Mort de Steve Maia Caniço : ce qu'il faut retenir du rapport de l'IGPN

Le prénom Steve écrit avec des bougies, au pied de la fontaine de la Place Royale à Nantes, le 30 juillet 2019.
Le prénom Steve écrit avec des bougies, au pied de la fontaine de la Place Royale à Nantes, le 30 juillet 2019. (LOIC VENANCE / AFP)

L'Inspection générale de la police nationale dédouane les forces de l'ordre présentes le soir de la Fête de la musique à Nantes et semble pointer du doigt la responsabilité des organisateurs et de la mairie.

Les forces de l'ordre présentes sur le quai Wilson à Nantes, le soir de la Fête de la musique, ont-elles une part de responsabilité dans la mort de Steve Maia Caniço, ce jeune animateur périscolaire dont le corps a été retrouvé lundi soir dans la Loire après plus d'un mois de recherches ? Selon le rapport de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), rendu public mardi 30 juillet, l'intervention policière, qui devait mettre un terme au rassemblement, "était justifiée et n'est pas apparue disproportionnée". Voici ce qu'il faut en retenir.

"Aucune charge" de la police, mais des affrontements

Selon le rapport de la police des polices, les violences survenues ce soir-là sur le quai Wilson se sont concentrées entre 4h31 et 4h52 du matin, après écoute des "échanges radio des policiers intervenus". Les forces de l'ordre tentent, à ce moment-là, de faire éteindre le dernier des "dix sound systems" installés à l'occasion de la Fête de la musique, mais se confrontent à la résistance des fêtards. C'est là que les premiers affrontements ont lieu. Le rapport insiste sur le nombre important de "voies de faits" survenus ce soir-là et pointe de "très nombreux projectiles en tout genre [jetés] sur les policiers".

En se fondant sur les vidéos collectées des événements de la nuit du 21 au 22 juin, le rapport de l'IGPN assure qu'"aucune charge [de la police] n'était mise en évidence". Le rapport fait néanmoins état du nombre de munitions utilisées par les forces de l'ordre : en vingt minutes, trente-trois grenades fumigènes, douze balles de défense et dix grenades de désencerclement ont été utilisées.

Le rapport pointe aussi le cas de quatre CRS blessés par les jets de projectiles. S'il "n'y a pas à remettre en cause l'intervention collective des forces de l'ordre", estime l'IGPN, le rapport précise toutefois qu'une autre enquête "spécifique" et "distincte" sera menée pour un "usage de la matraque sur une personne au sol pendant l'intervention""Des coups de matraque montrés par une vidéo sur une personne au sol pourraient constituer à l'égard de son auteur, non identifié pour le moment, un usage disproportionné de la force", est-il écrit.

8 à 14 chutes dans la Loire

Le télégramme de fin de mission, remis par la DDSSP à l'issue de l'intervention policière sur le quai Wilson, fait uniquement état de quatre personnes tombées à l'eau entre 3 heures et 5 heures du matin. Le rapport de l'IGPN tient cependant compte des déclarations des pompiers et de l'association Sécurité Nautique Atlantique, affrétée par la mairie de Nantes pour patrouiller dans la zone ce soir-là. "Durant cette nuit, entre huit et quatorze personnes sont tombées dans la Loire sans que l'on puisse être certain du décompte effectué par les sauveteurs", explique le rapport. La première personne a chuté à 3h34, soit une heure avant les affrontements. 

Entre 4h36 et 4h39, plusieurs appels signalent des personnes tombées dans la Loire. Le chef scaphandrier de la Sécurité Nautique Atlantique est ensuite informé "qu'une personne aurait coulé et deux autres auraient été à la dérive. [...] A 7h54, la police informait que la personne disparue avait été retrouvée dans la ville de Nantes"

Selon le rapport toujours, "aucune des personnes repêchées" ce soir-là n'a par ailleurs déclaré être tombée à l'eau du fait de l'action de la police. "La seule certitude étant que trois personnes étaient tombées préalablement à l'intervention des forces de l'ordre", ajoute l'IGPN.

La disparition de Steve Maia Caniço signalée au petit matin

"Les premières investigations confirment que l'intéressé était présent à proximité des lieux de l'opération de police", selon le rapport de l'IGPN. A 5h52 du matin, un jeune homme appelle le 17 pour faire état "de la disparition de son 'copain' sur l'île de Nantes", explique le rapport, qui poursuit : "Il s'était fait gazer vers 4h30 pas très loin du 'Warehouse' et il n'avait plus donné de nouvelles depuis".

Mais selon le document, "il ne peut être établi de lien entre l'intervention des forces de police [...] et la disparition de M. Steve Maia Caniço après 4 heures dans le même secteur"

Le rapport de l'IGPN cite, au sujet de Steve Maia Caniço, un télégramme de police du 23 juin 2019, qui relate la disparition du jeune homme : "Le téléphone de la personne disparue déclenchait un dernier relais téléphonique à 3h16, le 22 juin 2019", est-il noté.

"On ne peut pas dire que Steve serait tombé à l'eau du fait de l'intervention de la police. On ne peut pas dire qu'il est tombé en dehors de l'intervention non plus", estime un cadre de l'IGPN, cité par l'AFP, qui renvoie vers "l'enquête judiciaire".

L'organisation de la mairie critiquée

Dans ses observations, l'IGPN relève également que la mairie de Nantes "n'avait mandaté que deux agents d'une société privée de sécurité afin d'empêcher la foule attirée par les sound systems de tomber dans le fleuve proche" et qu'elle "avait fait positionner des barrièrages le long d'une partie seulement du quai Wilson alors que les sound systems ont été installés jusqu'au bout du quai, ce qui a généré un risque pour le public".

Le rapport reconnaît néanmoins que c'est le fait d'avoir fait éteindre les neuf premiers sound systems qui a entraîné "un déplacement des fêtards vers le dernier de ces points d'émission de musique situé au bout du quai, en zone non couverte par des barriérages".

Lors de sa conférence de presse en milieu d'après-midi, le Premier ministre, Edouard Philippe, avait lui aussi pointé "des interrogations sur la préparation de cet événement". Il a ainsi annoncé saisir l'Inspection générale de l'administration, pour "faire toute la lumière" sur la mort de Steve Maia Caniço

 

Vous êtes à nouveau en ligne