Fiona, Marina, Typhaine : quand les parents deviennent suspects

Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), le 16 mai 2013.
Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), le 16 mai 2013. (MAXPPP)

La mère et le beau-père de Fiona ont signalé la disparition de la petite fille de 5 ans en mai. La mère a avoué mercredi que son compagnon était à l'origine de la mort de l'enfant.

Ils signalent eux-mêmes la disparition de leur enfant. Convoquent les médias. Puis, quelques jours ou mois plus tard, deviennent les suspects numéro 1. Le scénario de l'affaire Fiona, dont la mère et le beau-père ont été déférés devant le parquet jeudi 26 septembre, rappelle de façon troublante les cas de Marina et de Typhaine. Ces deux fillettes, mortes sous les coups de leurs parents, avaient d'abord été déclarées disparues par ces derniers. Dans le cas de Fiona, rien n'indique pour l'instant une maltraitance, mais la mère, selon ses propres aveux, a dissimulé la mort de sa fille pour protéger son compagnon. 

Comment, dans ce type d'affaires, l'enquête, généralement ouverte pour "enlèvement et séquestration", se resserre-t-elle sur la piste familiale ? Même si la procédure judiciaire dans l'affaire Fiona est loin d'être close, à la différence des deux précédentes, francetv info passe en revue les éléments qui peuvent alerter les enquêteurs. 

Suivre toutes les pistes

A partir du moment où des parents viennent signaler la disparition de leur enfant et fournissent des éléments en ce sens, la police ou la gendarmerie entament un travail de vérification, qui peut prendre plus ou moins de temps. L'alerte enlèvement n'est en effet déclenchée que si ce dernier est avéré. Dans le cas de Marina, 8 ans, la thèse de la disparition de l'enfant sur le parking d'un McDonald's près du Mans (Sarthe) en septembre 2009 a été battue en brèche par les enquêteurs en deux jours. Pas moins de 150 gendarmes ont néanmoins été mobilisés pour participer aux recherches dans ce laps de temps.

Il a fallu six mois, en revanche, aux enquêteurs pour découvrir que la petite Typhaine, 5 ans, ne s'était pas volatisée le 18 juin 2009 dans le centre de Maubeuge (Nord) comme l'affirmait sa mère. Quant à Fiona, 5 ans, c'est au bout de quatre mois et demi que le scénario d'une disparition de la fillette le 12 mai dans le parc de Montjuzet, à Clermont-Ferrand, s'effondre. Entre-temps, plus de 1 500 procès-verbaux d’auditions sont dressés et une centaine d'interpellations ont lieu. Les enquêteurs épluchent aussi les centaines d'appels reçus sur le Numéro vert national (0800 958 081) mis en place au lendemain de la disparition. Parmi ces témoignages, en juin, une femme assure avoir aperçu la fillette sur une plage de Perpignan, où vit sa grand-mère.

"Il y a d'abord un énorme travail d'investigation pour ouvrir et refermer des portes", explique à francetv info Christophe Crépin, délégué syndical chez Unsa-police. "La totalité du panel de recherches doit être effectuée, poursuit-il. Si elles ne permettent pas de prouver qu'un élément extérieur a pu commettre les faits, les soupçons se reportent sur la cellule familiale."

Des incohérences entre le discours et les faits

Les nombreuses vérifications et auditions des enquêteurs permettent progressivement de confronter la parole des parents aux faits. Dans un premier temps, le procureur de Clermont-Ferrand, Pierre Sennès, assure qu'il "n'y a pas de raison de mettre en cause la parole de la mère" de Fiona. Mais petit à petit, cette version ne tient plus. Car après quatre mois et demi d'enquête, rien ni personne ne permet de confirmer la présence de l'enfant dans le parc ce dimanche après-midi. Ou même au marché, le dimanche matin. En réalité, personne n'a vu l'enfant depuis le vendredi précédant le signalement de sa disparition.  

Selon Le Parisien, deux personnes, dont un des gardés à vue, ont même contredit les déclarations et l'emploi du temps du couple. La thèse de la mise en scène prend forme. 

