Évasion de Redoine Faïd : "Le personnel voit des choses mais nous ne sommes jamais écoutés"

La prison de Réau (Seine-et-Marne), où était incarcéré Redoine Faïd
La prison de Réau (Seine-et-Marne), où était incarcéré Redoine Faïd (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Un agent pénitentiaire avait demandé le transfèrement de Redoine Faïd, dont le comportement avait changé quelques semaines avant son évasion.

"Quand on a signalé toutes ces choses comme quoi Redoine Faïd allait partir, ça n'a pas été pris en compte au sein de la direction nationale", a accusé, lundi 2 juillet sur franceinfo, Yoan Karar, secrétaire général adjoint du syndicat SNP-FO des personnels de surveillance pénitentiaire. Le changement de comportement du braqueur quelques semaines avant son évasion avait alerté les agents pénitentiaires de la prison de Réau (Seine-et-Marne). Le transfèrement de Redoine Faïd dans un autre établissement pénitentiaire avait été demandé le 22 juin par un agent de l’administration pénitentiaire, a appris franceinfo de sources syndicales, après avoir eu accès à des échanges de mails.

franceinfo : La sécurité des personnels est en jeu, semble dire ce mail adressé à l'administration pour demander le transfèrement de Redoine Faïd. Qu'est-ce que ça vous inspire ?


Yoan Karar : On ressent de la colère, et c'est un sentiment partagé par tous les personnels de Réau. Le travail en amont est fait sur le terrain, c'est au niveau central que ça ne suit pas. On se bute toujours à cette même bêtise : le personnel voit des choses mais nous ne sommes jamais écoutés. Quand vous avez à la tête de l'administration pénitentiaire des gens qui ne sont pas issus du rang, quand vous remontez un certain nombre d'informations, elles peuvent être très mal interprétées. Résultat des courses, quelque chose qui pour nous est urgent, et ça a été le cas pour Réau, quand on a signalé toutes ces choses comme quoi Redoine Faïd allait partir, ça n'a pas été pris en compte au sein de la direction nationale.

Les personnels pénitentiaires ne sont pas pris au sérieux dans leur missionYoan Kararfranceinfo

Pour pratiquer toutes ces personnes dans les hautes sphères, on a l'impression que quand on leur décrit la vie carcérale, ils la découvrent et ont parfois l'impression qu'on en rajoute. Alors que le quotidien, on le connaît.

Comment peut-on imaginer que le risque d'évasion n'ait pas été pris en compte par le bureau de gestion de la détention et des missions extérieures ?


Ces bureaux sont noyés sous les dossiers. Un certain nombre d'informations remonte et redescend très difficilement. Malheureusement, nous n'avons quasiment aucun retour sur ce qu'on peut voir et recueillir comme informations. Le directeur pénitentiaire est normalement le moteur de notre administration. Malheureusement, il n'est pas du tout dans ce qu'on pourrait attendre d'un directeur.

La direction a pourtant répondu et décidé d'attendre septembre pour transférer Redoine Faïd vers un autre centre pénitentiaire. Ce délai peut-il s'expliquer par un manque de moyens ailleurs ?


L'enquête le dira, mais je pense qu'il y a aussi eu une volonté d'acheter la paix sociale en maintenant ses liens familiaux pendant quelques semaines. Redoine Faïd est issu de ce lieu géographique, or qui dit transfèrement dit éloignement.

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