À Lyon, une cellule d'aide psychologique a été ouverte pour soutenir les témoins de l'explosion au colis piégé

L\'explosion dans le centre-ville de Lyon a fait 13 blessés, le 24 mai 2019.
L'explosion dans le centre-ville de Lyon a fait 13 blessés, le 24 mai 2019. (J PHILIPPON / MAXPPP)

Près de 48 heures après l'attaque à Lyon qui a blessé 13 personnes, une cellule psychologique accueille les témoins, touchés de près ou de loin par la violence de l'explosion.

Après l'explosion au colis piégé qui a fait 13 blessés, vendredi 24 mai 2019, en plein centre-ville de Lyon, le principal suspect est toujours en fuite. Une cellule d'aide psychologique a été ouverte dès vendredi soir dans un gymnase de la ville. 

Patricia est venue sur les conseils de sa fille, qui lui a dit qu’elle avait besoin de parler. Vendredi, la quinquagénaire a entendu le colis exploser juste derrière elle. Depuis, elle se reproche de ne pas avoir remarqué le suspect, de ne pas avoir aidé les victimes, de ne pas avoir empêché l’explosion. "Quand le procureur a relaté le trajet de la personne à vélo, c’est quelque chose de dingue parce qu’elle est passée à côté de moi, et moi je ne l’ai pas vue", confie-t-elle. "Pourquoi ? Parce que je regardais une vitrine. Je regardais des vêtements, bêtement, et la personne est passée", explique Patricia.

Je n’ai pas été touchée physiquement, alors pourquoi est-ce que je ressens ça ?Patriciaà franceinfo

La police a diffusé samedi 25 mai deux nouvelles photos du suspect, extraites des vidéos enregistrées par les caméras de vidéosurveillance. Depuis, Patricia est déstabilisée : "J’étais dans le bus, il y a une pétarade, et  ça m’a vite fait sursauter, je me suis dit : 'qu’est ce qui se passe ?".

Un sentiment d'insécurité

"On a vu des gens dans la détresse qui sont passés, qui ont eu très peur, qui ont imaginé des choses, qui sont restées avec ces idées en tête, et c'était important qu'ils viennent", explique Nathalie Prieto, psychiatre et coordinatrice de cette cellule d’aide. Elle bat en brèche l’idée selon laquelle cette succession d’attaques dans des lieux publics aurait créé une "habitude" : "C’est exactement l’inverse. Chaque événement vient en rappeler un autre, douloureux. Et le sentiment d’insécurité, pouvant être presque au quotidien, fragilise les gens", selon elle.

"Ce qui est parfois surprenant, c'est que quand bien même l'événement n'est pas 'majeur', la réalité perçue par certaines personnes est parfois effectivement très douloureuse, parce que quand les gens passaient devant l'explosion, ils n'étaient pas censés savoir que c'était limité, qu'il n'y avait que des blessés, donc l'impact psychique a été majeur", raconte la psychiatre. Elle ajoute : "On se retrouve parfois, et c'est le cas, avec des gens qui présentent des troubles auxquels on ne se serait pas forcément attendu".

Une quinzaine de personnes sont venues consulter les psychiatres et psychologues de la cellule, samedi 25 mai. Elle est toujours maintenue, deux jours après l'attaque.

Reportage de Sarah Tuchscherer
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