"En onze ans que je vis ici, je n'ai jamais vu une telle scène" : à Garges-lès-Gonesse, les témoins du lynchage racontent

Sur le marché Garges-lès-Gonesse, dans le Val d\'Oise, quelques jours après le lynchage, mercredi 26 septembre, d\'un adolescent de 17 ans quartier de la Dame blanche.
Sur le marché Garges-lès-Gonesse, dans le Val d'Oise, quelques jours après le lynchage, mercredi 26 septembre, d'un adolescent de 17 ans quartier de la Dame blanche. (ADRIEN BOSSARD / RADIO FRANCE)

Après le lynchage d'un adolescent de 17 ans par une dizaine de personnes mercredi à Garges-lès-Gonesse, les habitants témoignent de la violence de l'agression. Un déchaînement qui ne les surprend même plus.

Deux adolescents dont un mineur ont été mis en examen et écroués samedi 29 septembre pour "tentative d'homicide". Ils sont soupçonnés d'avoir participé avec une dizaine d'autres personnes au lynchage ultra-violent d'un jeune de 17 ans mercredi 26 septembre, sur fond de rivalité entre deux quartiers. Le pronostic vital de la victime, un temps engagé, ne l'est plus aujourd'hui. Le jeune homme reste hospitalisé dans un état grave, avec 67 points de suture à la tête.

Barres de fer et boules de pétanque

En bas des immeubles du quartier de la Dame blanche, quelques traces de sang sont encore visibles sur le parking où l'agression s'est produite.

Le quartier de la Dame blanche où a eu lieu l\'agression.
Le quartier de la Dame blanche où a eu lieu l'agression. (ADRIEN BOSSARD / RADIO FRANCE)

En se rendant au marché, Nadia fait un détour pour ne pas les voir. Témoin de la scène, elle reste traumatisée. "J'étais dans le parc avec mes enfants. On a entendu des tirs. On s'est rendus sur place et on a vu le jeune à terre, avec une dizaine d'autres qui lui tapaient dessus". L'adolescent a été frappé à coups de barre de fer, de boules de pétanque et de bâtons. Des agressions il y en a dans le quartier, mais elles sont rarement d'une telle violence : "Ça fait onze ans que je vis ici. Je n'ai jamais vu une telle scène. Ça fait peur".

Depuis mercredi, Philippe n'est plus tranquille lorsque son fils de 14 ans sort dehors. "Pas question de le laisser traîner. Je suis partout avec lui. C'est aux parents de s'occuper de leurs enfants. C'est honteux de voir des choses comme ça."

La loi du plus fort

Le fond de cette histoire serait une rivalité entre deux quartiers. Et parfois, un petit rien peut vite envenimer les choses. "On se bat pour un regard, ou juste pour savoir qui est le plus fort", raconte Samir*. À 16 ans, il vit à Garges-lès-Gonesse depuis toujours. Il connaît bien les protagonistes du lynchage de mercredi. Certains agresseurs sont ses amis, mais il ne cautionne pas. "Ils commencent des embrouilles et voilà comment ça se finit. Ils n'assument plus après", dit-il.

De toute façon, ça n'apporte rien, à part faire pleurer des mamans.Samir*à franceinfo

Le problème est surtout que ces jeunes, victimes ou agresseurs, refusent l'aide ou les conseils des éducateurs. "Je ne sais pas pourquoi ils se battent", déplore Sarah Sellals, la responsable des cinq centres jeunesse de la ville. "Malheureusement, nous n'avons pas une cape de super-héros, et c'est un fait : on ne peut pas sauver tout le monde, même si ça me fait mal au cœur de le dire." Elle rappelle que ses structures seront toujours présentes et ouvertes pour les jeunes qui le souhaitent, "mais il faut vouloir venir."

Elle le sait, il y a encore beaucoup à faire. Garges-lès-Gonesse est la quatrième ville la plus pauvre de France, avec un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne nationale.

*Le prénom a été changé.

A Garges-lès-Gonesse, les témoins du lynchage racontent - reportage Adrien Bossard
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