Homicide familial en Guadeloupe : ces hommes qui "redoutent l'abandon"

174 personnes, en grande majorité des femmes, sont mortes en 2012, victimes de leur conjoint ou ex-conjoint, selon une étude du ministère de l\'Intérieur publiée samedi 8 juin 2013.
174 personnes, en grande majorité des femmes, sont mortes en 2012, victimes de leur conjoint ou ex-conjoint, selon une étude du ministère de l'Intérieur publiée samedi 8 juin 2013. (SIMONE BECCHETTI / GETTY IMAGES)

Les meurtres conjugaux peuvent avoir pour victimes collatérales d'autres membres de la famille. Francetv info s'interroge sur les profils de ces agresseurs avec une psychiatre. 

Six membres d’une famille ont été tués en Guadeloupe, samedi 29 juin au soir. L'auteur présumé des faits, retrouvé mort dans sa voiture dimanche, était le père de la famille. Une brouille conjugale qui tourne au drame familial ? On ne connaît pas encore la cause exacte de ce geste. Toutefois, il ne s'agit pas d'un cas isolé : en 2012, 174 personnes sont mortes, victimes de leur conjoint ou ex-conjoint. De même, l'étude du ministère de l'Interieur pour 2012 note que neuf enfants ont été tués par leur père en même temps que leur mère.

Peut-on dresser un type psychologique de ces agresseurs ? Explications avec Geneviève Reichert-Pagnard, psychiatre et auteure du livre Crimes impunis.

Francetv info : Peut-on parler d'un profil psychologique des auteurs d'homicides familiaux ?

Geneviève Reichert-Pagnard : Si on se penche sur les profils d'agresseurs conjugaux, on distingue trois types récurrents : tout d’abord, les manipulateurs destructeurs, qui se servent des autres tout en leur imposant leur mode de fonctionnement. Ils partagent des traits de personnalité avec les pervers narcissiques. Ensuite, il y a des psychopathes, qui peuvent réagir de manière imprévisible, et dont la violence se révèle instantanée. Et enfin, des paranoïaques, très "procéduriers", qui ne mettent jamais en cause leur comportement ou raisonnement.

Cependant, dans chaque cas, il faut tenir compte d'éléments individuels : l’agresseur était-il dépressif ? Souffrait-il de maladies psychiques, comme la schizophrénie ? S’agissait-il d’un acte commis en plein délire ? Le passage à l'acte s'est-il fait sous l’effet de l'alcool ou d’autres stupéfiants... Une personne pouvant d'ailleurs cumuler plusieurs de ces caractéristiques.

Comment expliquer que ces agresseurs tuent leur conjoint(e), mais aussi d'autres membres de leur famille ?

Il est difficile de savoir ce qui se passe exactement dans leur têtes, car les conditions de l’acte ne sont jamais les mêmes. Si on met de côté les cas où l'agresseur a agi en plein délire, sous l'emprise de la drogue ou de l'alcool, il nous reste plusieurs scénarios. Notamment : on tue les enfants avant son conjoint pour se venger de lui, car les enfants représentent ce que son partenaire aime le plus. Dans le cas des paranoïaques, ils peuvent s'imaginer un complot, ou encore que les membres de la famille veulent les abandonner. 

On mentionne comme une des causes majeures de l'homicide le "drame de la séparation". Une rupture peut-elle vraiment déclencher une telle violence ?

Il s'agit d'un refus de la séparation, non parce que l'agresseur "aime la victime et ne peut pas envisager sa vie sans elle", mais parce qu'il redoute l'abandon. Donc ce n'est pas "un acte de passion", mais une tentative de garder le contrôle.

D'ailleurs, les essais de séparation sont souvent suivis de disputes. Pour des manipulateurs destructeurs par exemple, la querelle est un moyen pour réduire le partenaire au silence : si ce dernier se "rebelle" et essaie de se faire entendre, la réaction est violente, et l’agresseur va sûrement tenter de lui faire mal.

Il faut savoir que les homicides conjugaux sont le degré ultime des agressions que les victimes subissent des années durant, des reproches, des insultes, des irruptions brutales de colère et de violence provoquées par de petits détails, sans que l’on sache pourquoi ils déclenchent de telles réactions.

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