de Normandie, Pierre-André Durand, a annoncé, vendredi, avoir adressé à Normandie Logistique "un projet d'arrêté de mise en demeure pour la cessation des odeurs", dues notamment à une nappe d'hydrocarbure au pied d'un bâtiment "très fragilisé". Le directeur régional de l'environnement, Patrick Berg, a parlé d'odeurs émanant d'une "bouillasse" au pied du hangar 2 et d'un "magma sec" et de "poches humides" dans le hangar 3. La mise en demeure concerne aussi des "empilements de fûts qui font un peu tour de Pise", selon lui. Ce qui ne devrait guère rassurer les riverains.

3Qui va payer la facture finale ?

Le gouvernement le martèle : la société Lubrizol va payer et "devra indemniser" tous ceux qui ont souffert des conséquences de l'incendie, notamment les opérations de dépollution. "On est sur un principe de pollueur-payeur", rappelle la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne. Même son de cloche du côté de la direction de l'usine. Eric Schnur a promis, dans un entretien au Figaro, d'"aider le plus vite possible les agriculteurs (…) affectés par les conséquences de l'incendie" ainsi que "les populations pénalisées et impactées par le sinistre". L'entreprise a ainsi prévu la mise en place d'un fonds de solidarité pour aider notamment les agriculteurs, qui serait abondé à hauteur de 50 millions d'euros.

Mais la situation pourrait être plus complexe que cela. "Il y a une réglementation qui existe en France pour les risques industriels. Les entreprises doivent constituer des réserves financières en cas d’accident, c’est-à-dire des provisions. En plus de cela, les sites industriels ont des assurances. Mais cette responsabilité est plafonnée à une certaine somme. Au-delà de ce seuil, qui va payer ? Le contribuable", s'inquiète Guillaume Blavette, administrateur de l'association France nature environnement, dans 20 Minutes.

4Quelles sont les restrictions toujours en vigueur dans la région ?

Les dernières restrictions de commercialisation de produits agricoles mises en place après l'incendie ont été levées, vendredi 18 octobre. Mais une "surveillance rapprochée" des produits va être maintenue, a annoncé le ministère de l'Agriculture. Ces dernières restrictions concernaient le miel, les œufs, les poissons d'élevage ainsi que les produits végétaux. Le ministère avait déjà levé les mesures de restriction pour le lait et les produits laitiers quelques jours auparavant.

Cette décision a été prise à la suite de 502 analyses de denrées alimentaires prélevées après l'incendie par l'Agence nationale de sécurité sanitaire et de l'alimentation (Anses). Son avis conclut "que ces résultats ne dépassent pas les teneurs maximales réglementaires". Seul hic : ils mettent toutefois en évidence "des concentrations en plomb supérieures aux teneurs maximales réglementaires" pour "quatre échantillons de légumes (deux légumes-feuilles et deux légumes-racines non lavés)".

Tous les risques ne sont pas écartés. Les experts de l'agence recommandent "la mise en place d'un plan de surveillance adapté" sur la durée des œufs et du lait, car "une accumulation dans ces denrées de certains contaminants liés aux retombées n'est pas à exclure, du fait de l'ingestion par les animaux de terre et/ou d'aliments potentiellement contaminés". De même, "l'éventuelle contamination des sols liée à l'incendie pourrait impacter à terme les productions végétales du fait du transfert sols-racines-plantes".

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