Immeubles effondrés à Marseille : "Les responsabilités sont collectives, personne n'est en train de se dédouaner", assure l'adjointe au logement

Les secours à pied d\'oeuvre, le jour de l\'effondrement des immeubles.
Les secours à pied d'oeuvre, le jour de l'effondrement des immeubles. (LOIC AEDO / AFP)

Alors que la mairie est pointée du doigt par les habitants, Arlette Fructus estime que "personne n'est en train de se dédouaner", mais que les élus sont "muselés dans des procédures".

"Les responsabilités sont collectives, personne n'est en train de se dédouaner", déclare l'adjointe au maire de Marseille chargée du logement, de la politique de la ville et de la rénovation urbaine, Arlette Fructus, mercredi 7 novembre sur franceinfo, alors que l'effondrement de trois immeubles lundi 5 novembre dans la rue d'Aubagne a fait au moins six morts. L'adjointe rappelle que les interventions "sont contraintes et encadrées par la loi, qui nous a muselés dans des procédures".

franceinfo : Un immeuble de la rue Pythéas a été évacué mercredi 7 novembre à Marseille, les secours craignent un "effet domino" dans la rue d'Aubagne. Les habitants vous font-ils remonter leurs inquiétudes ?

Arlette Fructus : Les retours que nous avons, c'est que les habitants sont inquiets. Ce sont plus des appels de signalement qui mobilisent maintenant nos équipes de secours pour aller vérifier sur place si effectivement il y a des dangers. On est un peu dans un état d'esprit de psychose donc il faudrait quand même apaiser tout le monde. On est dans une ville de 860 000 habitants, la deuxième ville de France, c'est deux fois et demie la superficie de Paris. On a un habitat ancien avec des constructions tout à fait particulières puisque ce ne sont pas des constructions bétonnées. Cet habitat ancien est fragilisé et nous sommes évidemment particulièrement conscients de la situation. Nous sommes sur de l'habitat privé sur lequel les interventions que doivent légitimement faire les propriétaires privés ne sont pas toutes faites pour des raisons soit personnelles parce qu'ils n'ont pas les moyens, soit pour d'autres raisons qui font que les bâtiments se dégradent et donc la municipalité est interpellée pour venir suppléer ces carences des propriétaires. Et la difficulté, c'est que comme on est sur de la propriété privée, on a des interventions qui sont contraintes et encadrées par la loi, qui nous a muselés dans des procédures, des expertises, on attendait des rapports d'experts, on a des procédures engagées qui sont longues. 

Plusieurs habitants demandent publiquement la démission du maire de Marseille Jean-Claude Gaudin. Est-il responsable ?

C'est une erreur. [Dans son rapport] Christophe Nicol, qui est allé voir les services de l'Etat comme ceux de la ville, pointe du doigt autant l'État que la ville. Les responsabilités sont collectives, personne n'est en train de se dédouaner. C'est un problème vraiment global et il y a des réactions depuis qui ont eu lieu. Par exemple, ce gouvernement a pris en compte nos préoccupations concernant la durée des procédures puisque dans la loi Elan, qui n'est pas encore promulguée, il y a tout un aspect qui nous permettra d'avoir des procédures simplifiées. C'est déjà une avancée. Ensuite, il y a des avancées sur le traitement des marchands de sommeil, puisque la loi Elan prévoit des sanctions bien plus fortes sur les marchands de sommeil. Simplement, pour sanctionner les marchands de sommeil, il faut d'abord les identifier, et on a une faiblesse là au niveau de l'identification, on n'a pas de dispositif suffisant.

Pensez-vous que ce discours qui renvoie la faute aux autres est audible, aujourd'hui, pour les Marseillais ?

Je ne dis pas que c'est la faute de l'autre. Je dis que c'est une responsabilité collective et qu'il est extrêmement dramatique et malheureux qu'à l'occasion de drames que nous vivons actuellement nous soyons obligés de nous poser des questions que depuis dix ans, en ce qui me concerne, je soulève en permanence, et qu'on essaie d'avancer malgré tout. Donc, on a une volonté politique de travailler sur l'éradication de l'habitat indigne. S'il-vous-plaît, aidons-nous les uns les autres et donnons-nous les moyens de le faire correctement. Sur l'ensemble de la ville, on a lancé des concessions qui interviennent sur l'habitat indigne. On est déjà intervenu sur 1 700 logements qui ont été réhabilités dont 500 dans le centre-ville. On a les adresses, c'est vérifiable. Ce n'est pas assez. On a besoin de faire plus. J'entends le ministre de l'Intérieur dire qu'il va lancer un audit immeuble par immeuble. Ça sert à quoi ? On a déjà les éléments. Maintenant, il faut traiter. On doit prendre des mesures urgentes, maintenant.

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