Disparition du petit Mathis : son père condamné à vingt ans de prison

Le père du petit Mathis, Sylvain Jouanneau, à la cour d\'assises de Caen (Calvados), le 1er juin 2015.
Le père du petit Mathis, Sylvain Jouanneau, à la cour d'assises de Caen (Calvados), le 1er juin 2015. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Le verdict est tombé jeudi soir. Sylvain Jouanneau, qui comparaissait aux assises de Caen, a été condamné pour soustraction d'enfant.

La cour d'assises de Caen (Calvados) a suivi les réquisitions du parquet. Sylvain Jouanneau, le père du petit Mathis, un enfant de 8 ans porté disparu depuis 2011, a été condamné à vingt ans de prison, jeudi 4 juin. L'homme est accusé d'avoir enlevé et séquestré son fils, dont on est sans nouvelles depuis maintenant quatre ans. La mère de cet ancien cadre devenu maçon avait réclamé à la barre "la plus forte peine" pour l'accusé, qu'elle a longtemps considéré comme un bon père. 

Sylvain Jouanneau, qui encourait trente ans de prison, écope de la peine maximale prévue par la loi dans son cas : une altération de son comportement a été retenue par la cour. Une loi de 2014 prévoit, en effet, une réduction d'un tiers de la peine maximale lorsqu'il y a altération de discernement. Cette peine de vingt ans couvre également les menaces de mort sur une ancienne compagne qui l'avait quitté en 2011. "Je suis un peu ému. Pendant que vous choisissez, je vais penser à Mathis", a lâché, les yeux rougis, l'accusé, "manipulateur", selon la partie civile, à la cour, avant que celle-ci ne se retire. 

Sylvain Jouanneau assure que l'enfant "va bien"

Sylvain Jouanneau n'a pas ramené son fils chez sa mère, comme il aurait dû le faire le 4 septembre 2011. Il affirme avoir confié l'enfant à des tiers qui vivraient à l'étranger. A l'en croire, Mathis "va bien", il ne l'a "pas tué". L'enfant aurait changé de nom et se serait converti à l'islam, comme son père en 2006. Mais où est l'enfant ? Malgré les demandes répétées des proches de Mathis, épuisés nerveusement, et celles des magistrats, Sylvain Jouanneau n'a pas répondu pour, assure-t-il, "protéger" ceux à qui il a remis son fils.

"C'est du vent. Il nous enfume. (...) J'ai peur pour la vie" de l'enfant, a plaidé Aline Lebret, l'avocate de la mère de Mathis. Pour l'avocat général Pascal Chaux, "ces faits odieux sont d'autant plus inexplicables que l'accusé venait de voir ses droits de père rétablis" progressivement par la justice. L'accusé a fait subir des "violences psychologiques, une emprise" à l'enfant, a ajouté Pascal Chaux.

Condamné pour soustraction d'enfant, pas pour homicide

Le père de Mathis a été arrêté le 9 décembre 2011, près d'Avignon (Vaucluse), après avoir été aperçu à six reprises, à partir du 4 septembre, par des témoins en France, toujours seul. Un vide demeure, entre le 5 septembre et la mi-octobre, période où personne ne l'a vu. L'accusé a certes expliqué à la cour que Mathis est la "plus belle chose qui lui soit arrivée dans la vie". Mais en 2010, après son divorce, il écrit de lui : "C'est l'enfant de la haine. Il y a des gènes de sa mère en lui. Je ne peux pas faire de miracles. (...) J'ai fait le deuil."

Véronique Demillière, l'avocate de la défense, reconnaît que "tout le monde pense qu'il a tué son fils", mais rappelle que l'accusé "n'est pas renvoyé pour homicide". Une autre instruction est en cours, contre X, pour homicide dans cette affaire. Pour elle, il s'agit juste d'une soustraction d'enfant. En 2012, "439 enfants ont été enlevés par leurs parents" en France, sans que ceux-ci ne soient renvoyés devant les assises, selon elle.

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