Dans le cas de Typhaine, une incohérence saute assez rapidement aux yeux des enquêteurs. Alors que la disparition est signalée le 18 juin, personne n'a vu la petite fille au baptême de sa sœur cadette, le 13 juin. "Je l'ai laissée toute seule à la maison de peur que le papa ne vienne la prendre", se défend alors sa mère, comme le rapporte Le Parisien. L'enfant est en réalité morte depuis trois jours. 

 Des antécédents familiaux ou judiciaires

Dans l'affaire Marina, ce sont davantage les antécédents familiaux qui alertent les enquêteurs plutôt que les incohérences dans le discours des parents. Ces derniers sont rapidement soupçonnés parce que plusieurs signalements pour maltraitance concernant cette famille ont été enregistrés les derniers mois. Très vite, le père puis la mère passent aux aveux.

Les antécédents des protagonistes d'une affaire criminelle font toujours partie des éléments examinés en premier lieu par les enquêteurs. Y compris quand il s'agit de parents éplorés après la disparition de leur enfant. Le beau-père de Fiona est ainsi décrit par des témoins comme un "toxicomane notoire". Selon Le Parisien, il a déclaré tardivement aux policiers qu'il "possédait un studio à Clermont-Ferrand, lieu de trafic et de consommation".

Au-delà de ces antécédents, "le profil psycho-sociologique des parents est pris en compte, même si ce n'est pas suffisant", relève un enquêteur de la brigade criminelle de Paris pour francetv info. Ainsi, un schéma familial revient régulièrement dans ce type d'affaires, celui d'une mère qui a refait sa vie avec un autre compagnon, comme dans le cas de Typhaine et Fiona. "Il s'agit souvent de familles recomposées", confirme Christian Besnard, expert-psychologue près de la cour d'appel de Rennes. "Dans cette triangulation, l'enfant, issu d'un autre lit, représente parfois une menace pour le nouveau couple, analyse-t-il. Il est vécu sur le mode de la persécution." "Elle me regardait avec son visage dur, ses yeux durs. J’étais persuadée qu’elle me regardait méchamment", raconte à la barre la mère de Typhaine. L'enfant devient alors "un enfant-cible", ajoute le spécialiste. Marina, elle, née sous X avant d'être récupérée par sa mère, avait fini par incarner l'échec du couple parental, qui s'était séparé temporairement au moment de sa naissance.

Un comportement inadapté des parents 

Dès sa première audition, "on sentait le mensonge dans ses allégations. Elle ne se comportait pas comme une mère qui venait de perdre un enfant de 5 ans dans les rues de Maubeuge". C'est ce que rapporte un policier à la barre lors du procès de la mère de Typhaine. Les parents de Marina, eux, se laissent des mots d'amour à la maison après la mort de leur fillette. 

"Le sentiment des enquêteurs dans ce type d'affaires est primordial, note Christophe Crépin. Selon un autre délégué syndical joint par francetv info, de Synergie officier, "le fait que la mère de Fiona s'exprime beaucoup dans les médias a surpris les enquêteurs". "Cette médiatisation à l'initiative des parents peut parfois paraître inadéquate quand il s'agit du sort d'un enfant, reprend Christian Besnard. C'est un peu comme les incendiaires qui traînent toujours autour d'un incendie."

"Après avoir signalé la disparition de leur enfant, les parents sont pris dans la machine et n'ont pas d'autre choix que de s'exprimer dans les médias, relativise l'enquêteur de la brigade criminelle de Paris. Selon lui, cette médiatisation, à défaut d'être suspecte, "amène plutôt un côté glauque à l'affaire a posteriori et ne joue pas en faveur des parents au moment du procès".

Mais ce qui compte, pendant l'enquête, ce sont des éléments tangibles. Comme ce texto adressé par la mère de Typhaine à son compagnon, après son audition par un juge d'instruction. Elle y détaille le dernier repas de la fillette le jour de sa supposée disparition. Des éléments récoltés grâce à la mise sur écoute, la filature des parents et l'analyse informatique du contenu de leur ordinateur. Ce sont celles-ci qui ont précipité la garde à vue de la mère et du beau-père de Fiona. Selon Le Parisienles enquêteurs ont découvert qu'ils avaient consulté des archives de presse sur Internet concernant des affaires de disparitions d'enfants.