Enlèvement de Chloé : une enquête ouverte pour "viol"

Chloé, cachée par sa mère, arrive chez elle, à Barjac (Gard), dans une voiture de gendarmes, le 17 novembre 2012.
Chloé, cachée par sa mère, arrive chez elle, à Barjac (Gard), dans une voiture de gendarmes, le 17 novembre 2012. (PASCAL GUYOT / AFP)

La jeune fille, retrouvée vendredi dans un coffre de voiture en Allemagne, a commencé à parler aux enquêteurs. Son ravisseur présumé devrait être extradé prochainement. Francetv info fait le point sur les différents éléments de l'enquête.

FAITS DIVERS - L'information judiciaire ouverte dans l'affaire de l'enlèvement de la jeune Chloé vise des faits d'enlèvement, de séquestration mais aussi de viol. C'est ce qu'indique l'AFP lundi 19 novembre.

Chloé Rodriguez, 15 ans, a été entendue dimanche 18 novembre à Nîmes (Gard) par les gendarmes chargés d’enquêter sur son enlèvement. Elle avait été retrouvée vendredi à Offenbourg, en Allemagne, ligotée dans le coffre d'une Audi dont le conducteur a déjà été condamné en France pour violences et agression sexuelle.

Kamel B., son ravisseur présumé, détenu en Allemagne, devrait être extradé dans les prochains jours. "Vu que le suspect et la victime sont français tous les deux, et que les délits se sont déroulés surtout en France, de notre point de vue il n'y a rien qui s'oppose à une extradition rapide", a déclaré le procureur allemand chargé de l'enquête, Herwig Schäfer, lundi devant la presse. Francetv info fait le point sur les éléments connus.

Ce qu'a subi Chloé

L'information judiciaire vise donc des faits d'enlèvement et de séquestration, mais aussi de viol. Selon LCI, Chloé aurait expliqué aux enquêteurs avoir été violée à plusieurs reprises par son ravisseur, contrairement à ce que laissait entendre le procureur de la République de Nîmes, Robert Gelli, vendredi. Les médecins auraient confirmé les viols, selon la chaîne. Cette information n'a toutefois pas été confirmée par la source judiciaire de l'AFP.

Selon une source proche du dossier, un des messages adressés par la police allemande aux autorités françaises "faisait allusion à un viol", mais lundi, le procureur allemand s'est refusé à tout commentaire sur la question. "Je ne veux rien en dire aujourd'hui, d'une part pour protéger la victime et d'autre part pour ne pas gêner l'enquête", a-t-il expliqué. Chloé "n'a jamais été menacée physiquement, elle a passé sept jours dans la voiture et a été deux fois en Allemagne", a affirmé le procureur allemand, cité par Philippe Castel, journaliste à France 3.

Durant sa semaine de captivité, la jeune fille a réussi à établir un dialogue "rationnel" avec son ravisseur par moments, selon ses parents. "Chloé nous a dit qu'elle avait réussi à avoir un dialogue avec ce monsieur", a raconté son père, ajoutant qu'"elle obéissait à tous ses ordres", car "tout ce qu'elle voulait, c'était rester en vie""C'est très classique, cette relation qui s'instaure entre un bourreau et sa victime : des parts d'humanité réapparaissent, souvent grâce à l'attitude de la victime", explique le pédopsychiatre Marcel Rufo. "Faire semblant de se soumettre est aussi une façon de ne pas avoir peur", ajoute-t-il.

Comment Chloé a été retrouvée

La jeune fille a été retrouvée vendredi à Offenbourg (Allemagne). Elle se trouvait ligotée dans le coffre d'une voiture. Son conducteur, Kamel B., a déjà été condamné en France pour violences et agression sexuelle. Selon Philippe Castel, journaliste à France 3, quand Chloé est sortie du coffre, elle était prostrée et a refusé de boire et de manger. Elle a eu peur que son ravisseur l'abandonne dans un endroit désert, enfermée dans le coffre. Elle ne présentait pas de traces de violences physiques, si ce n'est la marque de ses liens sur les poignets. 

Comment elle a été enlevée

Chloé n'avait plus donné de nouvelles depuis qu'elle avait quitté à scooter, le vendredi 9 novembre vers 17h30, le domicile d'une amie situé à une dizaine de kilomètres de son village, Barjac (Gard). Son deux-roues avait été retrouvé dans la soirée, abandonné devant chez ses parents. Ceux-ci ont expliqué samedi que leur fille avait été "prise par force" par "un individu qui s'[était] arrêté" devant chez eux. "Je pense que ça n'a pas été prémédité. C'est un acte insensé", a estimé son père.

Kamel B. a déclaré aux enquêteurs qu'il s'était attaqué à Chloé "par hasard", a expliqué lundi le procureur allemand. "Le mis en examen cherchait une victime, il roulait dans une voiture volée, et par hasard il est arrivé à l'endroit où elle habitait, a expliqué Herwig Schäfer. Et par hasard, à ce moment-là, elle rentrait à la maison, il l'a vue et a décidé de l'enlever, de la contraindre à monter dans la voiture."

Les antécédents judiciaires de son agresseur présumé 

Kamel B., 32 ans., a déjà été condamné en 2009 à cinq ans de prison, dont trois ferme, pour agression sexuelle. Sorti de prison le 14 septembre, le ravisseur présumé "avait une convocation au service pénitentiaire d'insertion et de probation le 24 septembre à Avignon, mais il n'y est jamais allé", a indiqué le procureur de Nîmes.

Une source judiciaire, qui a eu affaire à Kamel B. entre 2007 et 2009, le décrit comme étant alors "en situation d'errance psychologique", disant "à l'époque où il a été arrêté : 'il faut qu'on me soigne'." "Il se baladait dans sa voiture, il était complètement à l'ouest, il croisait une joggeuse, il l'agressait. Les premières fois, devant la résistance de ses victimes, il avait abandonné et elles avaient réussi à s'enfuir", se souvient cette source.

Comment Kamel B. a échappé aux autorités 

"Par un simple changement d’adresse, le suspect n'était pas sur la liste des délinquants sexuels ciblés par les enquêteurs", explique Le Parisien. Kamel B. aurait donné à sa sortie de détention une adresse dans le Vaucluse, département voisin du Gard. "Un foyer de travailleurs à Avignon où il n’a jamais mis les pieds", indique le journal. C’étaient donc les services du parquet d’Avignon "qui étaient en charge de son suivi sociojudiciaire".

"Aucun avis de diffusion mentionnant l’obligation de rechercher cet homme n’a d’ailleurs été émis par les autorités judiciaires", précise Le Parisien.

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