VIDEO. La mairie de Marseille avait-elle connaissance d'un rapport très inquiétant sur l'état des immeubles effondrés ?

ENVOYÉ SPÉCIAL / FRANCE 2

Le 5 novembre 2018, huit personnes sont mortes dans les décombres de leur immeuble, effondré à Marseille. Pourquoi le 65, rue d'Aubagne n'a-t-il pas été évacué alors que des alertes avaient été données ? Cinq semaines avant le drame, un rapport accablant avait été établi. "Envoyé spécial" a interrogé l'adjoint au maire à la prévention des risques. 

Le 5 novembre 2018, deux immeubles insalubres se sont effondrés en quelques secondes à Marseille, ensevelissant huit personnes sous les décombres. Pourquoi le 65, rue d'Aubagne n'a-t-il pas été évacué alors que des alertes avaient été données à plusieurs reprises ?

Le 27 septembre 2018, cinq semaines avant le drame, un rapport accablant a été adressé à tous les syndics et tous les propriétaires de trois immeubles insalubres de la rue d'Aubagne. Le numéro 65, où ont péri les victimes, était une copropriété, mitoyenne de deux immeubles en piteux état. Le numéro 63, propriété de Marseille Habitat, était vide et en partie muré. Comme le 67, appartenant à un syndic.

"Un risque à court terme"

Ce rapport de 75 pages a été rédigé par un expert qui a visité ces immeubles près d'une dizaine de fois depuis 2014. Les photos et les conclusions sont alarmantes : "La façade du 65 est affaissée verticalement de 5 à 8 cm", "Le mur mitoyen entre le 67 et le 65 est fortement gonflé à sa base", "Les désordres mettent en péril les immeubles, continuant à évoluer". Le rapport conclut à "une faiblesse structurelle représentant un risque pour les biens et les personnes à court terme aux 65 et 67 rue d'Aubagne".

Selon la loi, en cas d'immeuble dangereux, si le syndic ou les propriétaires sont défaillants, la mairie a le pouvoir de lancer en urgence une procédure de péril imminent. Avait-elle connaissance de ce rapport très inquiétant ? La journaliste d'"Envoyé spécial" Perrine Bonnet a apporté ces 75 pages, désormais au cœur de l'enquête judiciaire, à l'adjoint au maire à la Prévention et la Gestion des risques, Julien Ruas. Surprise : celui-ci n'a pas lu ce rapport... il n'en a eu connaissance, dit-il, "que trois jours après l'effondrement des trois bâtiments". L'adjoint plaide la "gestion de crise au long cours" et renvoie à la justice pour établir "la responsabilité des uns et des autres".

Extrait de "Marseille, une ville effondrée", un reportage diffusé dans "Envoyé spécial" le 13 décembre 2018.

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