Procès de Redoine Faïd : quatre ans après leur prise en otage, les surveillants de prison racontent leur traumatisme

La prison de Sequedin, dans le Nord, le 15 avril 2013. (Photo d\'illustration)
La prison de Sequedin, dans le Nord, le 15 avril 2013. (Photo d'illustration) (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Le procès de Redoine Faïd s'est ouvert depuis lundi aux assises du Nord. Pour le troisième jour du procès, la parole était donnée aux suveillants pris en otage. À la barre, Anne se souvient "ce jour-là, il m'a tuée, la femme que j'étais est morte".

La cour d’assises du Nord a écouté au troisième jour de procès, mercredi 9 mars, les témoignages des surveillants pris en otage par Redoine Faïd, lors de son évasion de la prison de Sequedin, dans le Nord, le 13 avril 2013, rapporte France Bleu Nord.

Quatre gardiens de prison sont concernés. Redoine Faïd les avait menacés d'une arme. Aujourd’hui, les quatre surveillants de prison se disent encore traumatisés."Ce jour-là, il m'a tuée, la femme que j'étais est morte", a expliqué Anne, à la barre, lors de son récit de l'évasion.

"J'ai vu la mort en face"

Elle n'était pas censée travailler ce 13 avril 2013 mais était venue spontanément pour former un collègue. Elle est la première à avoir été braquée par Redouane Faïd. "J'ai tenté de le poursuivre pour renseigner les renforts, raconte Anne, mais il m'a braquée à nouveau en menaçant de tuer mes collègues."

À la suite de l'évasion, un psychiatre a diagnostiqué chez Anne une "névrose post-traumatique" à cause de cauchemars et d’une agoraphobie, c'est-à-dire une peur des lieux publics. Elle a changé de poste mais son quotidien au travail a également été bouleversé. "Aujourd'hui, je mets toujours un objet entre les détenus et moi, ou alors je ne les vois jamais seuls", a détaillé Anne.

"J'ai vu la mort en face, ma vie est brisée", a raconté de son côté Sebastien. Il dit aussi ressentir "de la honte" de ne pas être parvenu à neutraliser Redoine Faïd. Jean-Luc n'a jamais repris le travail : "J'ai tout perdu, je ne peux plus vivre que seul, j'ai divorcé, vendu ma maison et je vois à peine mes enfants." Quant à Miguel, il a raconté que "les cauchemars sont revenus à l'approche du procès, on y repensera toute notre vie".

Mutisme de Redoine Faïd

Le procès aurait dû être un soulagement pour eux, mais le mutisme de Redoine Faïd les en a privés, précise le journaliste de France Bleu Nord qui couvre le procès.

L'organisation minutieuse de l'évasion laisse en effet penser que Redoine Faïd a bénéficié de complicités parmi les surveillants, mais lui n'aura rien révélé ces derniers jours. D'après certains témoignages, la méfiance règne entre les gardiens depuis cette histoire. "On se demande le matin si le collègue qui nous fait la bise n'a pas aidé Faïd."

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