Mort de Steve Maia Caniço : le fonctionnement de l'IGPN remis en cause par un sociologue

Une fresque en hommage à Steve, le 30 juillet à Nantes.
Une fresque en hommage à Steve, le 30 juillet à Nantes. (SARAH TUCHSCHERER / FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"Ce sont des policiers qui enquêtent sur des collègues policiers", dénonce Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS.

L'intervention des forces de l'ordre à Nantes lors de la Fête de la musique, en riposte à de "très nombreux jets de projectiles", "était justifiée et n'est pas apparue disproportionnée", selon l'enquête de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). Une synthèse a été publiée mardi 30 juillet, peu de temps après que le corps repêché dans la Loire ait été identifié comme étant Steve Maia Caniço, qui avait disparu le 21 juin dernier. "Le fonctionnement de l’IGPN est en cause", a dénoncé mercredi 31 juillet sur franceinfo Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS, sociologue spécialiste des questions policières et de sécurité.

franceinfo : Comment interprétez-vous cette montée des accusations de violences policières ?

Sébastian Roché : Ces accusations sont liées à l'usage immodéré des LBD et des grenades de désencerclement. Ces équipements n’existent pas dans les autres polices européennes, elles n’auraient pas pu être utilisées dans les mêmes quantités. C’est principalement la doctrine d’usage des armes qui aujourd’hui devrait être discutée et pas forcément le comportement de chaque agent. Il y a bien une approche systémique qui manque, sur laquelle il n’y a pas eu de réflexion malheureusement en France pour le moment.

Ces armes sont utilisées en réponse à des jets de projectiles, dit l’IGPN, qui évoque un usage "justifié", "qui n’est pas apparu disproportionné". Qu'en pensez-vous ?

Sur l’affaire de Nantes, je ne souhaite pas me prononcer, on a trop peu d’informations. Aujourd’hui, on a eu dix pages de synthèse d’un rapport de l’IPGN de 135 pages. On a un certain nombre d’allégations faites par l’IGPN qu’on ne peut pas vérifier. Il n’y a pas eu, semble-t-il, d’auditions de personnes qui sont tombées à l’eau et qui auraient pu dire quelque chose.

Qu'est-ce qui est mis en cause aujourd'hui ?

Le fonctionnement de l’IGPN est en cause. Pas le fonctionnement du comportement individuel des agents, mais le modèle de l’inspection interne qui aujourd’hui est en crise, parce que ce sont des policiers qui enquêtent sur des collègues policiers et qu’ils sont sous la supervision du directeur général de la police. Un modèle alternatif a été développé par les Danois, les Anglais et par les Belges pour qu’il y ait légitimité, pour qu’on croit l’IGPN. Il faut créer un organe indépendant, qui ne soit plus dépendant du ministre de l’Intérieur. C’est ça le débat, c'est le débat de la légitimité des conclusions. Oui, il y a des sanctions [à l'égard des policiers], mais le problème n’est pas de sanctionner, il est de prévenir et de remonter les responsabilités vers le préfet et les autorités, qui sont les concepteurs de ces dispositifs.

Vous êtes à nouveau en ligne